II. - LA POÉSIE LYRIQOE. — PÉTRARQUE
Les prédécesseurs de Pétrarque.— Jeunesse de ce poète.— Son amour pour Laure. — Son zèle pour les études. — Ses voyages. — Sa vanité. — Son triomphe au Capitole. — Ses œuvres latines. — Ses sotmets. — Ses Canzoni. — Ses Trionfi. — Enthousiasme des Italiens. — Abus du sonnet.
Le genre de poésie qui florissait avant Dante continua de prospérer autour de lui et après lui. Il n’avait pas dédaigné de chanter à l’occasion l’amour ; l’amour est l’unique sujet que traitent les contemporains. Fazio degli Uberli, si faible et si pâle dans la poésie épique, retrouve dans le genre lyrique quelque force et quelque éclat. Un disciple de Brunetto Latini, Francesco de Barberino (1264-1348), laissa, dans ses Documenti <jtamore, un traité de philosophie morale, recueil de courtes pièces où il parle en mauvais vers des vertus et de la récompense qui les attend. Quoique son style doive trop au souvenir des Provençaux, l’Académie de la Crusca, juge souverain en ces matières, le tient à certains égards pour une autorité. Bennuccio Salimbeni, Bindo Bonichi, Antonio de Ferrare, Francesco degli Al-
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bizzi, Seniiuccio del Bene, Buonaccorso de Montemagno, continuèrent avec peu d’éclat les traditions de la poésie amoureuse et firent des sonnets à l’imitation de Pierre des Vignes. Le seul de ces versificateurs qui ait de la grâce et de l’élégance, c’est Cino de Pistoia, dont il a été question plus haut. Il était trop avancé en âge et trop admiré do Dante pour modifier sur les exemples de ce nouveau maître un talent depuis longtemps formé, mais il sut donner à la langue poétique une douceur jusqu’alors inconnue, et au sonnet, que déparent encore les subtiles pensées du jurisconsulte, un tour plus aisé et plus régulier.
Tels furent les obscurs prédécesseurs de Pétrarque, dans le genre où le plus italien de tous les poètes devait se montrer inimitable sans désespérer les imitateurs. Il naquit en 1304 à Arezzo, à quelques lieues de Florence sa patrie, et pourtant en exil : aux portes de la ville natale commençait le sol étranger dans l’Italie morcelée. Conduit, à l’âge de sept ans, sur la terre d’Avignon, Francesco di Petracco, c’est-à-dire fils de Petit-Pierre, se forma aux lettres en étudiant les Provençaux, dont il vivait entouré, et les Latins que son père lui mit sous les yeux. C’était une sage précaution pour préserver le goût d’un jeune homme destiné à se nourrir des barbares auteurs de la jurisprudence. Le contraste de la misérable existence de Dante, tout occupé des lettres, avec celle de Cino de Pistoia qui trouvait la considération et la richesse dans les leçons de droit qu’il donnait à Bologne, était un avertissement pour le vieux notaire Petracco ; il envoya son fils à Montpellier, puis à Bologne
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même pour suivre les cours de l’exilé florentin. Mais Cino ne négligeait pas les sonnets qui avaient fait sa gloire, et tel est l’art que le jeune Pétrarque apprit tout d’abord de lui. Ainsi échouèrent les prudentes mesures de la prévoyance paternelle : rien ne put détacher Pétrarque des manuscrits antiques, pas même la douleur de voir ceux qu’il possédait livrés aux flammes par son père irrité, ni persuader à ce précoce ami des lettres que les années qu’il consacrait au droit par obéissance n’étaient pas un temps perdu. Quand la mort de ses parents le vint affranchir de toute contrainte, il appartenait de cœur aux lettres, et aussitôt il s’y donna tout entier.
11 avait pris l’habit ecclésiastique et la tonsure, pour faire fortune à la cour pontificale, sans y engager sa liberté. 11 sourit doucement, plus tard, du soin excessif qu’il donnait à sa parure : cc Te souviens-tu, écrit-il à son frère devenu chartreux, combien, dans ce temps-là, nous étions attentifs à la propreté de nos habits, combien nous étions lents à nous vêtir ! que de soins nous coûtaient les boucles de nos cheveux ! quelle crainte que le vent du Rhône ne vînt à les soulever et qu’un passant ne souillât nos habits ou n’en dérangeât les plis! Et nos chaussures î Tu sais comme elles nous estropiaient les pieds ! A la fin j’eusse fini par n’en pouvoir plus faire usage, si je n’avais mieux aimé blesser les regards d’autrui que de me ruiner les nerfs et les jointures. »
Tel était le clerc élégant et frivole qui n’écrivait que es chants d’amour sans objet, quand, à l’âge de vingt- 4 rois ans, il rencontra dans une église d’Avignon Laure