‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 145 sur 169 · GROSSI. — PELLICO · texte numérisé non relu

GROSSI. — PELLICO

épiques dans un sujet simple, ou d’entourer d’un cadre poétique un prosaïque roman. Grossi n’a point le nerf de l’écrivain et manque de foi en lui-même : il crut sur parole les critiques envieu.\ qui lui refusaient tout talent d’écrire, et, sur-le-cliamp, il posa la plume, pour ne la reprendre jamais. La faiblesse de ce style naturel et coulant ne doit pas cependant nous rendre injustes pour un esprit aimable qui supplée à la force de la pensée et du langage par la grâce et le sentiment.

Silvio l'ellico (1789-1854), poète et prosateur médiocre, ii’eîit obtenu, sans les malheurs de son âge mùr, qu’une célébrité éphémère. Ses poésies fugitives manquent d’invention, d’énergie, d’élégance ; son théâtre, mal imité de âianzuni, ne nous touche que par hasard, quand il s’y rèneontre, dans la vie intime, quelque sentiment tendre at délicat. L’action manque d’ampleur, le style de force, les caractères de variété. Les huit tragédies de Pcilico rappelleraient Alfieri, si le poète y savait inspirer la terreur ou la pitié, s’il savait surtout concevoir et peindre le combat des passions; mais il n’avait ni le génie dramatique ni le sentiment de sa propre faiblesse. Pour son coup d’essai, il s’attaquait à deux des plus touchants personnages de Dante, malgré Foscolo, qui le détournait d’y porter la main , disant a que ces morts feraient peur aux vivants. » Françoise de Rimini n’est qu’une molle élégie, et Euphémie de Messine, quoique interdite par l’ombrageuse Autriche, n’a pas môme l’insuffisant mérite d’être une protestation nationale. Mais on ne condamne pas à mort un si timide citoyen, on n’enferme pas dans les cachots du Spielberg un fragi-

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que applaudi, sans excilerrémolion publique, sans changer en admiralion IVstime que méritaient des talents si mal récompensés. L’Europe ne partagea les sentiments de l’Italie que du jour où Pellico, rendu à la liberté, flt connaître par un livre simple et touchant le martyre de ses prisons {Mie priyioni), dont le tableau, quoique adouci, devait être pour l’Autriche le plus cruel et le plus juste des châtiments.

Cette indulgence n’était point un calcul du prisonnier, elle était un trait de caractère; car, retiré à Tul in et maître d’exprimer toutes ses pensées, Silvio s’est volontairement condamné au silence, et, bibliothécaire d’une marquise piémontaise, a fini obscurément sa vie dans les exercices d’une dévotion exaltée, tout à fait étranger aux luttes politiques et nationales que soutiennent encore avec une infatigable ardeur ceux de ses compagnons de jeunesse et d’infortune que la mort a jusqu’à présent épargnés. Si le livre des Prisons produisit à son apparition d’heureux effets, quiconque, jugeant avec sa raison, résiste aux entraînements de son cœur, éprouve à cette lecture un malaise indéfinissable, et se sent, après l’avoir achevée, moins fort qu’auparavant. On n’est vraiment homme qu’à la condition de concevoir pour le mal ces haines vigoureuses dont parle Molière, et qui sont le commencement du bien, quand elles n’en sont pas la conséquence. Courber la tête devant l’injustice, se soumettre à la volonté discutable de nos pareils, qui nous oppriment par le droit du plus fort, ne saurait être ni une vertu ni un devoir. C’était presque donner une revanche à l’Autriche, de la main même qui la châtiait, que

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A l’école de Manzoni, il faut rattacher encore le gendre de ce poëte illustre, Massimo d’Azeglio, dont les lettres pleurent la perte toute récente (1866). Officier, homme d’Etat, peintre distingué, patriote aussi ardent que Grossi et Pellico étaient tièdes, il suivit, comme écrivain, les principes établis par son beau-père, dans deux romans Ettore Heramosca (ou le Défi de Barletta) et Niccolô de'Lapî, remarquables par l’effort de l’auteur pour réveiller ou soutenir les sentiments nationaux, et ramener le goût de la belle langue des Toscans. S’il n’est pas lui-même parfaitement maître de ce pur idiome, s’il pousse l'amour de son pays jusqu’aux exagéra^us les plus invraisembl^les, du moins l’art de décrira, l’intérêt du récit, la noblesse des vues assurent à ces deux romans une place honorable, parmi les meilleurs écrits en ce genre qu’ait produits l’Italie contemporaine.

S’il faut absolument trouver des chefs aux deux écoles rivales, Leopardi conduit, au dix-neuvième siècle, la phalange des classiques, comme Manzoni celle des romantiques ; mais on vit rarement deux adversaires, deux chefs d’école plus dignes l’iin de l’autre et plus près de s’entendre. Manzoni n’avait pris aux Allemands que la partie la plus raisonnable de leurs doctrines, et Leopardi avait abandonné de celles des classiques ce qu’elles ont de plus contestable. Ses disciples s’attachent moins à trouver de grandes pensées qu’à revêtir celles cju’ils ont des formes les plus pures; ils ne parviennent donc qu’à imiter de loin l’admirable langue du maitre , ou plutôt à chercher, comme lui, des modèles de style dans les

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écrivains des grands siècles. A l’exemple du seizième, toute cette école revenant, quoique avec moins de fougue, au soin exclusif de l’expression et du langage, fait consister l’art d’écrire dans un travail de patiente mosaïque où domine l’archaïsme, et l’on a donné le nom peu flatteur de formules aux poètes qui consument leurs

talents dans ces efforts puérils.

C’est également une critique indirecte qu’on adresse aux disciples de Manzoni, quand on les appelle coloristes, car on veut faire entendre qu’ils relèguent la pensée au second plan, pour mettre au premier la couleur et l’image. Leurs écrits en vers ne diffèrent de la prose que par le rhyllimc et la mesure ; on les voit s’affranchir tantôt de la rime, tantôt de la division en octaves, et s’attacher si exclusivement à parer de vives couleurs tout ce qui sort de leur plume, qu’ils mériteraient aussi le nom de formistes, puisque la couleur est encore la forme, et qu à l’exemple de leurs rivaux, c’est de la pensée qu ils sont le moins occupés.

Au plus fort des luttes qui divisaient ces deux écoles, un écrivain plein de sens, rédacteur estimé de V Anthologie, avait entrepris de les amener à une paix durable, en leur montrant, par les heureux effets d’un sage éclectisme, que la différence de leurs doctrines n ét.-nt pas un obstacle invincible. Giambatlista Niccolini (1785-1861) avait, de bonne heure, abandonné les emplois publics, pour’vivre dans une indépendance que lui rendait chère son désintéressement. Critique éloquent et philologue habile, comme l’attestent un grand nombre d’ouvrages en prose dont la valeur ne doit pas se mesurer à l’étendue,

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