‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 45 sur 169 · ÉCRIVAINS EN PROSE ITALIENNE · texte numérisé non relu

ÉCRIVAINS EN PROSE ITALIENNE

nuccio, parut d’abord en langue italienne; mais tel était le goût du temps que la traduction latine fit bientôt oublier l’original. Enfin Bernardino Corio écrivait dans un italien grossier, très-proche du latin, V Histoire de Milan, informe essai, très-inférieur, comme tous ceux du siècle, aux chroniques du précédent.

C’est à peine si l’on peut parler des relations de voyage d’Amerigo Yespuccio; car si on les lut avec passion pour les choses nouvelles qu’elles contenaient, on n’y put trouver l’art de les exprimer, qui y faisait complètement défaut. Ce nom, contemporain de celui de Colomb, nous avertit que nous touchons à la fin du siècle : c’est alors que se rencontrent deux des plus habiles prosateurs qu’il ait produits, deux écrivains d’occasion, par la nécessité de tracer les règles de leur art, Léonard de Vinci, dont le Traité de peinture se recommande par la propriété des termes autant que par l’excellence des pensées ou l’utilité des enseignements, et surtout Leone Battista Alberti (1398-1480). On peut passer sous silence son Histoire de la Conjuration de Porcaro à Rome, ses églogiies, ses élégies, quoique Tiraboschi ne les juge pas absolument sans mérite ; mais sur les arts du dessin et particulièrement sur l’architecture, il écrit comme un maître. S’il est, comme on l’assure, le véritable auteur de ce livre Del governo délia famiglia, attribué jusqu’à présent à Agnolo Pandolflni, il y faut reconnaître une régularité de syntaxe, une clarté de style, une profondeur de pensée qui rendent cette prose préférable à celle de Boccace lui-méme, dont elle évite les longues périodes et les inversions forcées avec une adresse et une

aisance qui indiquent, en effet, un temps plus rapproché du nôtre.

Dans tous les siècles de la littérature italienne les poètes l’emportent sur les prosateurs par le nombre, et presque toujours par le talent. Cette période d’érudition n’a produit néanmoins aucun poète assez supérieur à scs rivaux pour qu’on puisse le considérer à part; il faut au contraire les grouper par genres, au risque de rencontrer plusieurs fois les mômes noms. Nous trouverons des auteurs lyriques, tous plus ou moins imitateurs de Pétrarque, des écrivains dramatiques, et des conteurs qui ont naturalisé en Italie l’épopée française du moyeu-âge.

Il s’en faut cependant que le goût marqué du siècle pour l’érudition et la belle latinité fût un obstacle aux poésies en langue vulgaire. Les érudits faisaient des vers moins pour obtenir la gloire que pour introduire dans la littérature italienne toutes les formes poétiques en usage chez les Grecs et chez les Latins. Églogues, élégies, salires, héroïdes, épigrammes, tout fut tenté, mais sans inspiration et avec tant d’effort que ces laborieux essais n’ont pu vaincre l’indifférence de la postérité. Elle a gardé plus volontiers le souvenir de quelques poètes ignorants et populaires pour qui les doctes de leur temps n’avaient que du mépris. Ce qui assurait le succès du ces vers généralement assez faibles, c’était le plaisir de les entendre chanter au son du luth par l’auteur luiinôme. Giusto des Conti (1390-1449), orateur et jurisconsulte, imitait Pétrarque sans en avoir le style, la sensibilité, la grâce, et intitulait son recueil la Bella Matw, parce qu’il y célébrait la belle main de sa dame, plus

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souvent encore qu’il i n’en louait les yeux et les tresses blondes. Buonaccorso de Montemngno (1440) suit à la fois les traces de son aïeul et de Pétrarque, rivaux autrefois dans Part des vers. On serait dilficilement plus médiocre que Francesco Cei, préféré par quelques-uns à l’amant de Laure ; que Serafino Aquilano, qui obtint à son tour la couronne poétique ; que Bernardo Bellincioni, Gasparo Yisconti, Agoslino Staccoli, Antonio Tebaldeo, Niccolô Malpighi, Tommaso Cambiatore, Filoteo Acliillini, Cornazzano dal Borsetti et bien d’autres dont le style était dépourvu d’élégance, les sentiments de force, les pensées de naturel. Les prétentions ne manquaient pas à ces faibles rinieurs : ils se faisaient appeler rAltissimo,rVnico, et imposaient aux autres l’estime qu’ils avaient d’eux-mêmes. Pour entendre Bernardo Accolti, on fermait les boutiques, on mettait des gardes aux portes, on illuminait les cbambres où il chantait ses vers. Le perruquier Domenico di Nanni, surnommé Burchiello (mort en 1448), se distingua du moins par une certaine originalité. Dans ses vers pleins d’obscures folies, de ces quolibets que les Florentins appellent riboboli et les Français coq-à-l'âne, on rencontre quelquefois un langage pur, des traits spirituels qui lui ont valu des admirateurs, et même des imitateurs. Nous ne rappellerions point ici le nom de Savonarole, pour quelques pièces de vers détestables dans, le genre religieux, s’il n’avait été le maître et le modèle de Girolamo Benivieni (1453-1542) qui jouit comme poète, vers les dernières années de ce siècle et les premières du suivant, d’une grande réputation. Quand il ne se réglait pas surl’é-

traiige poétique du réformateur de Florence, il avait, à défaut de plus grands mérites, celui de la clarté et de la simplicité. Ce fut son malheur d’avoir voulu, en disciple fidèle, opposer aux chants gracieux de Laurent le Magnifique des hymnes et des laudes dont tout ce qu’on peut dire de plus favorable c’est que la morale y vaut mieux que les vers.

Ce brillant héritier des Médicis, qui protégeait les lettres à l’exemple de son père, le surpassait en les cultivant lui-même; il est avec Luigi Pulci etPoliziano, un des trois bonspoètes de ce temps. Pic de la.Mirandole, son commensal, l’Anglais Roscoë, son biographe, l’accablent de leurs éloges, le mettent au-dessus de Pétrarque et de Dante ; en réalité il eut du talent, parce qu’il avait du goût (1448-1492). Imitateur de Pétrarque, il n’a ni dans ses sonnets ni dans ses canzoni la pureté, le poli, l’harmonie, la force, la couleur et surtout le sentiment vrai de son modèle, car au lieu de chanter celle qu’il aimait, résolu à chanter, il se persuada qu’il avait aimé. On peut lui reprocher en outre son goût, tout florentin, pour les plus triviales expressions du langage vulgaire ; mais il a l’imagination vive et riante, il aime la nature, la vie champêtre, et il en sait tracer des tableaux agréables et vifs. Ses Selves et amour, ses poèmes de V Ambra et de la Chasse au faucon sont pleins de descriptions heureuses et d’allégories acceptables; il est surtout remarquable dans un petit ouvrage intitulé l' Altercazione, où, sous prétexte de disputer avec un paysan sur les avantages de la vie champêtre, il met sur les lèvres de Marsile Ficino les maximes versifiées de la philosophie pla-

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