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LE PARADIS TERRESTRE

le renard, celle des licn^iques. Un dragon représente Mahomet, et sept têtes, les sept péchés capitaux. Par la prostituée il faut entendre le pape ; par le géant, Philippe le Bel. La poésie, du moins, redouble d’éclat, comme les lieux, aux approches du ciel. Dans une forêt délicieuse, rafraîchie par les plus douces brises, éclairée d’une lumière splendide, remplie des plus suaves mélodies, tous les personnages sont vêtus de blanc et couronnés de lis, tous les animaux ont des formes inconnues, mais dont l’étonnant assemblage est singulièrement harmonieux. C’est là que Béatrice vient remplacer auprès de son fidèle amant le païen Virgile ; il faut une chrétienne, et, mieux encore, une personne idéale pour conduire un mortel au séjour de béatitude. La fille de Portinari représente désormais la théologie, et Dante en reproduit imparfaitement l’austère langage : le bain fortifiant que Béatrice fait prendre au poète ne le rend pas l’égal des bienheureux, mais il est du moins purifié et prêt pour le grand voyage.

C’est un grand voyage, en effet, que d’aller même du Paradis terrestre aux cercles concentriques dont se composent' les cieux de Ptolémée amendés par saint Thomas. Autour de la Terre, gravitent les sept planètes connues alors ; dans une huitième sphère sont les étoiles fixes, et la neuvième constitue l’Empirée. Pour les parcourir il suffira pourtant d’un jour, parce que, au ciel, toute difficulté est supprimée, ainsi que tout retard. Les diverses planètes sont assignées comme séjour aux « esprits, » aux « substances » des bienheureux. Il faut remarquer ces mots nouveaux : le purgatoire a des

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âmes, et l’enfer des ombres. Dans la lune, vaste lac de feu, sont les humains forcés par les circonstances à violer le vœu de chasteté qu’ils avaient fait devant les autels, mais fidèles du moins à la vertu dans les liens du mariage. Venus contient ceux qu’a consumés la passion d’un amour terrestre, transformé plus tard et tourné vers Dieu. Le soleil reçoit les saints et les docteurs, lumières de rfiglise ; ils chantent des hymnes et dansent rapidement en rond. Les croisés peuplent la planète de Mars : la croix qu’ils portent sur la poitrine a racheté tous leurs péchés. C’est là que se trouve Cacciaguida, l’ancêtre de Dante, le seul de ses parents et de ses amis que l’inflexible poète ait placé au paradis ; c’est là qu’on lit d’amères paroles inspirées au preux guerrier par l’exil de son glorieux descendant (1). Dans Jupiter, on voit les bons princes et les bons rois : enveloppés de lumière, ils chantent en voltigeant, et forment, par la disposition de leurs groupes, les lettres de l’alphahet nécessaires pour qu’en les voyant dans l’ordre où elles sont placées on lise ces mots : Diligite justitiam qtii judicatis tcrram. Saturne est le séjour des contemplatifs, des solitaires : ils montent et descendent sur une échelle d’or, récompense médiocre pour des mérites si fort appréciés par l’Église. Dans la sphère des étoiles fixes, Jésus-Christ triomphe avec son cortège d’anges.

Enfin, l’Empirée entoure tous les autres deux et leur donne le mouvement. Dante ne voit d’abord que des flots de lumière ; mais ses yeux, après un premier éblouissement, distinguent à la fin les objets. Plus de

(I) Pansd., ch. xvii, v. 55.

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