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constamment du point de vue le plus général aux détails les plus particuliers, et où l’on ne trouve pas trace de cet ordre qu’il nous veut faire admirer dans l’univers ; si l’on prenait plaisir à relever des inventions étranges, sans nécessité dans l’ouvrage, les géants qui grandissent dans la boue, les premiers mariages qui se font par la peur du tonnerre, la race nègre qui provient de l’habitude de se teindre en noir ; si l’on voulait enfin rechercher à combien d’erreurs s’expose quiconque veut traiter l’histoire en pur métaphysicien. Mais il faut voir dans ce grand esprit, capable d’une sombre poésie à ses heures, le spéculatif qui dédaignait la guerre de ses contemporains contre les puissances établies, parce qu’il en jugeait la défaite certaine. Yico devance l’avenir, entrevoit la plupart des idées qui ont, de nos jours, renouvelé l’histoire ; il indique la féconde méthode qui demande la vérité aux langues et aux monuments; enfin, le premier entre tous les hommes, il reconnaît et démontre Tinvariable conformité des faits historiques aux lois constitutives de l’esprit humain. Seuls les fils de la révolution française pouvaient comprendre et goûter le singulier et profond génie qui les avait devinés.
Les rares disciples qu’il eut de son temps ne saisirent que la partie extérieure de sa doctrine et la développèrent sans commander l’attention. Galiani, Galanti, cherchèrent à s’exprimer dans un langage intelligible ; le savant Genovesi (1712-1769) porta dans Méditations philosophiques les prétentions surannées d’une autre époque à l’ampleur de la période ; Domenico Cirillo, bon naturaliste, et Mario Pagano, dont on estimait le talent
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eu malièredc législalion et de politique, durent pourtant la meilleure part de leur renommée à l’honneur qui leur échut, quand tomba la République parthénopéenne, de mourir en citoyens.
Trois écrivains encore qu’on ne saurait ranger dans celle école, mais qui représentent à des degrés divers l’esprit du dix-huitième siècle, par l’indépendance de leur pensée, doivent trouver place dans cette rapide revue des prosateurs qui méritent un souvenir de rhisloiion.
11 suffira d’indiquer Alfieri. Nous le retrouverons ailleurs plus grand comme poète, mais on ne saurait dédaigner ses deux traités Du prince et des lettres, et De la tyrannie. On voit dans l’un de quel avantage il est pour l’écrivain de n’appartenir à personne, et dans l’autre à quel point le despotisme est haïssable, quoique ces deux thèses eussent gagné à être soutenues d’arguments plus philosophiques et plus rigoureux. Du moins un sentiment vrai remplit ces deux ouvrages d’éloquence et de vie, qualités qu’on retrouve encore dans celui où Alfieri, malgré trop de sécheresse dans le style, donne un modèle du genre biographique en racontant ses propres aventures eiriiistoire de son âme, ainsi que l’avait fait Rousseau.
Le marquis de Beccaria, dont on a vu déjà les singulières doctrines sur l’art d’écrire, était do Milan et s’appelait César : Bonesana (1738-1794). Après divers travaux sur les monnaies, sur les matières d’économie et de jurisprudence, il publia son livre Des délits et des peines, où il expose les principes du droit criminel. « Pour qu’une peine, dit-il, ne soit pas une violence de plusieurs contre un citoyen, elle doit être publique.
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ÉCniVAINS POLITIQUES. — ALFIERI. BECCARIA. 3o9
prompte, nécessaire, la moindre qui soit possible dans les circonstances données, proportionnée au délit et fixée parla loi. w II demande l’abolition de la torture, l’institution du jury et de magistrats qui préviennent le crime pour n’avoir pas à le réprimer; il doute, ce qu’aucun philosophe n’avait fait avant lui, que la peine de mort soit légitime, et, la supposant abolie, il retire au souverain le droit de faire grâce.
Ces idées choquèrent aloi's les puissants du monde, et ceux-là mêmes qui les approuvaient n’osèrent y applaudir. Beccaria fut accusé de voir dans l’égoïsme des familles et des castes la cause des mauvaises législations, d’élever des doutes sur le droit de propriété, qu’il ne croyait pas sans danger pour l’état social, et d’attaquer par de si mauvais arguments la tolérance religieuse qu’on voyait bien qu’il aurait préféré la soutenir. Cette manière d’en inspirer le goût n’était pas, cependant, une preuve de hardiesse, et il est certain que Beccaria tremblait devant l’inquisition. «Je me rappelais, dit-il, le sort de .Machiavel, de Galilée, de Giannone; j’ai voulu défendre l’humanité sans en être le martyr. »
11 y parvint, mais aux dépens de son livre, qui, loin d’être un chef-d’œuvre, manque en bien des endroits de jugement et presque partout d’originalité. C’est une mauvaise note pour un auteur de faire d’Helvétius l’égal de Montesquieu, surtout quand on se borne à développer le chapitre de ce dernier sur les lois criminelles, sans toucher aux principes et sans rien ajouter à ce que dit l’^sprit des lois. Le style a beau être chaleureux et logique, revêtir quelquefois les ornements do l'imagination, il est
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déclamatoire par nature et obscur par prudence ; comment le pourrait-on comparer à celui de Montesquieu?
Pour comprendre l’éclatant succès de cet ouvrage, il ^ faut se représenter l’élat si choquant de la justice à cette époque, l’irrégularité des procès^ les accusations secrètes, les empoisonnements arbitraires, les procédures clandestines, les interrogatoires frauduleux, l’art de former des preuves avec des éléments qui n’on sauraient fournir, de compter douze témoins récusables comme équivalant à deux dont le témoignage ne saurait être récusé, d’admettre que vingt actions, séparément innocentes, peuvent, étant réunies, faire un crime capital, d’employer la torture pour arracher des aveux sans valeur, de mal proportionner la peine au crime, tous ces usages monstrueux, en un mot, dont 1* conscience publique était dès longtemps révoltée., Ou^nd cette voix généreuse s’éleva pour dire tout haut ce que chacun pensait tout bas, il ne vint à l’esprit de personne d’examiner si les principes étaient bien posés et les conséquences rigoureusement déduites. Des compatriotes de Montesquieu crurent qu’on pouvait, après lui, faire sur ce sujet une œuvre utile et nouvelle : Morellet traduisit Beccaria, Voltaire le commenta, et la postérité, qui le lit moins, depuis qu’ont triomphé ses idées, n’oubliera jamais le service qu’il a rendu.
Pour avoir exprimé quelques idi^ jusles sur la Scieîice de la législation^ Gaetano Filangieri (1752-1788) n’obtiendra pas une faveur aussi durable. Benjamin Constant a réfuté sur plus d’un point l’ouvrage que ce jeune prince, enlevé par une mort prématurée, ne put achever.