‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 127 sur 169 · POÉSIE SATIRIQUE. — PARINI · texte numérisé non relu

POÉSIE SATIRIQUE. — PARINI

populaires en llaüe, par exemple l’invention du trictrac ou celle du canapé, . l’origine de l’inégalité sociale, la paix entre lïyménée et Cupidon. La mythologie même, quand elle paraît dans ce poème, y est si heureusement amenée, qu’on ne songe pas à se demander comment elle trouve sa place dans la journée d’un jeune gentilhomme, tant de siècles après la ruine de l’Olympe et du monde païen.

La discrétion du langage, si remarquable dans les quatre parties du Jour^ tourne au profit de la pensée et de la morale plus que ne ferait l’hyperbole, et nous inspire, sans amertume ni colère, le profond dégoût de la débauche, de l’oisiveté, de l’égoïsme, de la gloutonnerie, enfin de tous les vices qui hantent les palais. Tel est le caractère dominant de celte forme toute nouvelle, dont Parini n’a trouvé d’exemple ni dans la littérature italienne ni dans l’antiquité. Cet esprit délié sut en outre mettre au service de sa pensée tout ce qui pouvait la relever, l’ordonnance parfaite de l’ensemble et des détails. Part de choisir les images, les figures et les mots, et ' d’imposer, par leur habile assemblage, le mépris de ce qu’il paraît louer, une versification où l’on peut bien condamner l’artifice de la période, des transpositions trop étudiées, le luxe des périphrases, l’excès d’une fastueuse élégance, mais qui, loin d’être vide, comme celle de tant d’autres poètes contemporains, exprime des pensées philosophiques, n’exclut pas les termes populaires et familiers, remplace la monotone sonorité qui plaisait aux oreilles par une diversité de ton à laquelle la négligence même paraît contribuer. Les Italiens louent en

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outre Parini d’avoir renouvelé le vers sciollo, qui leur semble si difficile, en lui donnant Pliai monie imitative, la variété des rhythmes, les césures, les interruptions nécessaires. Frugoni, qui passait pour un maître dans cet art, s’avoua humblement vaincu. Ce que le commun des lecteurs doit priser davantage, c’est ce retour au naturel qui ne coûte rien à la poésie, en un temps où le blé n’était que le blond honneur des champs, et la barbe le sombre honneur du menton.

Juge sévère pour lui-même, Parini ne croyait avoir qu’ébauché la seconde moitié de son ouvrage, et il aurait remis, s’il n’avait auparavant cessé de vivre, le Soir et la Nuit sur le métier. Les meilleurs juges se demandent en quoi ces deux parties sont inférieures aux deux autres. Sans les distinguer entre elles, ils voient dans ce poème, si remarquable par l’unité de la pensée et par le durable souvenir qu’il laisse dans l’esprit, un des ouvrages les plus achevés qu’ait produits l’heureux génie des Italiens.

Rien ne manqua au triomphe de Parini, pas même la colère des nobles, avertis par la risée publique de la cruelle satire que cachait mal la réserve de l’expression. Un certain duc de Belgiojoso, ayant cru se reconnaître dans un des portraits du Matin, fit bétonner le poète, qui en resta boiteux toute sa vie. Plus craintif, il n’eût pas osé passer outre : il publia courageusement les autres parties de son chef-d’œuvre, et n’eut point à s’en repentir, soit que la rumeur publique avertît les gentilshommes blessés de supporter avec plus de résignation une trop juste satire, soit que, par bassesse de courti-

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