‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 69 sur 169 · LE ROMAN. — LES DIALOGUES. — CASTIGLIONE. I9S · texte numérisé non relu

LE ROMAN. — LES DIALOGUES. — CASTIGLIONE. I9S

Quelques-uns de ces ouvrages sont des dialogues, et il n’y en a d’autre raison que le constant désir d’imiter les anciens. Déjà Pétrarque et Alberti avaient employé cette forme, que Cicéron leur modèle avait lui-mème empruntée à Platon. C’étaient surtout les matières sérieuses qui paraissaient propres au dialogue : on ne sentait pas combien il est difGcile de le manier adroitement sans tomber dans de languissantes tirades, à peine interrompues par d’insignifiantes répliques. Le traité de Machiavel sur l’art militaire appartient à ce genre, ainsi que les Asolani de Bembo, ennuyeuses dissertations sur l’amour, dont le style pur et la langue châtiée font à peine oublier la froideur aux délicats.

Le meilleur dialogue de cette époque féconde est le livre du Courtisan [Del Cortegiano)^ ouvrage bien frivole de ce Baldassare Castiglione (1478-1529), de qui le Tasse a dit qu’il avait un mérite égal dans l’art de la guerre et dans l’art des vers. Le Tasse aurait pu parler aussi de la prose que Castiglione écrit de génie, toutes proportions gardées, comme fait Saint-Simon. Ce brillant Italien tenait par sa mère aux Gonzague, les maîtres deMantoue. Une éducation fort cultivée, les vicissitudes d’une vie partagée entre la politique et les plaisirs des cours, l’avaient formé de bonne heure à une élégance, dans l’art d’écrire, que dépare à peine, malgré les réserves de l’Académie de la Crusca, une obstination marquée à préférer les idiotismes lombards au purisme toscan. Les plus libres allures ne nuisent en rien à la régularité de ce beau style, où le goût moderne souhaiterait pourtant plus de précision. Combien n’est-il pas

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regrettable qu’un si rare talent se soit consacré à enseigner aux hommes comment on capte la faveur des princes! Castiglionc a beau dire que le but du courtisan, dont il trace le portrait flatté, est d'avoir l’oreille du maître pour le guider vers le bien, pour le détourner des abus du pouvoir et de la tyrannie, on sent trop que dans ces préceptes, dont la forme ingénieuse dissimule à peine le fond pernicieux, ce qui importe n’est pas tant la vertu du prince que sa faveur. C’est pourquoi l’on ne peut plus lire ce livre qu’afin d’y chercher ce qu’étaient, au seizième siècle, l’esprit et le langage d’un homme du monde, affranchi de tout pédantisme littéraire, comme de toute préoccupation morale, et modèle lui-méme du parfait courtisan.

Il n’a pourtant de rivaux en ce genre que le Tasse dont la poésie a fait oublier les dialogues, et Sperone Speroni (1500-1588) qui, dans les arides discussions de la théologie et de la morale, où se plaisait son talent, n’a d'autres mérites qu’un style pur mais sans couleur, et une pensée droite, mais dont la gravité touche à la sécheresse.

Jamais Speroni ne donna une plus délicate marque de son bon sens que lorsqu’il s’associa aux sages critiques dont le judicieux Doni poursuivait la manie épistolaire, autre souvenir de l’antiquité. L’Italie était alors inondée de lettres qu’échangeaient les écrivains, soit dans leurs relations habituelles, soit trop souvent en vue du public. Ces lettres perdaient, à être trop travaillées, la simplicité et le naturel qui en sont l’indispensable ornement. Les recueils qu’on en faisait sont insigniliants

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