‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 128 sur 169 · POESIE SATIRIQUE. — PARINI · texte numérisé non relu

POESIE SATIRIQUE. — PARINI

sans, ils voulussent ménager un ennemi que protégeait Firmian, gouverneur du Milanais. Cet homme d’état applaudissait au dessein d’attaquer « l’oisiveté des grands ; » pour récompenser Parini de l’avoir si poétiquement exécuté, il le chargea d’abord de diriger la Gazette officielle, puis le nomma professeur de belles-lettres à l’école palatine, et d’éloquence au gymnase de Brera. Appelé plus lard parle général Bonaparte à présider la municipalité de Milan, il ne put conserver cet emploi, car il avait trop le sentiment de la dignité humaine pour se plier au pouvoir absolu, et surtout pour s’en faire l’instrument. Cet homme, d’un caractère doux mais de mœurs sévères, s’observait avec défiance et redoutait les faiblesses où l’on peut tomber plus que jamais dans les temps de révolution. « Sommes-nous, disait-il à ses amis, aussi honnêtes gens que nous l’étions hier? » Ces scrupules d’une âme sincère et qui connait la nature humaine défendent Parini contre l’accusation intéressée de n’avoir flétri les nobles que parce qu’il en était jaloux.

Ici devrait se terminer celte rapide revue des poètes italiens au dix-huitième siècle, s’il était possible de passer sous silence le sicilien Giovanni Meli (1740- 181 o). Il n’a écrit que dans le dialecte de l’île où il était né et, pour cette raison, il pourrait être exclu de l’histoire littéraire ; mais il est si supérieur aux poètes qu’un juste senliinent de défiance ou le désir d’un facile succès pousse à employer l’idiome de leur province, et même à la plupart de ceux dont les écrits firent en ce temps-là l’ornement de la langue commune, qu’il est devenu en quelque sorte un poète national. Son excuse de ne l’être pas tout

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à fait, c’est l’isoletnent volontaire, autant que naturel, où vivaient les Siciliens, et qui a fait de leurs rivages une frontière infranchissable à leurs écrits ; c’est surtout la croyance peu fondée, que Meli partageait avec tous les lettrés de ce pays, qu’il y a une différence profonde du dialecte sicilien à celui de la Toscane, dont il est au con< traire le moins éloigné de tous. Meli était un de ces abbés du dix-huitième siècle qui prenaient l’habit ecclésiastique sans recevoir les ordres, pour avoir les avantages de l’un sans les entraves et les inconvénients des autres. N’ayant que l’ambition de vivre en bon épicurien et d’exceller dans son art, il fut heureux, et, quoique professeur de chimie, véritablement poète. 11 n’avait pas vingt ans quand il publia un poème bernesque, la Fée galante, trop admiré des Siciliens. Un second ouvrage, intitulé Don Quichotte, où il prétendait prêter au héros de la Manche des aventures « négligées par Cervantes, » n’eut d’autre effet que de provoquer un parallèle dangereux pour l’imprudent imitateur. Le meilleur de ses ouvrages, c’est X Origine du monde, composition satirique et forte où il raille tout ce que les hommes pensent sur le grand problème de la création. Jupiter délibère avec les divinités de l’Olympe sur le moyen de créer l’univers : n’imaginant rien de mieux, il se fait arracher les membres, qui deviennent les diverses parties de la terre. La tête du Dieu forme la Sicile, ingénieuse et naturelle flatterie du poète à son pays.

On pourrait citer encore de Meli un grand nombre d'odes pindariques, de satires, de fables, d’élégies ; mais ce qui l’a mis au premier rang, ce sont ses églogues, ses

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