‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 41 sur 169 · L’ÉRUDITION · texte numérisé non relu

L’ÉRUDITION

Itl

règne après eux n’est plus le jargon décrié de la scolastique, mais le beau parler de Virgile et de Cicéron, que permettent de goûter chaque jour davantage des manuscrits heureusement découverts, des copies sans cesse repi'oduites, une étude de tous les instants. Telle était la voie où Pétrarque et Boccace poussaient leurs compatriotes, et ceux-ci, par leur infidélité apparente, donnaient, au fond, une marque de fidélité. S’ils marchaient lentement dans cette voie nouvelle ou renouvelée, s’ils n’apprécièrent pas les beautés originales sous tant de formes empruntées, c’est qu’ils n’étaient pas des esprits de premier ordre, car l’ardeur ne leur manqua point. 11 semble alors, dit un historien des lettres italiennes, qu’on s’élance à une nouvelle croisade. Découvrir de nouveaux manuscrits, en rassembler les fragments épars, restaurer des textes, faire des recherches sur la langue, sur l’histoire, sur les coutumes et les institutions de l’antiquité, écrire en perfection le latin et même le grec, dont l’étude commençait à se répandre, voilà l’objet des efforts de tant d’hommes considérables, de tant de femmes distinguées, de tant de jeunes filles savantes, dont, maintenant encore, on dte les noms avec respect.

Qui donc ose parler de décadence? L’œuvre du siècle était de renouer la chaîne qui rattache l’esprit humain à ses origines et d’acoémplir les progrès que n’avait pu faire le moyen-àge, abandonné à son propre génie. Tout vient en aide à cette tendance : l’imprimerie est découverte ; cent ans auparavant elle eût été inutile, soit parce que le papier n’avait pas encore remplacé le parchemin, soit parce qu’un petit nombre de manuscrits

suffisaient alors à de rares lettrés. Sans l’imprimerie, au quinzième siècle, le mouvement littéraire se fût arrêté dès son début. L’histoire conserve pieusement le souvenir du siècle fécond d’Alde Manuce et de Jean Lascaris, qui mirent immédiatement à profit, l’un à Venise, l’autre à Florence, l’invention récente de Gutenberg. Lascaris était un de ces grecs érudits qui, chassés de Constantinople par les Turcs, arrivaient en Italie au même moment que les premiers livres imprimés, pour les mieux faire entendre à un peuple ingénieux, déjà capable de les goûter. Faire connaître les manuscrits grecs, répandre l’usage de la langue d’Homère, tel fut le principal bienfait d’une émigration qui avait, comme on l’a dit, plus de souvenirs et d’érudition que d’élan et de jeunesse d’esprit. La part qu’eurent aux progrès des lettres anciennes les encouragements des princes, ne doit pas non plus être exagérée; mais s’ils attirèrent à un enseignement devenu lucratif un grand nombre d’intelligences moyennes qui en propagèrent le goût, ils doivent avoir leur place dans l’histoire de cet heureux développement.

Les princes, loin de devancer leurs sujets, étaient entraînés par la marche de l’esprit public, et, toujours attachés à plaire, ce qui est l’inévitable condition du pouvoir, même du despotisme, ils intéressèrent leur honneur, ou pour mieux dire, leur amour-propre, à suivre, à exagérer le goût général, et s’ils pouvaient, à le diriger. A force de se figurer qu’ils aimaient les lettres, ils finissaient par les aimer sincèrement. De grandes richesses servaient ce dessein et cette rivalité. Rien ne

Page 1