BECCARIA. FILANGIERI
Il descendait d’Angerio (d’où son nom filii Angerii), un des quarante Normands qui envahirent ntalie au onzième siècle. Pour obéir à sa famille, le jeune Gaetano s’était fait avocat ; le bdfi sens du roi de Naples le fit ministre. Il eût mieux valu lui confier d’autres soins que celui des finaoKU? mais il était bien de donner une part dans les affaires à ce patricien studieux. Il y trouva le temps d’exposer, selon la méthode géométrique, ses vues surla l^ntation, sur l’économie politique, sur l’éducation, sur 4a propriété, surla famille, sur les mœurs. Il faisait reposer la science sociale sur la conservation et la tranquillité ; il mettait tous les pouvoirs entre les mains du prince, ce qui paraissait un progrès dans l’Italie morcelée, affaiblie encore par les persistantes institutions du moyen-âge ; mais en attaquant avec plus de générosité que de force la juridiction des barons, le système féodal, le gouvernement anglais lui-même, comme faible et corrompu (critique étrange, de la part d’un Napolitain), il irrita les nobles, autant qu’il charma les peuples, par la témérité un peu irréfléchie de ses vingt-huit ans. «C’élait, dit M. Villemain, un savant homme et en même temps un esprit plein de candeur, de vivacité de grâce. La lecture de son livre est intéressante, amusante, jnslructive. On est involontairement séduit par l’utopie perpétuelle de cette jeune' âme qui, du milieu de la ville de Naples.rêveainsi une liberté, une justice, une force dans le droitdes nations, une incorruptibilité dans leshommes, vraiment admirables. Ce sont les mille et une nuits de la politique. »
Il n’y a rien de moins fondé dans l’œuvre de Filangieri
DIX-nUlTIÈME SIÈCLE.
que la piélenliüii qu’il alTccle d’èlre diirérciit de ÎUuutesquieii, et de rechercher ce qu’on doit faire, au lieu de donner la raison de ce qu’on a fait. Comme les institutions de l’avenir doivent être contraires à celles qu’on blâme dans le passé, la Science de la législation ne pouvait qu’être tributaire de Y Esprit des dois, puisque Montesquieu, avant Filangieri, attaquait le passé pour indiquer l’avenir : il aurait fallu un génie du premier ordre pour entrevoir des réformes que n’eût pas indiquées l’expérience des siècles écoulés. Où Montesquieu raisonne avec cette profondeur qui nous étonne, Filangieri déclame, prend un ton théâtral et puéril, conduit le roi dans les prisons et le condamne à écouter l’interminable discours d’un prisonnier. Faible philosophe, l’auteur napolitain, quand il marche seul, erre un peu à l’aventure; il ne mérite alors de louanges que pour la candeur de son âme et la noblesse de ses intentions.
Le dix-huitième siècle abonde, non moins que le précédent, en écrits de tout genre, éloges, panégyi iques, oraisons funèbres d’une rhétorique creuse, à laquelle n’échappait l’éloquence sacrée que pour retomber dans les subtilités d’une obscure théologie. On cite les noms aujourd’hui oubliés des pères Casini, Rossi, Granelli, Tornielli, Bassani, Venini,Trento, Pellegrini, Yalsecchi, Turchi plus connu pour la part qu’il prit à la politique ; mais que faisaient tous ces prédicateurs? Ils combattaient les philosophes par l’invective, au lieu de chercher à les convaincre, cl, dès que le discours touchait à la controverse, ils s’engageaient dans de telles subtilités que l’auditoire ne les entendait plus.