‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 122 sur 169 · V. - U POÉSIE · texte numérisé non relu

V. - U POÉSIE

Héforme poétique : l’Académie des Arcades. — Poètes arcadiens : Lemene. — Zappi. — Cotta. — Manfredl. — Krugoni et son école. — Poésie dantesque : Varano. — Poésie Imitée d'Ossian et d’Homère : Cesarotti. — Les traductions. — La poésie didactique. — La poésie épique. — La poésie héroi-comique : Forteguerra. — La poésie satirique et l’apologue : Batacchi. — Passeront. — Les animaux parlants de Casti. — Le Jour de Parini. — La poésie en dialecte: Meli.

Quoique la poésie nous ramène à des œuwes médiocres et à des succès ridicules, elle participe dans une certaine mesure à l’esprit de progrès qui poussait le dixhuitième siècle à secouer le joug du passé. Un petit nombre de gens sensés avaient combattu dès son apparition l’école de Marini. Par respect pour Pétrarque, sinon pour Dante, que ne pouvaient goûter des âmes énervées, l’Académie florentine, celle de la Crusca, celle desAjoaristi, s’étaient élevées contre les novateurs ; avec le temps, elles rallièrent la pluralité des Italiens. Ce fut moins un retour au bon goût qu’un effet de la lassitude et l’inévitable réaction qu’appelle tout excès. Cette fois la réaction fut heureuse : à ne point faire comme les marinistes, on ne risquait pas de faire plus mal: il est vrai que, dans

RÉFORME POÉTIQUE. — LES ARCADIENS. 367 un si profond abaissement de l’esprit poétique, on ne fit pas beaucoup mieux.

En l’année 1690, dans cette ville de Rome où résidait l’Académie des Humoristes, principal soutien des doctrines poétiques de Marini, des poètes, des érudits venus de diverses provinces, se réunissaient sur une colline, et là, mollement étendus sur l’herbe, récitaient tour à four des poésies légères qui contrastaient avec celles des favoris de la foule. Pour ce motif ou par une complaisance réciproque, de médiocres vers arrachaient à la champêtre assemblée des cris d’admiration. Guidi, Filicaja, Menzini, Gravina, Crescimbeni : tels étaient les lettrés qui donnaient à ce cénacle une certaine importance. Quelqu’un ayant dit, un jour, qu’ils avaient, parleurs vers et par le lieu où ils les débitaient, ressuscité l’Arcadie, l’idée vint à Crescimbeni de constituer une nouvelle académie, l’académie des Arcades ou Arcadiens.

L’Italie n’avait que trop d’institutions de ce genre, mais on n’imaginait pas d’autre forme pour toute réunion d’hommes lettrés. La reine Christine prêta son palais pour les séances, et Gravina rédigea dans la langue, dans le style de la loi des Douze Tables, les règlements de la docte société. Les membres, inscrits chacun sous un nom de pasteur grec,pouvaientappartenir aux deux sexes et devaient imiter, par les mœurs comme par le caractère des poésies, les Arcadiens primitifs. Jalouse de son indépendance, cette petite république ne voulut reconnaître ni protecteur terrestre, ni prince, ni préteur, ni président; par un lointain souvenir de Niccolô Capponi, de Savonarole, et de leur république chré-

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tienne, elle proclama l’enfant Jésus chef de l’Arcadie.

La douce paix qu’un tel protecteur semblait promettre fit bientôt place à la guerre, par la rivalité de Gravina et de Crescimbeni. Celui-ci l’emporta, quoique inférieur par le goût et le savoir, grâce à l’appui des jésuites dont il revêtit finalement l’habit. Maiire du champ de bataille, Crescimbeni se montra bien vite indigne de l’empire qu’il avait prétendu. 11 ne sut ni enseigner à ses académiciens l’invention et la composition libre dans le cadre si étroit de l’ode pastorale ou pindarique, ni même, s’il ne commandait qu’à des imitateurs, leur proposer un modèle digne d’être imité. L’Arcadie se proposant pour but de combattre les marinistes, il fallait reprendre la voie de Pétrarque, qu’ils avaient abandonnée. Crescimbeni n’eut pasmême cette idée si simple ; il exhuma le napolitain Angelo di Costanzo, fit décider à l’unanimité des voix qu’à chaque réunion particulière on lirait sur ce poète une leçon, et lui-même, prêchant d’exemple, en fit quatre pour sa part.

Ces jeux d’enfants plurent bientôt à la nation entière. En dix années, les Arcades furent au nombre de six cents: hommes et femmes, nobles et roturiers, laïques et prêtres, moines et cardinaux, briguèrent l’honneur de défendre l’orthodoxie poétique dans les rangs de ces futiles réformateurs. Bientôt, il n’y eut pas une ville qui ne voulût posséder une colonie arcadienne, correspondant avec la société mère : en deux ans elle compta treize cents associés, treize cents bons poètes, suivant le goût du temps, car il fallait avoir fait ses preuves pour être admis. Dans le déluge d’églogues, d’idylles, d’odes anacréon-

RÉFORME POÉTIQUE. — UES ARCADIENS. 3ü!) tiques, de sonnets pastoraux dont ils inondèrent la Péninsule, ils s’appelaient Tircis, Ménalque, Mélibée, ils chantaient lesChloris et les Philis. C’est à ce prix qu’on obtenait ce qui passait alors pour la gloire ; les plus importants ouvrages restaient inaperçus. Le dictateur Creseimbeni, pour conserver à la postérité tous ces riens, en . publia le recueil, qu’il ne faut pas confondre avec son Histoire de la poésie vulgaire , et compléta cette collection fastueuse et vide en y joignant la biographie de ses confrères, sous le titre pompeux A' Histoire des Arcades.

C’était donc parun excèsqu’on prétendaitéviter l’autre. S’il fallait choisir entre les deux, au goût détestable des marinistes on devrait préférer la fadeur arcadique, qui ramena les esprits à la simplicité, aux vrais principes de l’art d’écrire ; mais celte arme de guerre aurait dù être brisée au lendemain de la victoire, et l’Arcadie a duré ; elle dure encore. Elle se réunissait, dans le principe, sept fois par an, en plein air; dès l’année 1726, elle s’assembla dans l’été, tous les jeudis, sur le mont Janicule, sous un bois de lauriers et de myrtes, qui fut appelé bois de Parrhasius, en hiver dans le Serbatojo, salle des archives, où l’on conservait les ouvrages lus et les por-* traits des principaux arcadiens. Pour les séances solennelles s’ouvrent encore aujourd’hui les portes du Capitole. La docte académie, comptant par olympiades, a un président élu pour quatre années et publie tous les mois un recueil, le Giomale arcadico .

Dans la nombreuse phalange dont se composa l’Arcadie, il faut signaler quelques poètes placés dansl’estime publique à côté des fondateurs. Francesco di Lemene

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est, si l’on peut dire, un arcadien avant la lettre : il n’appartient que par les quatre dernières années de sa vie au dix-huitième siècle(1639-1704).Dansses poésies pastorales, les meilleures qu’il ail faites, il décrit les jeux des enfants, des bergers, des nymphes, avec un talent réel, mais que déparent les défauts des deux écoles. Son esprit est affecté, son élégance fade, scs jeux de mots puérils, ses rapprochements bizarres et forcés. Il crut illustrer sa vieillesse en publiant un gros volume de poésies pieuses qu’il intitula Dieu, et où il passe en revue, dans un style savant, lourd, empesé, toutes les attributions divines, Dieu un. Dieu Trinité, Dieu Créateur, Dieu homme. Dieu fils de .Marie, Dieu patient, Dieu triomphant. Ce sont les élévations vers les mystères d’un laïque dévot, vieilli, sans génie, peu raisonnable dans ses vers, quand il n’y est pas prosaïque, et oublieux des grâces fades qui l’avaient fait arcadien.

Il appartenait à l’époque héroïque où l’acharnement de la lutte donnait quelque force à l’Arcadie, en l’obligeant à l’unité; mais la défaite des marinisles ne tarda pas à diviser les vainqueurs : ils formèrent alors deux • écoles, dont l’une resta fidèle à la simplicité étudiée de Virgile et de Sannazar, tandis que l’autre, bientôt fatiguée de ces bucoliques trop naturelles encore, revenait à la pastorale de convention qu’avaient illustrée le Tasse et Guarini.

A ce premier rameau de l’Arcadie déchirée appartient Felice Zappi (1Ô67-1719), avocat que la jurisprudence n’enleva point à la poésie. Il y réussit au troisième rang; s’il ne s’éleva pas davantage, c’est moins

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