LE TRAITÉ SLR LA MONARCHIE
lait en France, un ouvrage vigoureux, sous ses formes pesantes, qu'il intitula de Monarchia. C’est un syllogisme régulier, ou plutôt, pour parler le langage de l’école, un épichérème dont les trois propositions sont développés en trois livres : 1 ° La monarchie est le gouvernement le plus propre à assurer la félicité du monde ; toute famille a son chef, toutes les facultés humaines sont conduites par la raison. 2" Cet idéal des gouvernements a été réalisé par l’empire romain et ne peut avoir disparu pour toujours, puisqu’il est suivant les vues de Dieu. 3° 11 faut donc le rétablir entre les mains d’un empereur. C’est dans cette dernière partie, de beaucoup la plus importante, que Dante, fixant les rapports du sacerdoce et de l’empire, limite à l’autorité spirituelle le pouvoir du saint-siège, rejette toutes les interprétations forcées que les papes faisaient de quelques passages de la Bible, et plus encore les prétendues donations de Constantin et de Charlemagne, met enfin l’Église dans l’empire et non l’empire dans l’Église. Dante ne réclamait pas sur l’heure la monarchie universelle; il se bornait, pour le moment, à soumettre au pouvoir impérial l’Italie; il en voulait faire la nation heureuse et prépondérante, rougissant de de ne voir en elle qu’un « lieu de prostitution. »
C’était bien l’œuvre d’un gibelin, mais d’un gibelin modéré, qui ne mettait de fougue qu’à défendre sa modération même. Dante n’exilait point les Papes en terre d’Avignon ; il tenait pour légitime leur pouvoir temporel sur Rome, non moins que leur autorité spirituelle sur la chrétienté. Les nombreux pontifes qu’il envoyait aux enfers y coudoyaient les chefs des Gibelins. Mais il ne lui
servit de rien d’avoir contenu dans une juste mesure cette nouvelle expression des idées connues de saint Thomas d’Aquin et d’autres politiques du même temps. Après avoir ravagé la Toscane comme un aventurier, Henri VII lâcha la proie pour l’ombre, se fit couronner à Saint-Jean de Latran, et mourut misérablement empoisonné, sans avoir su accomplir ni peut-être comprendre la tâche héroïque et vraiment impériale à laquelle un homme de génie l’avait convié.
C’est en vain qu’à défaut de l’empereur, Dante voulut faire de Can grande délia Scala, dont il était l’hôte a Vérone, le héros de son rêve. Déçu pour la seconde fois, i ajourna indétiniment ses espérances. Il renonça môme a revoir sa patrie, plutMque d’implorer à genoux, comme un pécheur, sur le seuil de l’église San-Giovanni, le pardon qu’à ce prix lui offraient ses ennemis. 11 refusa toute grâce avec une éloquence hautaine, dans une lettre qui nous est parvenue et qu’a traduite M. Villemain.
Mais cette unité de l’Italie que Dante n’espérait plus voir il ne renonçait pas à la préparer pour des générations plus heureuses et par d’autres moyens. 11 pensa faire œuvre utile en démontrant aux doctes la nécessite d’abandonner le pédantesque langage que personne ne comprenait plus autour d’eux et d’adopter cette langue vulgaire qu’il avait déjà répandue au moyen da Convtto. Dante soutint en latin cette thèse, pour mieux montrer à quels lecteurs il l’adressait. Tel est l’objet du livre inachevé qu’il a laissé sous ce titre : De vulgan eloquen tm. 11 avait raison d’affirmer que l’unité du langage est nécessaire à l’unité de la patrie; mais il eut tort de voir le