‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 56 sur 169 · I.ï() SEIZIÈME SIECLE · texte numérisé non relu

I.ï() SEIZIÈME SIECLE

« accueilli par eux, je me repais de celle nourriture, la « seule qui me convienne, et pour laquelle je sois né. « Je ne crains pas de parler avec eux et de leur de- « mander la raison de leurs actions, et ils me répon- « dent avec politesse. Durant quatre heures je ne res- « sens aucun ennui ; j’oublie toute peine, je ne crains « pas la pauvreté, la mort ne m’épouvante plus, je me « transporte tout en eux (1). »

Cependant, tous ces moyens étaient insuftisants pour occuper cet esprit inquiet et ambitieux. La faveur se faisait attendre et c’est, en un sens, l'honneur de Machiavel de l'avoir sollicitée avec maladresse, presque toujours sans succès ; on voit par là combien la nature l’avait peu fait pour le triste métier de courtisan. Il fut mis à la torture pour une conspiration dont sa correspondance le fait croire innocent. Il eut In rare force d’âme de ne point céder à la souffrance, de ne faire aucun aveu, aucune dénonciation. Mais à peine eut-il recouvré sa liberté, qu’il ensevelit dans ses souvenii-s cette triste aventure. Nulle part il n’y fait allusion, moins par magnanimité que par prudence, pour ne pas compromettre l’espoir qu’il nourrissait de retrouver un emploi.

Il y parvint à la fin, après avoir rédigé en termes également favorables à la liberté et au pouvoir absolu un projet de constitution pour la république de Florence que Léon X lui avait commandé, mais dont il ne retira ni profit ni remerdmenls. En 1525, les Médicis le chargèrent d’une ambassade, d’abord à Venise, puis auprès de son ami Guicciardin, lieutenant général du Saint-

(I) Lettre du 10 décembre 1513.

DERNIÈRES ANNÉES DE MACHIAVEL. I.i7

Siège. Il rendit ses talents utiles et fit regretter à ses nouveaux maîtres de l’avoir si tardivement écouté. Combien ne dul-^l pas regretter lui-même de ne les avoir pas trouvés inexorables ! Si la disgrâce se fût prolongée deux ans encore, il serait rentré triomphalement au palais des seigneurs dans la République ressuscitée, au lieu qu’il encourut, pour quelques jours d’une faveur douteuse, l’invincible défiance de ses amis redevenus puissants. Les meilleures raisons de sa défection et de son retour trouvèrent insensible l’étroit mais honnête esprit des libérateurs de Florence, et la mort de Machiavel, qui arriva cette année même (1527), permet de croire qu’il succomba moins à la maladie dont il souffrait depuis longtemps, qu’au chagrin de la position fausse qu’il devait, dans sa patrie libre, à son infidélité. On veut que la conviction d’une nouvelle et prochaine servitude ait adouci ses regrets ; en réalité, il mourut trop tôt pour que les malheurs et les fautes qui ramenèrent les Médicis aient pu lui apporter cette triste consolation. Sans doute, il est facile, à distance, de décider que ce qui n’a pas vécu n’était pas né viable ; mais le goût de Machiavel pour l’action devait, en tout cas, le bien disposer pour la cause populaire ; outre qu’elle était de nouveau triomphante, il l’avait servie avant toute autre, et c’était elle qu’au fond de l’âme il préférait.

Ces détails ne doivent pas être perdus de vue, si l’on veut comprendre les ouvrages de Machiavel, sujet de tant d’opinions contradictoires et de divagations. C’est le désir qu’ont les Italiens de retrouver partout les sentiments patriotiques dont ils sont animés qui les pousse.

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SEi/.IEME SIÈCLE.

dans le dessein d’exaller Maciiiavel, à tenir peu de compte des faits. Il ne saurait être compté parmi les apôtres de l’indépendance et de l’unité italiennes, ce partisan résigné de la domination française en Lombardie, ce sceptique patriote qui se prenait à rire quand Vettori lui écrivait que les Italiens pourraient bien s’unir un Jour dans le même intérêt. En toutes choses, Machiavel cherche l’utilité immédiate pour lui comme pour les autres, par les moyens non pas les plus honnêtes, mais les plus assurés. Si l’on peut dire à sa décharge qu’en pensant à son avantage, il n’oubliait pas celui de sa patrie, il se trompe sur ce dernier, comme il s’était souvent trompé sur le sien propre ; euGn il n’est pas mieux inspiré quand il cherche dans la domination d’un tyran la grandeur de l’Italie, que lorsqu’il voit pour lui-même la seule chance de fortuné dans l’amitié dédaigneuse des Médicis.

Celui de ses ouvrages qu’on appelle ordinairement Le Prince donne surtout matière aux attaques dont on poursuit l’auteur. Il l’avait modestement intitulé Opuscule sur les Principautés : on y prétend voir l’idéal du prince, comme le conçoit Machiavel, et non de courts préceptes sur l’art « d’acquérir, de garder, de perdre le pouvoir». C’est lui-même qui marque ainsi l’objet de son livre dans la lettre dont nous avons cité des extraits. Il ajoute que ce travail ne pouvant qu’être agréable à un prince, et surtout à un prince nouveau, il l’adresse a à la magnificence de Julien » des Médicis. On peut voir dans la dédicace des Discours, que Machiavel lui-même regardait comme une bassesse eettc

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