‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 132 sur 169 · L\ COMÉDIE. — GOLDONI · texte numérisé non relu

L\ COMÉDIE. — GOLDONI

un préservatif contre tous les caprices. Dans un accès d’exaltation, le jeune Goldoni ayant, un jour, voulu se faire capucin, pour l’en dégoûter, on le conduisit à la comédie. 11 eut beau, un peu plus tard, revêtir la robe de l’avocat, il noua moins de relations avec ses confrères qu’avec les comédiens. 11 essaya de plaider, il se laissa nommer consul de Gênes à Venise, et voulut remplir ses nouveaux devoirs ; mais on n’échappe pas à sa destinée : des pertes d’argent, qu’il voulait réparer, firent de lui un directeur de spectacles dans l'armée autrichienne, qui occupait en Italie les provinces du nord. Quand il dut abandonner cet emploi précaire, il s’établit comme avocat à Pise, et il s’y croyait définitivement fixé, lorsqu’il y fit la renconire d’un certain Madebac, chef d’une compagnie dramatique : Goldoni ne résista pas à la proposition qu’on lui fit d’en devenir le poète.

C’était pour son talentun dangerauquel il succomba tout d’abord. Rien n’égalait les exigences de ces despotes de théâtre : dans une année, Goldoni s’engageait à fournir seize comédies, et il tenait parole, ce qui donne plus d’estime pour le travail de l’homme que pour le talent du poète. 11 aurait dû se réjouirle jour où l’indigne Madebac, en le dépouillant de ses manuscrits, le réduisit à rompre une association si funeste. 11 revint à Venise, mais pour y exercer le métier d’auteur comique avec plus d’indépendance. C’était donc une vocation sincère, dont témoignent tous les accidents de sa vie agitée. Goldoni les raconte lui-même dans ses mémoires, qu’il écrivit en français, et où Gibbon trouve plus de vivacité comique que dans les comédies de cet auteur si vanté.

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Ces comédies , il est vrai , ne sont pas d’une gaieté entraînante ; mais l’observation, qui en tient la place, est une qualité plus nécessaire peut-être, et qui, en tout cas, paraissait l’être, tant on l’avait négligée jusqu’à Goldoni. Il faut lui tenir compte des obstacles qu’il eut à vaincre pour ramener la scène comique dans les voies perdues de la raison. Il ne pouvait former un plus sage dessein que de renouer la tradition de Machiavel et de l’Arioste au théâtre, en s’aidant de Molière pour les corriger et les compléter ; mais il fallait conserver le plus souvent qu’il serait possible les quatre masques traditionnels de la comédie improvisée, pour ne pas dérouter un public qui y était accoutumé. Si Goldoni eut jamais l’idée d’écrire en vers, il y dut renoncer, pour ne pas trop choquer des oreilles habituées au langage populaire d’ Arlequin et de Pantalon.

A ces obstacles, qui venaient de l’auditoire, s’ajoutaient ceux que suscitait à Goldoni son propre naturel. On l’a vu faire dans un an seize comédies; il continua d’abuser de cette dangereuse facilité ; il ne mettait que cinq jours à composer, à écrire une pièce en cinq actes et en vers. Dans le cours de sa vie, il ne donna pas au théâtre moins de cent cinquante comédies, sans compter des tragédies, des pièces à canevas, des drames, des intermèdes, des farces, des opérascomiques ou sérieux. Mais au prix de quels défauts ne payait-il pas cette abondance dont il tirait vanité ! 11 composait trop rapidement pour mettre de l’équilibre entre les parties importantes et les accessoires, pour obtenir la symétrie de l’ensemble, pour se dégager de ces redon-

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