‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 144 sur 169 · MANZONI · texte numérisé non relu

MANZONI

nages les plus divers quant à la race ou à la condilion, depuis le paysan retors, subtil, un peu poltron .jusqu’aux seigneurs satisfaits de la domination espagnole, jusqu’à l’évèjue, modèle du prêtie courageux, ingénieusement rapproché du curé pusillanime. Des scènes rustiques, présentées avec une naïveté charmante, des épisodes importants répandent dans cet ouvrage, quoiqu’ils aient l’inconvénient de faire oublier le sujet, une inépuisable variété. La famine, la sédition, l’invasion, la peste même, malgré le redoutable souvenir de Boccace, sont des tableaux achevés, d’un style simple sans trivialité, éloquent sans déclamation, et les idiotismes français ou lombards qu’on y signale, sont si heureusement placés aux endroite mol italien manque, qu’on ne saurait reprocher aa^oètd’dcsi heureux larcins.

On lui reprocherait plus justement la lenteur de l’action, des descriptions trop longues, un dialogue trop minutieux ; mais l’ensemble est si agréable et si vrai, la conception du genre si supérieure à celle de Walter Scott, que le goût le plus sévère fait à peine ses réserves et se sent désarmé.

A l’apparition de ce beau livre, les Italiens, outre les rares mérites qu’y trouvaient les lecteurs de tout pays, se plurent aux allusions qu’ils rencontraient sur leur condilion malheureuse : sous l’oppresseur espagnol ils virent rAulricliien; ils furent émus au simple récit des maux qu’apporte l’occupation étrangère : la modération du poète, son imperceptible sourire, sa douce mais incisive ironie, plaidaient plus éloquemment en faveur de l’autonomie des peuples que n’eussent fait les plus véhémentes

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DIX-NEUVIEME SIECLE

imprécations. Mais, il faut le dire, le patriotisme de Manzoni, quoique réel, manquait d'ardeur; sa résignation religieuse aux décrets du ciel était peu propre à susciter des défenseurs à l’Italie, et s’il sut, avec son tact exquis, se retenir sur la pente d’une excessive mansuétude, ses disciples y glissèrent, donnant, comme Pellico et Grossi, en présence de l’ennemi public, le spectacle énervant d’une regrettable soumission.

Ces deux noms sont les plus célèbres d’une école dont une résignation peu civique est le caractère dominant. Au théâtre, les disciples de Manzoni sont esclaves de la vérité dans l’histoire, mais ils ne savent pas y répandre la vie. Qu’ils' fassent des romans ou des poèmes, ils sont érudits ou pittoresques, mais rarement originaux. Le milanais Grossi (1791-1853), qui a fait un chef-d’œuvre dans le dialecte de sa ville natale, en racontant la mort tragique du ministre Prina, a beau, dans un roman historique intitulé Marco Visconti, imiter la compo.<ition, le style, reproduire même les termes de Manzoni, l’ensemble de l’ouvrage n’en est pas moins infidèle à ce qu’il y a de pins heureux dans la poétique àes Fiancés. Grossi ne feuillette les livres et les manuscrits que pour reproduire servilement ce qu’il y trouve, et sans le comprendre, puisqu’il nous représente doux et résigné comme il l’était lui-même un féroce condottiere du moyen-âge. Aussi ce modeste poète ne parait-il à son aise que dans ses nouvelles en vers, genre dangereux, héritier de l’épopée, mais qui, n’en pouvant adopter les grandes divisions ni en suivre les règles traditionnelles, est exposé à cette fâcheuse alternative ou d’employer des machines

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