L’HISTOIRE LITTÉRAIRE
vince, comme V Histoire de la littérature vénitienne, que Foscarini commença sans la pouvoir finir (1752), ou V Histoire de la littérature napolitaine, par Signorelli ; les autres n’embrassent qu’une brandie des lettres ou des arts, Crèscimbeni et le P. Quadrio la poésie , le P. Buonafede la philosophie ancienne et la moderne , Lanzi la peinture , Beltinelli la renaissance des lettres et des mœurs dans la Péninsule (Résurrection de r Italie). Tous ces ouvrages sont utiles, aucun n’est un chef-d’œuvre : Lanzi manque d’idées générales, Bettinelli de profondeur, Crescimbeni de critique, Quadrio ne parait estimable que si on le compare à Crescimbeni, ét Buonafede cessa d’être admiré quand on sut que son livre, écrit avec vivacité, mais dans un esprit hostile à la philosophie, n’était que le travail refondu de l’allemand Brucker.
Le premier qui conçut le dessein d’une histoire générale des lettres italiennes fut Giacinto Gimma (1668- 1735) dont l'Italie littéraire, étonnante, quand elle parut, par la hardiesse du plan, n’a ni l’étendue ni l’exactitude que réclamait un si vaste sujet. La Bibliothèque de l’éloquence italienne, œuvre de Fontanini, perdrait son prix si l’on en retranchait les notes d’Apostolo Zeno, car on ne sait ce qu’il faut blâmer le plus, dans cet ouvrage, delà méthode vicieuse, ou de rinsuffisance du^savoir; quant au Dictionnaire des écrivains italiens, il aurait pu être utile, si Mazzuchelli (1707-1765), qui en est l’auteur, n’en était resté, dans ces six gros volumes, à la Iroisième lettre de l’alphabet. Denina (1731-1813), dans ses Discours sur les vicissitudes de la littérature, sur les
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progrès des lettres dans le nord de l’Allemagne et sur d’autres sujets du même genre, ne montre quelque exactitude qu’en parlant de la France et de l’Italie, et il écrit d’un style dont la justesse ne peut faire oublier la banalité. On ne se souviendrait plus de lui, sans les sarcasmes de Voltaire, qui le voulut punir d’avoir attaqué .Montesquieu.
Une utilité manifeste fait seule pardonner le manque d’art. C’est à ce titre que mérite de vivre le grand ouvrage du jésuite Tirubosclii (1731-1794), dont l’infatigable patience mena pour la première fois à bonne fin une histoire littéraire de l’Italie [Sloria délia letteralura iialiana). Il y fait connaître tous les écrivains de chaque genre, jusqu’au dix-septième siècle, qu’ils aient traité dans la langue latine ou dans l’italienne des lettres ou des sciences, de la jurisprudence ou de la médecine, de la théologie ou des arts. Tiraboschi aurait pu passer sous silence la civilisation de l’antique Rome, dont il dit trop ou trop peu ; il a de trop nombreuses et trop longues biographies, il ne s’étend pas assez sur l’analyse des ouvrages î sa critique, s’il faut tout dire, n’est satisfaisante que lorsqu’il se borne aux matières du goût. Mais il excelle par l’exactitude dans le détail, il discute les points délicats avec tant de sagesse et de réserve, il nous apprend tant de choses, non-seulement sur les lettres, mais aussi sur les institutions qui s’y rapportent, sur les révolutions, soit politiques, soit littéraires qui en ont fait le progrès ou la décadence, il écrit avec une simplicité si limpide, qu’on ne songe pas à lui demander plus d’élégance, ni à chercher un meilleur guide que lui.