‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 8 sur 169 · PREMIERS ÉCRITS EN PROSE · texte numérisé non relu

PREMIERS ÉCRITS EN PROSE

toia, Dante de Majano, Guido Cavalcanti. Rien alors ne paraissait plus difficile et moins naturel que d’écrire en prose.

Mais le besoin d’un langage précis et libre abrège inévi- , tablement l’âge poétique des nations. Les lettres qu’écrivaient les grandes maisons de commerce de Florence pour les besoins de leur négoce sont le plus ancien monument de la prose italienne. On a retrouvé récemment la correspondance des Consiglio, des Cerchi et compagnie, avec les Giachetto Rinucci et compagnie, qui les représentaient à Londres : ces lettres sont le plus ancien monument de la prose italienne. Quoique écrites durant la première moitié du treizième siècle, elles sont intelligibles; mais elles ne purent alors servir de modèle, car elles n’ont été connues et publiées que dans ces derniers temps. Celles de Fra Guittone d’Arezzo, si le texte italien que nous en possédons n’est pas une traduction, n’ont paru qu’au siècle dernier. Plus tôt répandues, elles n’eussent point appris aux Italiens à écrire ; car, pleines de latinismes et de gallicismes, elles sont d’une obscurité impénétrable, et paraissaient à Dante, si indulgent pour les poètes^ manquer à la fois de chaleur, de sentiment, de naturel. La langue, encore informe, dépourvue de ces désinences qui rendent les déclinaisons possibles, des particules et conjonctions qui permettent d'y suppléer, ne pouvait exprimer les mille nuances de la pensée. C’est pour ce motif que Martine de Canale et Brunetto Latini écrivaient en français, et que ce dernier, voulant s’essayer dans la prose italienne, ne l’osa faire qu’en traduisant quelques chefsd’œuvre latins. Il y trouvait l’avantage, étant dispensé du

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labeur de l’invenlion, de donner tous ses soins, sinon à l’exaclitude, dont nul ne sentait encore le besoin, du moins à l’élégance, plutôt nécessaire à l’esprit délié de cette ingénieuse nation. Quelques discours de Salluste et de Cicéron, reproduits dans la langue vulgaire de l’Italie, tel fut le principal titre, comme prosateur, de ce savant Latini, à la fuis philosophe et grammairien, politique et jurisconsulte, professeur et un peu mondain, comme il l’avoue lui-même, précurseur de la renaissance et irritable comme un érudit, mais indépendant et fier dans la vie publique, le premier enfin, au dire de Villaiii, qui ait su dégrossir les Florentins. A la poésie il préférait la prose, pour celte raison que la rime cache la pensée et fait obstacle à l’intelligence des choses dites. La construction de sa phrase est correcte, mais il y introduit trop de mots français ou provençaux, s’il n’est pas téméraire, en parlant d’une langue aussi peu formée que l’était alors l’italienne, d’affirmer que tel ou tel mot ne lui appartenait pas. Interprète inexact des pensées, Brunetto reproduit du moins fidèlement la forme concise ou périodique de ses modèles, et laisse loin derrière lui tous les traducteurs qui marchèrent sur ses traces, comme il dépasse ceux qui l’avaient précédé de quelques années, Fra Guidotto, par exemple, etBono Giamboni.

On met à tort parmi les plus anciens monuments de la prose italienne le Novellmo ou Recueil de cent nouvelles anciennes. La plupart de ces récits appartiennent, dans l’état où ils nous sont parvenus, au quatorzième siècle, qui est l’âge d’or de la littérature italienne. Si quelques parties paraissent à de bons juges remonter

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