‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 61 sur 169 · BELPHÉGOR. —LA MANDRAGORE · texte numérisé non relu

BELPHÉGOR. —LA MANDRAGORE

Belphégor qu’une œuvre charmante et gaie, exempte de toute misanthropie, ou de toute préoccupation personnelle, sans doute parce que, à l’époque où il l’écrivit, Machiavel, employé par les Médicis, était au comble de tous ses vœux.

La Mandragola au contraire, sa meilleure comédie, est d’un temps où il était de méchante humeur. « Par ces vaines pensées, dit-il dans le prologue, je cherche à égayer ma triste vie. Je ne saurais fixer mon esprit ailleurs, puisqu’on me défend de montrer d’autres talents dans d’autres entreprises, puisqu’on me refuse le prix de mes travaux. » L’aigreur l’emporte, et à l’heure même où il marque son dessein de faire rire, il menace tous ceux qui parleraient mal de lui. On ne saurait avec bienséance indiquer seulement l’intrigue d’une pièce dont le litre est le nom d’une herbe propre à faire cesser la stérilité des femmes : l’aventure que Machiavel met en scène s’était, dit-on, passée à Florence ; il sut l’orner de tous les agréments de son esprit, et l’on est surpris de trouver des parties si comiques dans un si grave esprit. Les diverses scènes de l’action habilement distribuées, les caractères tracés avec un art tout nouveau mais fondé sur l’observation, les plaisanteries piquantes et Ones, les mœurs de Florence reproduites avec les plus délicates nuances de la prose toscane, une adresse non moins grande que dans l’histoire à grouper les personnages de manière à faire ressortir les principaux, sans trop effacer les secondaires, tels sont les mérites de cette comédie, vraiment originale, quoique inspirée par la lecture de Plaute, de Térence, et même d’Aris-

in SEIZIÈME SIÈCLE

toplianc, dont on assure que Machiavel avait le texte sous les yeux. Il a des inventions que n’a point dédaignées Molière, des comparses travestis en médecins et pai'lant un latin macaroniqiie ; il rajeunit les personnages qu’il emprunte au théâtre latin ; de l’ancien parasite il fait un ami de la maison, et il y joint l’imposteur religieuii, satire des mœurs monastiques, si chère au moyenâge. On regrette d’ajouter que la licence du sujet se retrouve dans le dialogue ; mais il n’y a pas un écrivain de ce temps à qui l’on ne pût faire le même reproche, s'il est juste de reprocher au seizième siècle une liberté que les anciens avaient prise au moins aussi grande. Cette liberté ne choquait alors personne ; on la jugeait plus excusable sur la scène comique que partout ailleurs, et elle n’empêcha pas la Mandragore, c’est ainsi qu’on dit en français, d’être représentée devant le pape LéonX.

Les autres comédies de Machiavel n’ajouteraient rien à sa gloire, si la fécondité, même dans le médiocre, inutile au second ou au troisième rang, n’était encore un mérite au premier. La Clizia, imitée de Plaute et plus licencieuse encore que le modèle, la Commedia sans autre désignation, où l’on trouve plusieurs traits du caractère de Tartufe, qui témoignent de la perpétuité du modèle ; une traduction de YAndrienne de Térence, une comédie en vers, de contexture assez faible ; tel est, en laissant de côté quelques essais sans prix, le théâtre de notre auteur.

On voit qu’il avait du temps pour tout, même pour les vers. 11 en a fait qui ne manquent ni de mouvement ni de vigueur, pour discourir avec une malice familière

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