‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 112 sur 169 · L\ CRITIQUE · texte numérisé non relu

L\ CRITIQUE

son siècle, étaient préférables à tous les vermisseaux appelés sonnets qui naissent aujourd’hui dans l’Italie, de Milan jusqu’à Otrante. »

Ainsi Bettinelli ramenait presque Voltaire à Dante, et n’en détournait pas, malgré tant d’invectives, l’enthou- ^ siasme renaissant de ses concitoyens. Cet enthousiasme devint si général, qu’on vit s’y rallier les courtisans, aussi empressés devant le succès que devant les princes : Algarotti (1712-1764), un bel esprit de Venise, aussi renommé de son temps qu’il l’est peu du nôtre, et qui, jusque dans son principal ouvrage, le Newtonianisme pour les dames, indique assez la faible portée de son esprit, avait d’abord approuvé la guerre que Bettinelli faisait à Dante ; plus (ard, il désavoua les traits qu’il avait lancés, et nia même, en voyant cette opinion vaincue, qu’il s’y fût jamais associé. *

C’est un autre Vénitien d’un goût plus sûr et d’un esprit moins léger qui avait osé, le premier, signaler à l’attention des Italiens les beautés oubliées du plus grand de leurs poètes. Gasparo Gozzi (1713-1786), écrivain classique et pur autant qu’aucun autre de son temps, l’eût été plus encore, si les misères de la vie domestique ne l’eussent contraint à produire beaucoup, au lieu de laisser longtemps sur le métier ses ouvrages, à composer pour les libraires des avis, des préfaces, à traduire de longs écrits, V Histoire ecclésiastique de Fleury, par 4 exemple. « Affreux supplice, s’écrie l’infortuné merce- « traire, que de faire de son esprit métier et marchandise, « et de débiter sa cervelle à vil prix ! Si du moins il « m’était permis de me livrer à un travail moins ingrat

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« que celui de traduire du français des œuvres obscures « et méprisables ! J’ai dans ma tête le plan d’un grand « ouvrage. Je voulais populariser dans notre langue les « chefs-d’œuvre des orateurs grecs et des latins. Mais « l’hirondelle peut-elle prendre un libre essor dans les « deux, quand ses petits attendent au nid le bec béant et « le gosier vide ? »

Tel était son cas, en effet, et par sa faute. Passionné pouc Pétrarque, il voulut l’imiter, non en faisant des vers, dont il n’avait pas le génie, mais eu poursuivant de son amour une nouvelle Laure : ayant porté ses regardssur une certaine Luigia Bargalli, que les Arcadiens, poètes alors à la mode, appelaient dans leur prétentieux langage Irminde Parthénide, il se laissa entraîner par son cœur honnêtement bourgeois à la prendre pour femme, et le poétique désordre de cette bergère le ruina bientôt avec les cinq enfants qu’il en avait eus. Obligé de s’en séparer, désespéré de ses malheurs, il perdit la tête et se jeta de sa fenêtre dans l’eau du canal. Il n’en mourut pas, mais n’en fut pas plus heureux ; car, devenu veuf plus tard, et à l’heure même où l’on se recueille pour quitter ce monde, il fit une nouvelle folie en épousant une jeune Française, sous prétexte de reconnaissance, parce que, dans une maladie, elle l’avait soigné.

L’ouvrage dont l’Italie lui sait le plus de gré, c’est la Défense de Dante, qu’il mit en tête d’une nouvelle édition àQ\di Divine Comédie (1758). Il suppose que les Lettres de Virgile, œuvre violente de Bettinelli, étant parvenue aux enfers, les ombres des poètes s’assemblent et proclament Dante, poète souverain, digne

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