‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 44 sur 169 · L’ÉLOQUENCE DE LA CHAIUE · texte numérisé non relu

L’ÉLOQUENCE DE LA CHAIUE

l)rédicateurs de ce lemps-là. Un moine génois, pour engager ses compalrioles à attaquer les Vénitiens, comparait les uns aux porcs qui courent d’un commun accord sur celui qui leS a battus, les autres aux ânes qui s'enfuient aux premiers coups de bâton. Fra Roberto de Lecce, loué entre tous pour ses exordes, ses péroraisons, son adresse 5 amener tes digressions, à provoquer l’euthoUsiasme ou l’attendrissement n’avait pasune éloquence plus relevée. « D’où viennent, s’écriait- il, tant d’infir- « mités au corps humain, la goutte, la colique, la fièvre,

« le catairlie? De rien autre chose que d’être trop gour-* « mand et trop délicat pour le manger. Tu as du pain,

« du vin, de la viande, du poisson, et cela ne te suftit « pas ; il te faut des festins, du vin blanc, du rouge, du « malvoisie, du rôti, du bouilli, de la salade, des fritures,

« des beignets, des amandes, des figues, des raisins secs, , « des confitures. 11 faut que tu remplisses ton sac d’or- « dures. Remplis, vide, déboutonne ton haut de chausses,

« et, après avoir mangé, va te mettre à dormir comme « un porc. »

Fra Roberto devait sans doute son succès à sa prononciation, à son geste, à ses mouvements imprévus ; un jour, prêchant la croisade, il se dépouillait en chaire de son habit ecclésiastique et paraissait vêtu en capitaine, prêt à conduire ses auditeurs au combat. Saint Bernardin de Sienne n’avait, suivant Tiraboschi, d’autres talents oratoires qu’une mémoire incroyable, une voix forte et puissante, une grâce infinie dans le débit. Les sermons du dominicain Barletta sont si ridicules que Quétif et Échard, historiens de l’ordre, et, par là, inlé-

I essés à les défendre, en contestent prudemment l’autlienticité. Savonarola, dont les écrits n’ont de prix que pour le théologien, tenta une réforme dans l’éloquence sacrée comme dans la politique ; mais loin d’être favorable à l’art, il supprime tout effort et tout ornement. S’il diminue le nombre des citations, s’il introduit dans la chaire quelque décence, s’il veut que l’orateur sacré présente l’Écriture sans fard, il ne sait pas renoncer aux froides allégories que la mode imposait ; il parlait avec feu, mais sans élégance, il comptait beaucoup sur l’action, pleurait à chaudes larmes, riait aux éclats, se mettait à genoux quand il parlait de Dieu, et se relevait pour montrer le poing aux incrédules. De tels prédicateurs n’aidaient guère au progrès de la langue vulgaire, mais ils la parlaient du moins, et le désir de se distinguer pouvait porter quelqu’un d’entre eux à soigner les parties négligées jusqu’à lui.

L’histoire, que Malaspini et les trois Yillani avaient commencé d’écrire en langue italienne, redevient latine au quinzième siècle : le nombre est si grand de ceux qui la racontent en cette langue, qu’on a réuni, en deux gros volumes, les additions et les corrections d’Apostolo Zeno à ce que Vossius a dit d’eux. Ceux qui ne dédaignent pas l’idiome national l’altèrent, y introduisent sans choix des latinismes, imitent avec servilité la phrase périodique de Boccace, au lieu de donner à leur style moins d’ampleur et plus de mouvement. Tels sont les défauts des Vies de Dante et de Pétrarque, rédigées en italien par Bruni d’Arezzo, qui avait publié en latin son Histoire de Florence, Celle de Naples, œuvre de Pandolfo Colle-

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