‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 19 sur 169 · LES C1IATIM#«TS DE L’ENFER · texte numérisé non relu

LES C1IATIM#«TS DE L’ENFER

sur le sable, sous une pluie de feu, les hypocrites couverts de chapes dorées en dehors et de plomb en dedans, les prophètes et les devins ayant le visage tourné vers leurs épaules, les schismatiques sentant couper et déchirer incessamment leurs membres. Mais pourquoi condamner les voleurs à la même peine que les tyrans, les simoniaques à sentir leurs pieds brûler comme des lorclies ardentes, les faux monnayeurs, les menteurs, les calomniateurs, tous également couverts de lèpre, à se vautrer dans la pourriture? Quand on saisit la pensée de Dante, si souvent obscure, elle parait quelquefois peu naturelle, fondée sur des rapports bien cherchés ou bien accidentels. Les luxurieux sont entraînés dans un tourbillon infernal, en des lieux privés de lumière; s’il y faut voir un symbole de la raison obscurcie par les sens, celte interprétation n’est pas la seule qu’on puisse donner, et, en tout cas, elle mainiue de clarté. Les traîtres demeurent abîmés dans un lac « glacé comme rélait leur cœur ; » est-ce donc la froideur de Tàme, quoiqu’elle y soit, au début, pour quelque chose, qui engendre la trahison? Pourquoi les avares et les prodigues poussent-ils d'énormes rochers? Les paresseux s’estimeront-ils bien infortunés d’être plongés dans la vase, s’ils n’y sont point soumis à la loi du travail ? Pourquoi surtout ne présenter aux imaginations effrayées que des supplices corporels, et, par une contradiction singulière, montrer les damnés uniquement sensibles aux souffrances de leur âme?

Ces caprices d’une pensée qui nous échappe sont regrettables sans doute; mais qui ne les pardonnerait à Dante,

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quand on voit le pur el sage Virgile punir de châtiments égaux, dans VÉnéide, les avares et les parricides, les incestueux et les vendeurs à faux poids? Dante, d’ailleurs, l’emporte de beaucoup sur « son maître et son guide, » en descendant lui-même aux enfers au lieu d’y envoyer un héros, et en substituant aux mythologiques personnages que rencontre Éiiée, des contemporains et des amis. Il condamne ceux qui lui sont le plus chers aux flammes étemelles, quand il croit qu’ils les ont méritées, et cette fermeté de jugement devient une passion violente dès qu’il parle de ses ennemis. 11 les peint sous des couleurs sombres, mais profondément humaines, qui font le plus étrange contraste avec les fantastiques dehors de tout un peuple de démons. Le poète leur donne, comme faisait le moyen âge, un extérieur grotesque et terrible ; il les arme de cornes, de griffes, de fouets, de crochets; il représente Satan, roi de ce sombre empire, enfoncé jusqu’aux épaules, où sont attachées six flasques et immenses ailes, dans un étang de glace, au milieu des grands criminels qui ont trahi leur père, leur hôte, leur patrie ou leur Dieu. Il y a trois coupables surtout à qui le poète gibelin ne saurait pardonner : Judas Iscariote, qui a vendu son maître, Brutus et Cassius, qui ont tenté de détruire l’œuvre divine par excellence, l’empire romain. Ceux-là, Satan lui-même se charge de les punir : dans ses trois énormes gueules il les mâche éternellement.

Pour donner une idée de cette poésie simple et grande, naturelle et majestueuse, quelquefois bizarre et subtile, mais plus souvent sublime, et si habile à repré-

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