‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 47 sur 169 · POLITIEN · texte numérisé non relu

POLITIEN

lait, et ses Stances n’ont rien de plus remarquable que l’art de reproduire les beautés antiques sans nuire au naturel, et de prendre, à l’exemple des maîtres, la raison pour guide, sans étouffer le sentiment.

C’est cet heureux mélange de savoir et de goût qui fait de Politien une figure à part dans son siècle. Son père, appelé Âinbrogini, était de Montepnlciano, en Toscane, d’où le surnom sous lequel seul notre poète est connu. A vingt-neuf ans, il avait obtenu la chaire des littératures anciennes à Florence. Chanoine dans cette ville, ambassadeur auprès du pape Innocent YIII, en correspondance ou en relations personnelles avec tous les savants, avec les principaux monarques et'seigneurs de l’Europe, il trouva le loisir, sans négliger la jurisprudence ni la philosophie, de traduire une foule d’auteurs grecs, de composer des lettres, des épigrammes, des discours et surtout des poésies latines d’une langue pure et choisie, d’un style supérieur à celui de tous ses émules, principal titre d’une gloire durable, mais qui ne sera jamais populaire. C’est peut-être parce que Politien prit part aux violentes querelles de son temps, que ses adversaires l’ont accusé de mœurs infâmes ; la postérité, n’en pouvant savoir le vrai, verra dans ce savant, doué des qualités qui manquaient à tous les autres, « l’orateur de l’érudition et le poète de la critique (I). »

On ajoute d’ordinaire que son Orfeo est le premier poème dramatique de l’ilalie; mais Maffai cite quelques ouvrages antérieurs, et M. Giudici a lu, dans la bibliothèque du palais Pilli, à Florence, au moias soixante-dix

(i; M. VM’îemaln.

drames de ce genre primilif qu’on appelait Rapjpre$entazioni. L’histoire de l’art dramatique, pendant le moyenâge , est à peu près la même au nord et au midi des Alpes, quoique un moindre penchant pour le grotesque ait privé les auteurs italiens de la célébrité que les nôtres durent à leurs écarts : imitation des anciens, informes essais de la muse populaire, telle est, dans les deux pays, l’enfance du théâtre. Albertino Mussato, de Padoue, imite Sénèque dans une tragédie patriotique [Ezzelino da Romano), semée de traits vigoureux, mais dépourvue d’art et de plan au point d’embrasser toute la vie du héros, comme on ferait dans une biographie. On attribue h l’empereur Barberousse un drame sur la venue et la mort de l’Antéchrist, où l’on peut voir comme un acheminement au théâtre populaire ; le latin de cette pièce est barbare, sans prétentions à la pureté classique, et la marche est tout à fait, comme le rhythme et les images, dans le goflt des mystères ou rappresentazioni, qui firent avec là comédie improvisée [commedia dell' arté) qu’on rattache aux Atellanes, le principal amusement des Italiens au moyen-âge. Ils applaudissaient VAbraham et VIsaac de Feo Belcari, au quatorzième siècle. Dans le quinzième, le Barlaam et le Josaphat d’Antonia Pulci, le Saint Jean et Saint Paul de Laurent le Magnifique, plusieurs drames verbeux et sonores de Castellano Castellani, le plus fécond de tous ces dramaturges, partageaient la faveur publique avec d’autres ouvrages et d’autres auteurs, depuis longtemps inconnus, sans doute parce que, manquant de foi dans leur art, ils ne voulaient qu’amuser leurs contemporains par ces im-

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