LE STYLE ÉPISTOLAIRE. — LES MÉMOIRES
OU prétentieux jusqu’au ridicule et rappellent les chefsd’œuvre d’un jour de Voiture ou de Balzac. On se pâmait d’aise devant les lettres de l’Arélin^ qui eut, le premier, la vanité de les faire imprimer ; on admirait la vigueur et l’éloquence d’Ânnibal Caro, si éloigné de la plus nécessaire simplicité ; on trouvait avec raison l’émotion d’une âme passionnée dans la correspondance du Tasse; on louait celle de Bonfadio, de Speroni, de Tolomei, de Fracastor, de Bembo, et surtout celle des écrivains toscans.
Les arts jetaient alors un trop vif éclat pour ne point inspirer quelques ouvrages dignes d’estime. Les historiens de la littérature italienne qui condamnent le plus sévèrement la recherche du beau style, y sont cependant si sensibles qu’ils affectent un injuste dédain pour des travaux utiles et considérables, tels que les Vies des peintres, de Vasari (1512-1574), où un agrément véritable ne laisse désirer que plus de naturel, la Vie de Michel-Ange, par Antonio Condivi, et celle de Benvenuto Cellini (1500-1571), écrite par lui-même, une des œuvres les plus vivantes, dit Parini, qu’il y ait dans la langue italienne. Ce fameux orfèvre était sans doute un assez méchant homme, peu raisonnable et fort vantard ; il raconte des aventures peu croyables ; mais qu’importe, si l’on se tient en garde contre sa véracité douteuse, puisque, après tout, il sait intéresser à ses mémoires par l’entrain et la verve, puisqu’il trouve et lance le mot propre sans jamais paraître le chercher !*N’eût-il ' pas d’autres mérites, on devrait encore le lire ; mais il * donne en outre d’intéressants détails sur les mœurs de *' ■' . ■ '
son siècle et sur la vie ou sur le caractère de ses principaux contemporains.
Dans d’autres genres où l’art de bien dire n’est, comme dans les écrits sur les arts, que l’accessoire, il faudrait citer une fouie d’auteurs qu’on lisait, de leur temps, et dont on se souvient, du nôtre, par exemple le libraire érudit Paolo Manuzio, les voyageurs Sassetti, Carletti, Navagero, Cadamosto surtout, dont la Belation sur les côtes occidentales de C Afrique, pleine d’ordre, de faits attachants, de descriptions claires et précises, pourrait être comparée, quoique la plus ancienne de cette époque, aux meilleures des temps modernes. Il suffit de signaler ces noms et d’avertir le lecteur qu’il trouverait encore nombre d’écrivains secondaires, dignes de piquer une curiosité minutieuse, mais dont un ouvrage abrégé ne saurait faire mention.
Ce qu’il faut remarquer, c’est que la langue italienne, dédaignée durant la période précédente, devenait, par une réaction inévitable, l’objet d’un culte exagéré. On avait raison sans doute de rechercher dans le style la pureté, la propriété, l’élégance ; il était permis de vouloir être abondant, harmonieux, magniOque; mais le tort universel, dans la seconde moitié du siècle, fut de sacrifier la pensée au style, et de croire qu’un rien avait de l’importance, quand il était bien exprimé. Ce mal, qu’on pourrait appeler le mal académique, a eu des origines, des phases, des péripéties si singulières, qu’il n’est pas hors de propos de s’y arrêter.
Ce mal avait jeté de profondes racines, car il remontait à l’académie platonicienne qu’avait instituée Lau-