LA COMÉDIE. — L’ARÉTIN
le monde est voleur, dit-il dans sa comédie du Philosophe. Est voleur qui vend, qui achète, qui troque, qui écrit, qui lit, qui sert, qui est servi. Les meuniers, les tailleurs, les gens de tous états volent. Il n’y a que les grands seigneurs qui ne sachent pas ce métier. Ils ne volent pas, ils pillent. » Ce qu’il y a de singulier, c’est que l’Arétin doit ses qualités à son ignorance : mieux nourri des anciens, il les eût suivis de plus près, et eût perdu cette originalité qui l’a préservé de l’ouhli.
Ni l’Arétin ni les autres poètes qui, dans ce siècle, ont soutenu la comédie, ne méritent le dédain dont les enveloppe sans distinction une critique trop prévenue. Ils savent nouer et conduire une intrigue embrouillée, ils possèdent l’art du dialogue et du style, ils provoquent les éclats d’un rire naturel. Ce qui leur manque, c’est la moralité du but, l’honnêteté des moyens, la profondeur de l’observation et le développement des caractères, en un mot tout ce qui fait la haute comédie. Mais dans l’histoire des lettres il n’y a pas deux Molière, et la France alors ne possédait pas encore l’incomparable poète dont elle s’enorgueillit à bon droit. Elle prenait plaisir aux œuvres comiques de l’Italie. A la Cour de France on représentait la Calandria ; Marguerite de Valois, sœur de François I", demandait des comédiens à la Péninsule, Henri III leur donnait à Paris un établissement stable, tandis que la Bavière faisait ses délices des comédies publiées à Venise dans l’harmonieux dialecte des lagunes.
La tragédie, moins conforme sans doute à l’imagination mobile des peuples méridionaux, était encore dans
SElZlf.ME SIF.CI.E.
l’enfance, et n’avait paru sur le théâtre que parce qu’il semblait nécessaire de tout emprunter des anciens. Une imitation servile ne produisait que des œuvres sans raison d’être et sans vie. Le public ne croyait plus à la fatalité, et l’on introduisait jusque dans des sujets modernes cet inévitable ressort de la scène antique. Pour les Grecs, Oresle, Atrée étaient des victimes du destin, non des scélérats ; ils rappelaient l’atlenlion sur les origines nationales de la Grèce. C’est à ce double point de vue qu’il faut se placer pour comprendre et goûter de si terribles inventions ; mais personne n’y songeait au seizième siècle, et les épouvantables tableaux que l’esprit d’imitation déroulait sous les yeux des Italiens n’avaient plus rien de ce qui pouvait, aux yeux des spectateurs d’Athènes ou de Rome, les excuser, ou, du moins, les expliquer. Ils n’en paraissaient que plus monstrueux, et ils l’étaient en effet. Dans la célèbre Canacede SperoneSperoni (1500-1588), écrite avec une grave harmonie, avec une élégance précise, on voit une malheureuse femme, empruntée aux Héroïdes d’Ovide, mettre au monde deux jumeaux, fruit de l’inceste, et les livrer aux chiens pour être déchirés et mangés. Dans YOrbecche de Giraldi (1.504-1574), un roi de Perse, après avoir tué son petit-fils, est tué lui-même par sa fille incestueuse avec le poignard qu’elle a retiré du sein de son enfant, et dont elle se frappe, pour comble d’horreur, sur le cadavre de tous les deux. YSàmY Acripanda de Decio da Orte, ouvrage comparable à la Sémiramis de Manfredi, h Y/ssipüa de Mondella, deux enfants coupés par morceaux étaient apportés à leur mère qui lirait l’un après l’autre