LA COMÉDIE. — LASCA, I.’ARÉTIN
rieur dans tous les autres, si ce n’est au théâtre, où il mit dans un jour favorable les qualités peu sympathiques de son venimeux talent.
Pietro Aretino, né en 1492 d’un commerce illégitime, et chassé d’Ârezzo, sa patrie, pour un sonnet contre les indulgences, vécut d’abord, faute de savoir le latin et le grec, du métier de relieur. Mais homme à tout faire pour parvenir, et doué par la nature d’une facilité banale, il prit la plume, écrivant tantôt des sonnets et des capitoli infâmes, tantôt des vies de la Vierge, de sainte Catherine, de saint Thomas, bizarre assemblage de fabuleux et de vrai, et retirant de cet odieux mélange un revenu annuel de mille écus. C’était beaucoup en ce temps-là. Si méprisable que fût TArétin, il eut bientôt d’illustres amis, grâce à des éloges sans pudeur et à d'horribles médisances, selon qu’il espérait ou qu’on lui refusait des prébendes, une mitre, de l’argent. « Tant de seigneurs, disait-il avec emphase, me viennent rompre la tête avec leurs visites, que mes escaliers sont usés par leurs pieds, comme le pavé du Capitole par les roues des chars de triomphe ; jamais Rome n’a vu un aussi grand mélange de peuple que ma maison. » 11 n’avait pas assez de dignité pour attendre qu’on vînt à lui ; il allait aux grands, et quand il avait obtenu d’eux quelque pension : « J’ai épuisé, écrivait-il, toutes mes forces à demander, il ne m’en reste plus pour remercier. » Charles-Quint, François I", Clément VII le redoutaient, aussi prenait-il les titres de divin, de fléau des princes, que consacre l’Arioste, soit par ironie, soit par crainte d’un homme si dangereux. L’Arétin rencontra cependant
des caractères trop bien trempés pour céder à la peur ; frappé à Rome, par le Bolonais Achille délia Volta, d’un coup de poignard dont il porta les marques toute sa vie, assez sérieusement menacé par Pielro Strozzi, pour qu’il n’osàt sortir de sa maison, tant que cet Italien au service de la France demeura en Italie, effrayé par le Tintoret qui, sous prétexte de lui faire son portrait, prit avec un pistolet la mesure de l’insulteur public, il respecta ceux qui lui faisaient peur, heureux, pour prendre sa revanche, de faire peur aux autres. D’une vanité puérile, il se fit peindre par Titien, son ami, avec le collier de la Toison d’or, et osa vouloir qu’on frappât des médailles à son effigie. Il mourut en 1572, après avoir vécu dans la dissolution et la médisance.
Aucun de ses ouvrages n’est un chef-d’œuvre. Son style sans grâce est plein d’exagérations ridicules et d’étranges métaphores. « Dans mes capitoli, qui ont le mouvement du soleil, disait l’Arclin, s’arrondissent les lignes des viscères, se relèvent les muscles des intentions, se détendent les profils des sentiments intrinsèques. » Il se vantait d’avoir contribué aux progrès de l’art comique, et peut-être, à cet égard, n’avait-il pas tort, car si ses expressions sont crues et sales, s’il est faible pour la conception et la conduite des caractères, s’il a de plus que les autres comiques le défaut capital de ne pouvoir s’astreindre à aucune règle et d’abandonner à l’aventure la proportion des développements, on ne lui peut contester le mérite assez rare d’une gaieté franche et communicative ; il peint plus au naturel qu’aucun autre poète la dissolution morale de son siècle : a Tout
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