‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 22 sur 169 · LE PARADIS · texte numérisé non relu

LE PARADIS

colonnes d’or, de murs de diamant, d’encensoirs d’argent et de harpes d’ivoire, comme dans les, autres sphères : pour rendre ce que l’esprit humain ne peut concevoir, Dante imagine une rose blanche dont les feuilles, éclatantes et pures, deviennent les sièges des saints et des saintes, revêtus de blanches étoles. La reine du ciel est sur son trône, et le poète parvient à la voir ; mais il faut l’intercession de la Vierge elle-même pour qu’il puisse supporter un court instant la vue de Dieu. Autour d’un point étincelant et immobile tournent rapidement, en neuf cercles concentriques, les anges, les archanges, les principautés, les puissances, les vertus, les dominations, les trônes, les chérubins et les séraphins. Au point central, se trouve rassemblé en un seul faisceau de lumière tout ce qui se déploie dans l’univers, la substance, le mode, l’accident ; à une profondeur immense dans ce même point, Dante aperçoit trois cercles d’une circonférence égale et d’une couleur différente : le second, est comme la splendeur reflétée du premier, et le troisième comme un rayon émané des deux autres, c’est 1a Trinité. Mais comment l’effigie humaine s’est-ellc incarnée dans ce cercle ? un dernier rayon parti du fulgurant foyer l’apprend au poète; ce qu’il a vu, il le saisit sans pouvoir le rendre, et il tombe pour ainsi dire foudroyé par l’éclat de la majesté divine. Cette fin, bien qu’elle soit une déception pour le lecteur, n’en est pas moins un trait de génie qu’on admirerait plus encore, si Dante n’avait ajouté une explication peu intelligible du mystère de la Trinité. Du moins il n’a pas essayé de faire parler Dieu, et l’on

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voit par cette réserve comme par une sobriété de descriptions à laquelle ni Y Enfer ni le Purgatoire ne nous avaient préparés, quelle juste notion avait Dante des ressources et des limites de l’art.

Il ne reste, après tout, que peu de chose dans les trente-trois chants du Paradis, si l’on en retranche les interminables discussions de théologie qui remplacent les dissertations dont, sur la montagne du Purgatoire, la botanique, la physiologie, la géologie, la minéralogie, la météorologie, l’alchimie étaient d’ordinaire le sujet. Le moyen âge seul pouvait trouver du charme à l’interrogatoire que les apôtres Pierre, Jacques et Jean font subir au poète sur la foi, l’espérance, la charité, ou aux explications d’Adam sur le nombre des heures qu’a duré son séjour au paradis terrestre, sur le compte des années durant lesquelles il a habité la terre, enfin sur la langue primitive qu’il y parlait. Les saints, en outre, ne peuvent qu’éternellement décrire des félicités toujours les mêmes : à cet égard, le ciel des chrétiens le cède aux Champs-Élysées, pourtant si monotones, de l’antiquité. Tant de discours déplacés, où les sentiments humains font tache, loin d’y être un mérite, irritent le lecteur curieux de découvrir le secret de la béatitude ; mais, il faut l’avouer, cette impatience est toute moderne. Boccace prétendait que la philosophie et la théologie, différentes par le sujet et l’objet, se ressemblent à ce point par les formes et les procédés, qu’on ne peut distinguer l’une de l’autre quand, par hasard, elles traitent des mêmes matières et poursuivent le même but. Ces paroles, à les bien entendre, veulent dire que l’allégorie

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