‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 37 sur 169 · DOCCACE ET LE CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

DOCCACE ET LE CHRISTIANISME

(le Paris n’était guère plus respe(itueuse dans sa gravité que nos artistes dans! leurs folies. Les docteurs soutenaient ces propositions malsonnaates.: quod\ nikil plus ■ scitiir f proptej' scire theologiam;, — quod lex christiana impedit addiscere; — quodsapientes mundisunt philo- ,$ophi tantum, Ces vives et piquantes boutades échap- .paient parfois à' de très-bons croyants,

, Si l’incrédulité avait déjà fait soù apparition dans le raonde, à Ia<cour de Sicile avec Frédéric II, dans le sacré collège avec le cardinal- Ottaviano, à Padoue parmi les professeurs .et les écoliers de j’ Université, rien n’au- .torise à croire que Boccace .fût au nombre de ces mécréants. Ce qu’il a écrit de plus grave contre la’ religion de ses pères, c’est l’histoire d’un autre juif. qui compare les trois religions des Hébreux, des Musulmans et des Chrétiens à trois joyaux dont un seul est vrai, sans qu’on puisse le distinguer des deux autres, et l’on n’aperçoit .pas meme si le malin conteur avait des doutes réels ou s’il n’était qu’indifférent. Bientôt, d’ailleurs, il devait faire amende honorable. Un chartreux de Sienne lui .vint reprocher ses licencieux écrits, et, pour mieux frap- , per son esprit, lui parla de quelques, circonstances que Boccace croyait connues de lui seul. .C’en fut assez pour , qu’il promît de changer de vie et meme de renoncer aux lettres. 11 fallut l’éloquente amitié, de Pétrarque pour le détourner de ce second dessein, en le confirmant dans le premier. Mais, Boccace avait perdu ' toute confiance en lui-même. Il brûla ses manuscrits inédits, tâcha de retirer ceux de ses ouvrages qu’il avait déjà publiés, et, n’y pouvant parvenir, écrivit à ses amis qu’au moins ils

n’en permissent la lecture ni aux femmes ni aux jeunes gens. La précaution était bonne et doit être maintenue ; mais il est juste de dire que le Décaméron est surtout licencieux dans les parties imitées : l’invention, chez Boccace, est irréprochable le plus souvent.

11 serait à souhaiter qu’on fît une édition particulière des honnêtes et exquises nouvelles dont on a lu plus haut le titre, et de quelques autres discrètement expurgées, en y ajoutant l’admirable introduction où Boccace décrit la peste, après Lucrèce qu’il possédait bien, et Thucydide, que, peut-être, il avait lu. Il ne vit point de ses yeux ce fléau, mais il en eut des récits poignants, par des témoins oculaires, et à force d’imagination, de mémoire, d’érudition, il composa un chef-d’œuvre narratif et descriptif où l’émotion, quoique contenue, est partout sensible et communicative, où l’on remarque, habilement accumulés, les détails les plus propres à frapper l’esprit sans inspirer le dégoût. Il y a peu de contrastes plus saisissants que celui de ce cadre solennel et grave avec des récits gais et légers, mêlés par endroits d’histoires touchantes et tristes, pour que la note du début, comme dans une harmonieuse symphonie, se retrouve quelquefois.

Mais c’est surtout par le style que Boccace a fait de la nouvelle un genre littéraire, en y introduisant, avec la juste proportion des parties, l’élégance d’une diction plus facile et plus naturelle que n’était celle de la Fiammetta ou du Filocopo, et qui exhale un parfum de l’antiquité. Peut-être même y a-t-il excès à cet égard : Boc- > cace était trop pénétré des anciens pour saisir en quoi

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