II. - U PROSE APRES MACHIAVEL
L’ecole poliüqiie : Dotera. — Giannolli. — Parula. — L’école liislorique ; Guicciardin et son Hisioire (V Italie. — Nardi. — Segiii. — Varcbi. — .Adriani. — Amrairato. — Dorghini. — Giambullari. — Angelo di Gostanzo. — Porzio. — Les historiographes. — La nouvelle au quinzième et au seizième siècle. — Grazzini, dit Lasca.
— Bandello. — Giraldi. — Erizzo. — Porto. — Le roman en prose.
— Les dialogues. — Le Courtisan, de Castiglione. — Le style épistolaire. — Les ouvrages sur les arts. — Les Académies. — L’Académie de la Grusca. — Les harangues académii|ues. — Les querelles grammaticales. — Débats sur le nom de la langue. — Davanzati. — Le Dictionnaire de la Crusca.
La nécessité de commencer par Machiavel l’étude du seizième siècle nous a conduits à donner le pas à la prose sur la poésie; avant de revenir à cette dernière, nous rappellerons les auteurs et les œuvres qui donnèrent à la prose peut-être trop vantée de cette époque son caractère définitif. Tandis que la langue rhythmée des vers, par les licences qui lui sont propres et qui la rendent si facile à un peuple né pour la parler, avait déjà assuré son triomphe, celui de la prose, moins agréable aux princes, dont elle ne servait pas les plai-
sirs, était contesté tous les jours. En l’année 1529, Romolo Amaseo soutenait à Bologne, devant Charles-Quint et Clément Yll, que le latin devait régner seul et que l’italien ne convenait qu’à la populace. Cette opinion n’était plus générale, mais trop d’écrivains la partageaient encore, et la cour de Rome la soutenait avec trop d’obstination, pour que l’exemple de Machiavel, traitant dans sa langue les plus sérieuses matières, ne parût pas une hardiesse qu’on n’imitait point sans quel que témérité.
On l’imitait pourtant : ceux qui se servaient de l’idiome vulgaire gagnaient peu à peu du terrain sur les latinistes. On ne pouvait ni soutenir ni combattre les idées de Machiavel dans une autre langue que dans la sienne, puisqu’on s’adressait aux mêmes lecteurs. Ses disciples et ses adversaires furent donc au nombre des premiers prosateurs de ce temps. Botera, qui abandonna la Compagnie de Jésus pour taire l’éducation des jeunes princes de Savoie, remplit d’idées justes et neuves sur la richesse des nations le livre qu’il intitula Ragione di stato, mais on pourrait l’accuser de n’avoir fait qu’une utopie, puisqu’il parle des hommes tels qu’ils doivent être, au lieu de les voir tels qu’ils sont. Par là tombe toute comparaison entre Botera et Montesquieu, qui lui devrait, suivant les Italiens, l’idée de VEsprit des lois, comme Rousseau à Gravina celle du Contrat social : c’est un travers commun chez nos patriotiques voisins de chercher dans la littérature de leur pays l’original des ouvrages qui ont obtenu en France le plus de célébrité.