‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 51 sur 169 · LE MORGANTE DE PLLCI. — BOJARDO. IH · texte numérisé non relu

LE MORGANTE DE PLLCI. — BOJARDO. IH

cevatix,k laquelle il prend le seul épisode vraiment pathétique et éloquent de son poème, et qui est réimprimé sans cesse comme un livre populaire, tandis qu’on laisse dormir le reste de l’ouvrage. » Ces critiques sont fondées; mais l’originalité de Pulci consiste à introduire la plus grande liberté dans la poésie au moment où la servitude devient la loi de la vie politique, à raconter, dans le dessein de rire, les aventures prodigieuses qu’on exposait jusqu’à lui si sérieusement. 11 inaugure le genre héroï-comique et en devient le modèle, digne de cet honneur par une naïveté qui n’exclut pas la finesse, par une gaieté sincère et communicative qui lui valut en vingt ans cinq éditions, enfin par une raillerie qui plaît, à l’aurore des temps modernes, dans les fables aimées de l’âge qui s’éteint.

On les aimait assez encore pour prêter une oreille attentive aux auteurs qui les racontaient avec gravité. Nul ne croyait plus à l’importance de son sujet et de son œuvre que Bojardo, comte de Scandiano, auteur de VOrlando mnawioraio (1434-1494). Issu d’une bonne famille, familier avec les classiques, mais plus encore avec les livres du moyen-ége, chargé dans l’ordre militaire ou civil de fonctions importantes, et tenu pour le plus parfait chevalier de son temps, il résolut d’élever un monument à cette chevalerie dont il était l’honneur. Dans un poème vraiment épique, sur l’histoire de Charlemagne, il donna donc la première place aux dames et à l’amour, avec une exubérance qui lui a nui dans la postérité. Pulci n’avait que vingt-huitchants ;lessoixanteneufde Bojardo ne le conduisent qu’au commencement

du troisième livre et ne permettent pas d’entrevoir où l’eût mené ce récit qui devait embrasser toute l’Europe chevaleresque. Un si grave défaut suppose la multiplicité, le désordre, l’incohérence des détails, et l’on n’a point cette excessive abondance sans négliger la langue, que gâtent, dans cet ouvrage, une foule de locutions provinciales. Le style n’a ni l’ampleur majestueuse qu’on attend d’un disciple des anciens, ni la légèreté gracieuse qui convient au roman. C’est par cette dernière qualité que Pulci y paraît remarquable ; Bojardo n’est pas supérieur, à cet égard, aux barbares auteurs de Buovo dAntonay de la Spagna, de la Regina Ancroja,

S’il l’emporte sur Pulci, c’est par la force et la régularité de la conception, par l’art d’imaginer des situations émouvantes, de créer des personnages, de peindre des caractères, de raconter des scènes tantôt légères et féeriques, tantôt épiques et nobles, qu’ont imitées les grands poètes du siècle suivant. Nulle part plus que dans les personnages n’éclate le génie créateur de Bojardo : c’est bien à lui qu’appartiennent ceux que l’Arioste a rendus populaires, et le contraste de ces figures diverses mais également vivantes n’est pas un des moindres mérites du Roland amoureux. Si ce héros est trop galant, trop dameret pour un pourfendeur de Maures, la gracieuse Angélique est pleine de charme et de vérité. On loue jusqu’aux noms qui sont bien trouvés et sonores : Gradasse, Agramant, Sobrino, Sacripant, Mandricardi étaient-ils, comme on le croit, des paysans de la principauté de Scandiano ? A défaut d’invention, Bojardo aurait eu la main heureuse dans ses choix. Il y mettait du reste tant

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