‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 13 sur 169 · EXIL DE DANTE · texte numérisé non relu

EXIL DE DANTE

nations et ses alliances l’avaient jusqu’alors porté vers les Guelfes; ses sympathies avouées pour les Blancs de Pistoia le firent accuser d’être gibelin, parce qu’ils l’étaient eux-mêmes. Dante ne daigna pas s’en défendre. Hautain devant scs ennemis, il crut assurer la paix publique en faisant bannir les chefs des deux partis contraires : il ne songeait pas que les partis, comme les armées, trouvent toujours qui se mette à leur tête, dût-il sortir des derniers rangs. Ainsi Dante manqua son but et s’attira des inimitiés mortelles, ses adversaires le trouvant trop acharné et ses amis trop tiède. On prétendit qu’il avait vendu la justice, on l’accusa de partialité pour avoir rappelé de l’exil Guido Cavalcanti, qui mourait de consomption à Sarzane. Quand l’impétueux Boniface YIII se fut prononcé pour les Guelfes ou Noirs, dont les chefs étaient ses banquiers, quand il eut cédé à leurs vœux en appelant Charles de Valois à Florence, ces partisans de l’étranger, en qui l’on veut voir les premiers champions de l’autonomie italienne, chargèrent Dante d’une ambassade à Home, dans l’unique dessein de l’éloigner. Dante hésitait. (( Si j’y vais, qui reste? disait-il. El si je reste, qui y va? » Il partit pourtant, dans l’espoir d’attaquer le mal à la racine; mais le souverain pontife retint longtemps ce gênant citoyen, tandis que le podestat nommé par l’envahisseur laissait les Noirs enlever les filles et brûler les maisons de leurs ennemis, tuer les pauvres, expulser les riches et les ruiner, durant cinq mois, par d’énormes capitations. Dante banni, comme l’était le père de Pétrarque, avait trop de passion dans l’âme pour se résigner tout d’abord ; il seconda les tentatives des Gibe-

QIÎATOnZIÉME SIÈCLE.

lins exilés pour rentrer à Florence ; mais un premier échec le dégoûta d’une ville qui le condamnait, au même moment, à être brûlé vif. Il s’éloigna seul et apprit « combien est amer le pain de l’étranger, combien il est dur de monter et de descendre l’escalier d’autrui. »

Voilà donc le poète errant, solitaire, et, pour emprunter encore ses termes, « sans barque, sans voile, sans gouvernail. » Nous ne le suivrons pas dans ses pérégrinations douloureuses, à Vérone, à IJologne, à Padoue, en bien d’autres lieux ; mais il faut dire un mot de son séjour à Paris, qui a tant contribué à former son génie, à lui donner le tour auquel il doit son originalité.

Dante, comme la plupart des grands Italiens, n’aimait point la France ; il ne lui pouvait pardonner d’opprimer les Florentins par la main de Charles de Valois, ni d’avoir placé sur des têtes françaises les quatre couronnes d’Angleterre, de Naples, de Constantinople, de Jérusalem. Il haïssait ce Philippe le Bel qui avait fait arrêter, dans ses États, tous les commerçants italiens, sous prétexte d’usure, et ne leur avait rendu la liberté qu’au prix de fortes contributions. Mais Paris était alors la ville unique pour les sept arts ; nulle université n’enseignait avec tant d’éclat la philosophie et la théologie, qui faisaient toute la science. Si Dante fit une première fois le voyage, comme ambassadeur des Florentins, il lui fallait les loisirs de l’exil pour prolonger son séjour, apprendre notre langue et notre histoire, suivre sur la paille de la rue du Fouarre les leçons de Siger de Brabant, obtenir enfin les deux grades de bachelier et de maître en théologie. Quant à celui de docteur., Dante était prêt aux épreuves par les-

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