COMÉDIE IMPROVISÉE. — COMÉDIES EN DIALECTE
souvent médiocres, n’enfantait que des lazzis sans finesse et des conversations décousues, tant il était difficile de prévoir ce que le caprice du moment inspirerait à l’interlocuteur, et surtout d’avoir, pour répondre, assez de présence d’esprit. C’est par là qu’à la longue la comédie improvisée sentit le besoin d’une règle plus précise on rétablit l’antique usage, pratiqué par des archimimes, qui écrivaient le sujet et le plan de leurs pièces ; on finit même par imprimer ces canevas.
Le tour bouffon et l’expression soudaine des détails restaient toujours pour conserver à ce spectacle son caractère profondément italien, et il est certain que la comédie régulière paraît moins nationale, si l’on regarde à ses commencements. Quand la connaissance de l’antiquité païenne eut dégoûté les esprits des représentations sacrées, on joua d’abord les comédies même de Térence et de Plaute dans la langue où elles étaient écrites, sur ces théâtres de cour que l’on construisait pour les fêtes à Rome, à Florence, à Ferrare. Bientôt, aux textes originaux on préféra les traductions, plus accessibles au grand nombre ; puis, pour obtenir un succès plus facile et plus général, on composa des comédies dans les dialectes provinciaux. Une académie de Sienne, celle des Rozzi ou grossiers, donna l’exemple, que suivit, en \ 536, celle des Intronati ou étourdis, et donna à Charles-Quint le spectacle d’une comédie de ce genre, V Amour con^ stant, Ruzzante excellait à écrire des pièces de théâtre dans le patois de Padoue ; il y mit une gaieté originale, un vrai talent d’observateur et de peintre. On dédaigne fort, aujourd’hui, ces essais populaires ; mais Shakspeare
el Molière les éludiaicnt, les imitaient, l’un dans la Douzième Nuit, qoi rappelle la comédie italienne des Ingannati (les Trompés), l’autre dans les farces où il introduit différents langages et fait de la scène une tour de Babel. Mais le principal service que rendirent à la comédie des auteurs tels que Ruzzante, fut de donner à des écrivains véritables, et même à de pédants académiciens, le désir de s’approprier les libres allures, la vivacité de style dont les dialectes semblaient seuls posséder les ressources et l’agrément.
Les premières comédies où le génie italien se piqua de rivaliser avec les maîtres antiques, étaient pleines de gaucherie et entièrement dépourvues d’art. Mais elles suffisaient au goût public alors dans l’enfance. Du prince au cocher qu’on dressait à tenir son rôle, tout le monde était prêt, comme plus tard dans la brillante cour de Louis XIV, à monter sur ces scènes d’un jour, détruites le lendemain. Timon le Misanthrope de Bojardo, d’autres pièces de Niccolô de Corrcggio, d Antonio de Pistoia obtinrent un succès de vogue que n’a point ratifié la postérité ; mais, presque dans le même temps, Machiavel donnait sa Mandragore qui lui assure la première place parmi les auteurs comiques de son pays. Bernardo Dovizi (1470-1520), plus connu sous le nom de Bibbiena, qui est celui du village où il était né, s’illustra par une seule comédie, la Calandria ou Calandra, écrite en prose sous prétexte que « les hommes ne parlent pas en vers, » avec « le sel attique, l’urbanité romaine et l’élégance toscane. » La Calandria, dont le titre n’est que le nom à peine modifié d’un des pei soimages, fut représentée par-