‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 84 sur 169 · FOLENGO. — TRISSINO · texte numérisé non relu

FOLENGO. — TRISSINO

dino : Folengo, bénédictin dissolu, s’arrête avec complaisance aux détails les plus risqués, il s’y oublie même ; les détails emportent le fond, et le poète raconte la jeunesse de Roland avec si peu d’art et de méthode, qu’arrivé au milieu de l’ouvrage, il n’a pas encore parlé de la naissance de son héros.

C’était l’écueil du genre romanesque de se prêter trop facilement a*ux plus triviales plaisanteries ; les hommes qu’en détournait le tour sérieux de leur esprit ne pouvaient que se rattacher davantage à l’élroite imitation des anciens. Il se trouva donc des poètes épiques qui, faisant effort pour se souvenir d’Homère ou de Virgile, et pour oublier les conteurs du moyen âge, ne parvenaient qu’à former des uns et des autres un monstrueux mélange, trop semblable à celui qu’on reproche à Boccace : Ulysse, par exemple, devenait un baron féodal. Mais dès le commencement du siècle on avait vu des hommes d’un goût plus mûr faire preuve d’un savoir mieux affermi. Giorgio Trissino, né à Vicence en 1478, était doué d’une gravité naturelle que des malheurs domestiques assombrirent encore. C’est à tort qu’on a fait de lui un chanoine, un évêque : il fut marié, il eut des enfants ; de tous les honneurs de la.cléricature il n’obtint que celui de porter dans les cérémonies la queue de la robe papale sous Léon X et Clément VII. Il avait composé des poésies lyriques, divers écrits sur la langue et la grammaire italienne, une comédie (/ imitée des A/e'raecAmes de Plaute. Plein de confiance en lui-même, il voulut doter son pays d’une épopée semblable à l’Iliade ou à l’Énéide, et propre à combler une lacune trop sensible

dans la liltéralure de son pays. L’intention était bonne, mais la prétention grande : Trissino montra jusque dans le choix de son sujet la médiocrité de son génie. Souffrant de voir les Français et les Espagnols se disputer le sol de la Péninsule, il crut faire un coup de maître en chantant l’expulsion des Goths par Bélisaire. De là ce titre trompeur : Pltalia liberata.

Trissino ne vit pas que la délivrance n’avait été qu’apparente, que Bélisaire, plus funeste qu’utile à l’Occident, n’avait empêché les Goths de dévaster l’Italie que pour la dévaster lui-même ; enfin, qu’à lui supposer un dessein plus généreux, la délivrance avait été de si courte durée qu’on ne pouvait appeler les Italiens aux armes en vue d’un si misérable succès. Convenait-il, d’ailleurs, de fixer l’attention sur un temps de décrépitude où la vertu même était comme énervée? Trissino ne fit point oublier l’imprudence de son choix par l’habileté de l’exécution. Il reste trop scrupuleusement fidèle aux moindres détails de l’histoire et trop attaché aux traces d’Homère, dont il prend tout, dit Voltaire, excepté le génie ; il est assez mal inspiré pour préférer à l’octave rimée ce vers sciolto que nous appelons blanc, et qui, par son rapport à la prose, ne convient guère qu’au théâtre ; il est assez mauvais poète pour ne point faire sortir de l’enfance, comme le fit plus tard Ânnibal Caro, ce rhythme préféré ; il a un style froid et prosaïque, également dépourvu de noblesse et d’harmonie , il se complaît dans une minutieuse géographie de l’empire romain ; il raconte à la manière homérique la toilette, les repas, les amours non des dieux immortels, mais de

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