‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 121 sur 169 · ÉLOQUEN'CE SACRÉE. ŒUVRES D’IM.AGIN.ATION · texte numérisé non relu

ÉLOQUEN'CE SACRÉE. ŒUVRES D’IM.AGIN.ATION

Restent quelques essais de littérature frivole, assez différents de la nouvelle et du poème romanesque, ces deux genres préférés des Italiens. Ce sont les premiers ouvrages qui annoncent le roman en prose, appelé de nos jours à une vogue sans pareille, dans tous les pays. Le Congrès de Cytkère, sorte de nouvelle satirique d’Algarotti contre les femmes, n’est pas, ainsi que le pensait Voltaire, « écrit avec une plume arrachée aux ailes de l’amour ; » mais la grâce et la finesse rendent agréable la lecture de ce court badinage. L’abbé Cliiari, mauvais auteur au théâtre, a quelques romans moins faibles que ses comédies, quoique, dans les uns comme dans les autres, l’intérêt fasse défaut. Enfin, Alessandro Ycrii (1741-1816), frère de Pietro Yerri, l’historien, surpasse tous ses contemporains dans l’art qu’il avait appris des Grecs, de conter en prose avec une élégante et substantielle simplicité. Énergique et ingénieux dans sa Vie «r.Éros/rafe, agréable et délicat dans les Aventures de Sapho, il déploie, dans ses Nuits romaines, une imagination vigoureuse, il mêle avec bonheur la poésie à la philosophie et à l’iiistoire, il écrit d’un style ferme, quoique trop fleuri, où la richesse même parait artificielle et recherchée.

Yerri suppose qu’il entre en colloque avec les plus grands citoyens de la république romaine; il n’est guère, dans les trois premières nuits, qu’un auditeur silencieux de leurs débats sur les lois, les mœurs et les annales de leur patrie ; il montre les Romains « illustres plutôt qu’heureux, oppresseurs par système, admirables par la fortune, généreux dans la méchanceté, héros dans

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l’injuslice, magnanimes dans l’atrocité. » Mais les trois dernières nuits font paraître l’écrivain servant de guide à ses interlocuteurs, à travers les ruines de l'ancienne Rome et les monuments de la nouvelle, ingénieux prétexte à des comparaisons intéressantes au sujet des institutions. Ici la fiction est soutenue par les connaissances de l’érudit, les digressions deviennent le principal, et les JVuùs romaines n’ont pas plus la frivolité du roman qu’elle n’en ont l’intérêt.

C’est par de telles œuvres que la prose italienne se distingue, au dix-huitième siècle, de celle des siècles précédents. Le changement est aussi profond qu’inattendu. Soit que les pensées se pressent en foule dans des cerveaux naguère si vides, soit que la connaissance plus répandue des langues étrangères inspire, à quiconque lient une plume, le désir de s’approprier des expressions et des tours dont les Italiens sont d’ailleurs charmés, le style est aussi négligé qu’il était auparavant l’objet d’un soin assidu. Sismondi est bien sévère de ne trouver, à cette époque, aucun ouvrage qui mérite qu’on apprenne la langue italienne pour le lire dans le texte original ; mais il est vrai que les traductions suffisent, à la rigueur, pour connaître les écrits de ce temps. Ils ne se recommandent, en effet, que par la pensée. Si le fatras des mots a disparu, la déclamation en tient la place, et on ne l’a pas justifiée quand on a dit qu’il n’y avait guère d’inconvénient à exagérer, dans l’expression, des idées qu’on ne pouvait suivre dans la pratique, puisque les gouvernements y étaient opposés. L’ancien régime en France n’était pas plus qu’en Italie favorable à la liberté,

CARACTÈRE DES ÉCRITS EN PROSE. 3Üo

et pourtant la prose s’est élevée chez nous, on peut le '

dire sans dénigrer nos poètes, au-dessus delà poésie.

C’est au contraire la tendance du génie italien de donner un tour poétique à la pensée, ou plutôt, comme le prouvent ces improvisateurs innombrables, de l’exprimer en vers. La prose, cependant, peut repousser alors d’injustes *

dédains : si elle ne produisit que des ouvrages de circonstance, dictés par des intérêts passagers ou, du moins, satisfaits aujourd’hui, ces ouvrages défendent tous, sous des formes diverses, la cause désormais populaire de la justice et de l’humanité.

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