‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 129 sur 169 · U POÉSIE EN DIALECTE. — MELI · texte numérisé non relu

U POÉSIE EN DIALECTE. — MELI

pastorales, enfin ses odes imitées d’Anacréon. Sans connaître le grec, par la seule inspiration de son génie et des splendeurs de la nature, il se rapproche plus qu’aucun autre moderne de ce poète, ainsi que de Théocrite, qui avait vécu et chanté aux mêmes lieux. Meli les décrit avec fidélité et met dans la bouche de ses personnages, marins, pêcheurs, on bergers, le langage de leur état, fort différent de celui qu’ils parlent dans les pastorales rarfinécs du Tasse et de Guarini. Plein d’idées et de philosophie, ne se permettant pas dans ses vers la plus légère négligence ou la moindre obscénité, vif, animé, sensible, il est surtout admirable parle naturel, qui, en Sicile, faisait défaut aux lettrés, fanatiques de l’Arcadie, aussi bien qu’aux nobles, parmi lesquels il vivait. Ses poésies érotiques sont devenues populaires : on les chante encore aujourd’hui avec le doux accompagnement de la guitare.

Quel dommage pour le poète, et pour tant d’amis de la poésie, qui ne peuvent le lire, qu’il n’ait pas enrichi la langue générale de son pays de ces petits chefs-d’œuvre intitulés La lèvre [Lu Labbru), Le sein [Lu pel(u), au lieu de les réserver h un petit nombre de Siciliens familiers avec toutes les finesses de leur dialecte provincial ! Meli y trouve tant de charme et les rend •avec un bonheur si particulier, que, même dans le souple idiome de l’Arioste et du Tasse, si voisin du dialecte de la Sicile, il ne saurait être traduit. Il n’en est peut-être que plus parfait, puisque dans notre langue, la mieux connue de toutes celles qu’on parle en Europe, nos écrivains les plus exquis se refusent à toute traduc-

DIX-HÜIXIÈME SIÈCLE, lion, parce que leur originalité trompe le jugement et le goût (les étrangers ; mais la renommée de Meli demeurera toujours restreinte et, pour ainsi dire, de confiance, fort au-dessous do son talent. Si, après avoir conquis le suffrage de ses amis et de ses voisins, il eût cherché la gloire dans la voie commune, et tenté de donner à l’Italie un grand écrivain de plus, qui peut dire s'il y eût réussi ? Beaucoup d’autres ont fait cette tentative : ils y ont échoué, et, par là, ils ont donné leur mesure. Meli, plus prudent, s’épargna cet amer regret, et, si l’on ne peut dire qu’il soit plus grand, pour ne s’être pas aventuré, on doit du moins le louer d’une réserve qui atteste la sagesse de son esprit.

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