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NICCOLINI

c’est surtout dans l’art dramatique qu’il a pris une place considérable, et laissé la trace des longues hésitatrons d’un goût qui, avant même d’avoir trouvé sa voie, résistait aux entraînements.

Dans la première moitié de sa carrière, c’est d’Alfieri que Niccolini s’inspire, et surtout des Grecs, dont il sent, dont il sait reproduire l’énergie et la simplicité. Son poème de la Pitié ( 1 804), sa tragédie de Pohjxène (1810), le montrent pénétré des écrivains classiques et ne soupçonnant pas qu’on puisse chercher ailleurs les principes du beau. Dans Nabucco, sans changer de méthode, il cède 5 celte fièvre d’allusions politiques dont l’Italie était dévorée depuis VAjaæ de Foscolo : Nabnchodonosor, c’est Napoléon, et plusieurs membres de sa famille sont reconnaissables sous les traits des autres personnages.

La première concession de Niccolini à l’esprit nouveau fut d’aborder un sujet moderne, celui de Mathilde^ qu’il traite encore à la manière des anciens. L’insuccès de cette tentative le tint dix ans éloigné du théâtre. Quand il y produisit, en 1827, sa tragédie de Foscarini^ on vit comment, après de mûres réflexions, il entendait se rendre aux romantiques : il admettait la couleur moderne, proscrite par la vieille école, et il demandait moins la régularité du drame à l’observation des règles consacrées qu’à la simplicité de l’action. Tant de réserve ne protégea point le poète contre les plus vives attaques : on les épargnait à Manzoni, Niccolini en fut accablé, soit que les innovations parussent plus dangereuses dans un ouvrage qui avait plus de valeur dramatique, soit qu’elles

DIX-NEUVIÈME SIÈCLE

étonnassent davantage de la part d’un homme que l’art classique avait compté jusqu’alors parmi ses défenseurs.

Si Jean de Procida (1830) réussit mieux, c’est qu’il flattait la passion nationale. Niccolini ne se trompa point sur la nature de son triomphe ; efi'rayé d’ailleurs par les excès du romantisme, il essaya de revenir sur ses pas : Agamemnon, tragédie pénétrée de l’esprit antique , Béatrice Cenci, drame vraiment moderne, marquent ces fluctuations d’un esprit encore incertain. Elles furent les dernières. Le poète s’étant, en quelque sorte, trouvé luimême, donna enfin la mesure de son talent dans Filippo Strozzi et dans Amaldo di Brescia, ses deux meilleurs ouvrages.

Si l’on y sent trop l’effort dans l’invention et l’enflure dans le style, ils sont remarquables parla pureté classique unie au mouvement de l’art nouveau. A l'exemple de Shakspeare, Niccolini introduit sur la scène une foule de personnages; mais, au lieu de concentrer l’action, il a le tort de la répandre, comme fait Manzoni, dans une série de dialogues historiques, trop souvent sans force et presque toujours sans lien. Toutefois Arnaldo de Brescia, ce drame dont la représentation serait presque impossible, frappa quand il parut (1843), non-seulement à cause des mâles beautés qui s’y trouvent, mais aussi par le rapprochement qui se présentait naturellement aux esprits entre ce drame où éclataient les dangers de la puissance temporelle aux mains de l’Église, et le livre, alors dans toute sa vogue, où l’abbé Gioberti conseillait aux Italiens de mettre le pape à leur tète, pour reconquérir leur « primauté. » Un chef populaire tel

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