‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 34 sur 169 · OUVRAGES ITALIENS DE BOCCACE · texte numérisé non relu

OUVRAGES ITALIENS DE BOCCACE

et les ornements superflus. Il ne fait pas, comme Pétrarque, d’un poème une histoire sèche et véridique, mais il tombe dans l’écueil du roman en vers, tant il est persuadé que le mérite de l’épopée c’est l’invention, l’intérêt, le merveilleux à tout prix. Il s’inquiète peu des erreurs de fait et des anachronismes. Troïlus a pour père Priam, et Chryséis, non plus Chrysès, prêtre d’Apollon, comme dans l’Iliade, mais Calchas, « évêque de Troie, » émigré au camp des Grecs. L’histoire de cette belle captive qu’on échange contre Anténor, et qui, liée par ses serments à Troïlus, se laissa, en chemin, séduire par Diomède, plaît malgré la longueur des huit chants dont se compose le poème, malgré une fâcheuse tendance à décrire plutôt qu’à peindre, que se reprochait sans doute Boccace, quand il avouait s’être occupé de poésie avec plus d’ardeur que de force d’esprit.

Ses autres compositions poétiques sont assez semblables aux premières, surtout par les défauts. Dans YAmorosa visione, feignant d’être conduit en songe au temple de la félicité mondaine, il représente, à l’exemple de Pétrarque, le triomphe de la sagesse, de la gloire, de la richesse, de l’amour, de la fortune, et se donne le puéril plaisir de faire des tours de force renouvelés des provençaux et des temps barbares ; la réunion des premières lettres de chaque vers forme deux sonnets et une canzone. Dans le Ninfale fiesolano, il raconte les lamentables amours d’Africo et de Mensola, pâles et licencieuses copies d’Héro et de Léandre. Dans la Caccia di Diana, il représente, sous les traits des nymphes, les dames de la cour de Naples, et ose les appeler de leur vrai nom.

quoiqu’il ne fasse pas d’elles des dragons de vertu. Comme il ne paraît pas qu’il fût intéressé à leur déplaire, il faut croire que le cynisme du vice ne leur était pas trop désagréable , particulièrement à Fiammetla et à cette reine Jeanne qui fait le personnage équivoque de Diane dans ce médiocre roman.

VAmeto (Admète), ou « Comédie des nymphes florentines, » les montre accourant, sur les rives fleuries du Mugnone, autour du jeune berger dont le nom sert de titre à l’ouvrage. Elles racontent en prose leurs amours et terminent invariablement leur récit par une pièce de vers. Prose et vers sont dans le tour antique de Longus et passent pour un modèle du style pastoral. Les personnages étaient peut-être des portraits florentins, dont la clef serait aujourd’hui perdue, ou, comme on le croit plus généralement, une allégorie des vertus personnifiées par les nymphes et rivalisant pour conquérir le cœur grossier d’Admète. Ce qu’il y a de certain, c’est que Fiammetta, la plus brillante de ces nymphes, raconte ses amours avec Caléon, ou pour mieux dire avec Boccace, circonstance qui suffirait, à défaut de tout autre mérite, pour sauver cet ouvrage de l’oubli.

Le plus ancien de ceux que notre auteur écrivit en prose, sans mélange de vers, est le Filocopo^ imitation faible et diffuse de Flore et Blanchefleur^ composition célèbre, mais diversement jugée, d’un de nos trouvères. Il serait puéril de contester cet emprunt d’un homme qui en a fait tant d’autres, non moins évidents. Les critiques italiens constatent cette tendance, les uns pour la blâmer, les autres pour l’excuser, et Boccace lui-même

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