‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 113 sur 169 · GASPARD GOZZI. — LES JOURNAUX · texte numérisé non relu

GASPARD GOZZI. — LES JOURNAUX

de figurer parmi ceux dont, au quatrième chant de V Enfer, il n’approche qu’avec tant de respect. Quel frappant contraste de ce style ironique et vif du critique vénitien, avec les pesantes déclamations du jésuite ! Si notre temps a plus profondément creusé la pensée de Dante, Gozzi en entrevit, le premier, le sens politique et profond. S’il fonda, ppur l’expliquer au public et le luirendre familier, l’académie des Granelleschi, qui tenta d’épurer le goût par^ des railleries grossières, c^est qu’il savait quelle autorité exerçaient encosè^ces réunions littéraires à cette époque et dans son' pays.' .r. • »•

11 usait, d’ailleurs, de tous les moyens de divulguer sa pensée,' sans excepter les plus nouveaux. La mode s’établissait alors, en Italie comme en France, de préférer aux gros livres, lus d’un petit nombre de personnes, les recueils périodiques, dont la diffusion 'rapide compensait l’éphémère durée : pour quelques jours ils étaient dans toutes les mains et sans cesse ils se renouvelaient. En même temps que le Jour^ nal des Lettrés, on lisait, on goûtait les Obsej'vations littéraires, les Nouvelles littéraires, et surtout le Café, de Milan, où écrivaient les meilleurs esprits de cette ville, entre autres les deux frères Verri et Beccaria. VObser^ vateur de Gozzi, imité du d’Addison, parais-

sait deux fois la semaine : pour corriger le goût et les mœurs, il évitait l’aridité des livres de morale, cachaitles

leçons sous les formes variées du dialogue, de la fable,

de la nouvelle, du songe, de l’allégorie, de l’anecdole même, abordait les plus sérieux sujets dans un langage tout ensemble élégant et populaire, sonre de termes abs-

DIX-HÜITIÉME SIÈCLE.

traits et de citations, remarquable par une pureté qui ne coûte rien à l’aisance, par un tour satirique et poli, par une verve qui ne se dément pas. Les lettres de Gozzi sont peut-être plus travaillées, parce qu’il les écrivait à loisir, ainsi que son Monde moral, autre recueil qu’il publiait non à jour fixe, mais suivant ses convenances, et où paraissent en action les passions personnifiées, dans une sorte de roman allégorique où il ne manqua pas d’introduire quelques dialogues de Lucien, qu’il avait traduits.

A son exemple, le piémontais Baretti (1716-1789) voulut être critique, mais sans en avoir le tempérament, Intolérant et obstiné, il remplaçait le sang-froid par la violence ; écrivant par goût en français, en anglais et même en espagnol, il s’exprimait mai dans sa langue maternelle ; contraint à travailler pour vivre, il n’avait pas le temps de se corriger. Ses lettres familières ont pourtant une vivacité qui les fait lire, et son recueil. Le Fouet littéraire [Frusta letteraria), par l’unité du sujet comme par la suite des idées, est plutôt un livre qu’un journal. Il le publiait à Venise, sous le bizarre pseudonyme d’Aristarque Egorgebœufs [Scannabue), ymarquait un juste dédain pour les mauvais ouvrages et provoquait à répondre ceux qu’il attaquait. Par là il donnait du mouvement à la critique et contribuait à la relever en Italie, où il la montrait, non sans raison, fort inférieure à celle des Anglais et des Français. 11 invitait en outre C ses contemporains à ne prendre la parole ou la plume que pour exprimer dans les termes propres des idées nécessaires, au lie^de se plaire aux phrases sans pensées, aux riens magnifiquement ornés, salutaires con-

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