CHAPITRE IV
L'érudition classique pendant le siècle delà Renaissance. — Premiers facteurs et premiers fauteurs de la Renaissance. — Premiers humanistes. — Les académies — La pi'ose en langue vulgaire. — Alberti et Léonard de Vinci. — Les Nouvellistes ou Chroniqueurs. — La poésie. — Benivieni et Laurent le Magnifique. — Le Politien. — La civilisation. — Etat général de l'esprit public. — L'art du dessin.
On appelle Risorgimento, ou moins bien, Rinas^ cimento, ou plus mal, Rinascenza^ comme quelquesuns à la manière française, ce culte vif de la civilisation classique, ce retour à l'antiquité dans toutes les formes et manifestations delà pensée et de la culture italiennes. Provoqué par l'exemple de Pétrarque et de Boccace, il marqua cette période d'un siècle partant approximativement de la mort du Certaldais (1375), jusqu'au temps Qh Laurent le Magnifique (1448-1492) déploie à Florence son activité politique et littéraire.
A peine le flambeau delà nouvelle civilisation a-til ravivé la pensée nationale, que les plus nobles esprits se tournent vers l'antiquité romaine, comme le
modèle unique, et la source du perfectionnement intellectuel et social. Déjà en 1200 à Bologne, un des centres principaux de culture, les savants en s'adonnant aux études juridiques ont sans cesse l'esprit porté vers les traditions et les coutumes romaines. Cette œuvre de restauration classique se continua en Toscane, et Dante étudia tout particulièrement Virgile jusqu'à croire qu'il prit de lui le hello stilo che gliha fatto onore, cherchant à donner le tour et la solennité de la prose latine à ses dissertations du Convivio. Pétrarque et Boccace acquirent une érudition classique plus vaste et surent mieux s'approprier l'art et l'esprit de l'ancienne littérature. Leurs œuvreslatines, celles dePétrarquesurtout, considérées comme d'inimitables chefs-d'œuvre, devinrent un modèle et un stimulant pour leurs nombreux admirateurs.
Aux causes littéraires s'ajoutent les causes politiques, car dès le xn^ siècle l'idéal politique des plus grands esprits était toujours Rome. Arnauld de Brescia, avec sa fougueuse éloquence tout inspirée des souvenirs classiques, rétablissait presque dans Rome l'antique Sénat.
Cola di Rienzo provoqua la révolution romaine de 1347 en faisant briller aux yeux des citoyens les grandeurs et les gloires de l'ancienne maîtresse du monde. L'empire universel de Rome laïque était l'idéal de Dante; la Rome républicaine des Scipions, l'idéal de Pétrarque qui ne vivait en esprit que dans l'antiquité, écrivait et parlait la langue de Cicéron, lui adressait des lettres ainsi qu'aux autres grands anciens, heureux de savoir son nom mêlé à leur nom, pendant que lui, appelait ses amis, Socrate
et Lelius. Et avec ces hommes d'un génie supérieur, une infinité d'autres de valeur secondaire contribuèrent à la Renaissance, en répandant par l'autorité de leur nom, dans la région où ils vivaient, le culte de l'antiquité romaine.
Les plus dignes de mention sont Luigi Marsili (1330-1394), Coluccio Sahitati (1330-1406), Giovanni Malpaghini de Ravenne, amis de Pétrarque, et Nicolô Nicoli de Florence, grand chercheur de manuscrits et propagateur des chefs-d'œuvre littéraires de l'antiquité. Ils exercèrent une influence considérable sur le relèvement des études classiques à Florence pendant que Guarino de Vérone, avec la protection de la Cour de Ferrare, formait une élite de savants qui propageaient à leur tour la science classique dans toute l'Italie. Citons parmi les plus en renom Giatinozzo 3Iannetti, Ambrogio Traversari, Pietro Paolo Vergerio, Leonardo Aretino, Poggio Bracciolini^ Giovanni Aurispa, Gasparino da Barzizza, Francesco Filelfo, Enea Silvio PiccO' lomini, A?îtonio Beccadelli et Lorenzo Valla. Tous, réputés pour leur profonde érudition, aidèrent à la connaissance des classiques, la généralisèrent de toutes manières, par leurs lettres très nombreuses, par leurs leçons faites publiquement, par les traités et commentaires où ils ne se révélèrent pas seulement érudits remarquables, mais véritablement imbus de ce sentiment de l'antiquité qui fut la marque particulière de la période littéraire à laquelle ils appartiennent.
Ces savants, que nous venons de nommer, vécurent dans la première période de l'âge de la Renaissance. L'instruction plus répandue lit sentir
davantage, vu l'absence d'imprimerie, la nécessité pour les érudits de se communiquer leurs idées et le résultat de leurs études, et l'on créa dans ce but les académies de Florence, de Rome et de Naples qui devinrent des centres importants de culture littéraire et philosophique. L'académie florentine eut pour fondateur Gémiste Plethon, philosophe venu de Constantinople à Rome pour prendre part au Concile tenu en cette ville (1439), dans le dessein de réunir TÉg-lise grecque à l'Église latine. A cette académie, Irùs protégée par les Médicis, et dont Marsile Ficin, traducteur de Platon, fut ensuite l'oracle, s'inscri- ^ irent les hommes les plus éminents de la Toscane ;i cette époque, tels que Cristoforo Landino^ .Angelo Poliziano, Gerotamo Benivieni, Luigi \Pidci, Léon Battista Alberti, Giov. Pic délia Mirandola, etc. Politien, le plus célèbre comme latiniste, professa au Studio de Florence et composa un volume d'illustrations classiques, intitulé Miscellaîiee, imitant dans ses poésies latines la grâce de Catulle et de Tibulle.
L'académie de Rome, fondée quelque temps après celle de Florence, par Pomponius Lœtus, pseudonyme classique d'un prince de la maison de Sanseverino, s'occupa spécialement d'études archéologiques et dura moins de temps que les autres. Celle de Naples eut comme premier fondateur Antoîiio Beccadelli, dit le Panormite, de sa ville natale, et comme principales lumières Gioviano Pontano et Jacopo Sannazzaro. Philosophe et poète, Pontano laissa son nom à l'académie et un grand nombre d'œuvres latines en prose et en vers, parmi lesquelles se distinguent particulièrement ses poésies
lyriques où il atteignit un degré d'élégance et de saveur classique inimitable. Sannazzar, charmant poète italien et latin, imita la magnificence virgilienne dans un poème religieux, De Partu Virginis, le meilleur parmi les nombreux poèmes latins que produisit la Renaissance. De ces poèmes, bornons-nous à citer la Sifilide de Qirolamo Fracastoro de Vérone (1483-1553), la Cristiade de Gerolamo Vida (1490-1556) de Crémone; le De pynncipiis rerum de Scipione Capece de Naples.
Dans un siècle oii toute l'activité littéraire des hommes d'étude se portait vers les langues classiques, et où l'on écrivait en latin non seulement les histoires et les traités, mais encore les satires et les lettres, il n'est pas étonnant que la langue vulgaire ait été peu cultivée. L'œuvre historique la plus importante est le Tumulto dei Ciompi de Gino Cap- />o?^^ (1350-1420), très appréciée pour la simplicité du récit et la fermeté du style. Giovan?u Cavalcafiti laissa. un livre de Storie, utile à consulter pour les souvenirs de l'époque. On en peut dire autant de Vlstoria fiorentina de Gregorio Dati et du Commentario delV Acquisto di Pisa de Neri Capponi. Pandolfo Collenuccio, de Pesaro mort en 1504), laissa un abrégé de Vlstoria del reame di Napoli\ mais il eut plus de réputation pour les affaires politiques que pour ses écrits. Passons sur la longue série des chroniqueurs dont font partie les Florentins Filippo et Alamanno Rinuccini, Benedetto Dei, Giovanni Rucellai, et le Lucquois Giovanni Sercambi. La Vita del Beato Giovanni Coloinbini àe, Feo Belcari (1410-1484) est en revanche très estimée pour son élégante simplicité ; et les Vite de Vespasiano da Bisticci, quelque peu
négligées dans la forme, mais simples et naturelles, sont abondantes en renseignements utiles et intéressants sur les personnages et les faits de l'époque. Les auteurs de traités ayant obtenu le plus de réputation sont, avec Matteo Palmieri (1405-1475), qui écrivit la Vita civile en une prose lalinisanie laborieuse, Léon Battista Alberti et Leonardo da Vinci.
Agnolo Pandoltini (1365-1446) et Alberti (1404- 1470) furent appréciés comme auteurs de traités dialogues de morale et d'économie domestique. Au premier on attribua, en partie, le Governo délia fatniglia, écrit avec beaucoup de naturel et de simplicité de style. Le second, avec plus de prétention doctrinale et de recherche de style et de langue, écrivit la Cu7^a délia famiglia. L'étroite ressemblance observée dans leurs écrits, soit dans la disposition des ouvrages soit dans les expressions employées, donna à penser à certains critiques que Pandoltini accommoda à sa façon et pour son usage, une partie de l'ouvrage d'Alberti. D'autres au contraire accusèrent Alberti de plagiat, pour avoir adapté à son ouvrage le petit traité de Pandolfîni. De récentes études semblent maintenant avoir résolu la question en faveur d'Alberti auquel appartiendrait la composition originale de l'ouvrage, dont le Governo délia famiglia ne serait qu'une reconstitution postérieure faite par Alberti luimême ou par quelque autre, en l'honneur et pour le service de la maison Pandolfini. Et Agnolo ne serait pas davantage l'auteur du dialogue, mais simplement le principal interlocuteur d'Alberti. Léonard de Vinci, peintre et mathématicien célèbre, compte aussi dans l'histoire des lettres, principalement par son traité
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de la peinture, œuvre éminente par la méthode d'enseig-nement et la netteté de l'élocution.
La nouvelle fut largement cultivée au xiv^ siècle, mais aucun des nouvellistes ne sut sortir de la médiocrité. On cite le Novellino de Masuccio Salernitano (Tommaso Guardati), le Pellegrino de Jacopo Caviceo, de Parme, les Porrettane du Bolonais Sabbattino degli Arienti, ainsi que les Novelle de Gentile Sermini, de Giovanni Sercambi, de Bernardo Illicino. Sannazzaro seul doit être mis en bonne lumière pour avoir écrit VArcadie^ roman pastoral mêlé de prose et de vers (en tercets) comme YAdmète de Boccace. Mais d'un travail touffu et prolixe, il doit surtout son mérite à la douceur et à i'éiég-ance de la langue. 11 fut la première source de la Diana de Montemayor et de VAstrée de à'Urfé.
La poésie fut plus favorisée que la prose durant ce siècle ; non par la foule obscure des pétrarquistes inlassables et inélégants, dont nous citerons, à titre de curiosité, Giiisto de Conti (auteur d'un canzoniere amoureux intitulé la bella mano), Agostiiio Staccoli, Antonio Cornazzaro^ Serafino Aquilano, Bernardo Accolti, Anto7iio Tebaldeo, Francesco Cei, Andréa da Basso, Francesco Galeota, Notturno, Sa7ideo, Cariieo, etc. ; non par les humoristes tels que Burchiello, presque inintelligible, Mattèo Franco, Antonio Cammelli, dit le Pistoia, Bernardo Bellincioni, F. d Altobianco Alberti, Antonio Alamanni, mais par les poésies lyriques de Benivieni et de Laurent de 3Iédicis, et par la Giostra du Politien.
Benivieni, poète et philosophe, donna à l'expression du sentiment d'amour une teinte légère de
platonisme, et Laurent le Mag-nifique en s'éprouvant dans les genres les plus variés de la lyrique, favorisa par l'autorité de l'exemple et du conseil le relèvement de la poésie populaire. Il pétrarquisa platoniquement en beaucoup de sonnets et de chansons et dans les Selve d'amore^ poème lyrique plein de mélancolie. Par les Trionfi et les Canti carnescialeschi (du carnaval) il essayait de distraire le peuple et d'éloigner son esprit de la tyrannie naissante.
On a à'Angelo Ambrogini, de Montepulciano, autrement dit le Politien (1454-1494), beaucoup de jolies poésies, variées de mètre et de sujet; des rispetti, des hallale^ presque toutes de genre populaire. Les Stanze, considérées comme son chefd'œuvre, furent écrites à l'occasion d'une giostra (joute) 011 Julien de Médicis avait le principal rôle. Mais ce ])rince ayant été tué par le poignard des Pazzi en 1468, le poème inachevé, arriva à peine à la fin du second chant. D ailleurs son mérite est moins dans l'invention, insignihante au fond, que dans la forme. Le grand, le véritable mérite du Politien est d'avoir su donner, avec un tour nouveau et une harmonie nouvelle de l'octave, une empreinte originale aux images, aux expressions, aux idées, aux morceaux bien choisis qu'il emprunta entièrement aux classiques^ qu'il répandit à profusion dans ses travaux et raviva par beaucoup de fraîcheur et d'harmonie de couleur. On les croirait spontanément sortis de son imagination comme une expression naturelle et nécessaire de la pensée avec laquelle ils sont si admirablement fondus. A part quelques coupures, heurts trop durs, et certains latinismes, le style du Politien est une merveille;
et il résout la lutte entre le latin et le vulgaire par le triomphe de ce dernier. Il devenait inutile et inopportun de se tenir exclusivement attaché à Tusage du latin puisqu'il était démontré que l'italien en avait toute la puissance, pouvait en prendre toutes les formes, en revêtir toutes les élégances. Encore quelques années et le beau et grave latin de Leonardo Bruni, de Valla, de Ponlano, du Politien lui-même, finira dans le burlesque et dans la parodie avec les Maccaronee de Teofile Folengo ; tandis que des Stanze sortira, par la Giostra^ Tœuvre la plus artistique du xv*^ siècle, pour la beauté de la forme du moins, VOrlando furioso.
Pendant que les genres littéraires les plus sérieux inclinaient vers de meilleurs principes artistiques, les formes populaires, strambotti, ballate, cantari, laudi et les sacre rappresentazioni prenaient également plus de développement et de richesse, apportant à la poésie d'art des éléments multiples et féconds
La Renaissance se développe en pleine période de notre histoire que l'on appelle la période des seigneuries. Les princes contribuèrent certainement à cette Renaissance, soit qu'il leur parût à propos de détourner les plus grandes intelligences de la pensée des événements présents de l'Italie, en les dirigeant vers l'étude de l'antiquité, soit qu'il leur convînt de légitimer le pouvoir usurpé, par la réputation facile de Mécènes, soit entin qu'il leur plût d'ajouter au faste de leurs cours l'éclat des arts et des lettres. Cbaque prince fondait sa bibliothèque et aimait à en conlier le soin à des hommes déjà renommés parleur intelligence et leur science, et à avoir des secrétaires et
des auteurs connus par l'élégance de leur langue latine. Naples, Rome, Florence, Ferrare, Venise, Mantoue, Pavie, Milan, étaient les centres les plus importants de la culture, etles humanistes qui vécurent dans ces cités, unis dans une confraternité littéraire, ou même divisés par des haines sérieuses ou des rivalités de métier, propageaient toujours davantage, par leur correspondance, leur œuvre, leur conseil, leur enseignement, et leur exemple, la science classique et en pénétraient toute la vie intellectuelle de la nation. Et la nation, ramenée au culte delà beauté terrestre et à l'aspiration païenne des jouissances delà vie, laissa brusquement les idées ascétiques et mystiques auxquelles elle avait obéi au moyen âge, pour s'abandonner au sentiment vif et puissant de la réalitéelfective des choses. Et les érudits furent appeléshumanistes^ précisément pour leur revendication des droits de la terre contre le ciel, et pour leur manière tout humaine de considérer les choses de la nature et de la vie. L'art ainsi renouvelé put se dépouiller de ce qu'il avait de conventiormel et de froid au moyen âge, s'orner ensuite de belles formes et s'adapter aune représentation plus vivante et plus complète du monde intérieur et extérieur; pendant que la vie, entièrement arrachée elle aussi à ses vieux préjugés, put librement se manifester dans, toute la variété de ses formes et dans toute la puissance de ses aspects.
Mais d'autre part, l'art et la vie païenne avidement recherchés et imités, formèrent à leur tour des consciences païennes.. S'étant soustraits à l'influence dissolvante de l'ascétisme médiéval et se trouvant en face du monde classique éblouissant de
beauté et débordant de vie, les humanistes, on ne saurait en être surpris, et à leur suite tous les Italiens, se jetèrent corps et àme dans les plaisirs et les jouissances. Si l'idéal du moyen âge s'exprimait dans la formule cupio dissoivi, l'idéal de la Renaissance pouvait s'exprimer par godere. De là l'extrême licence qui entache les meilleurs écrits de l'époque et les déplorables désordres rapportés par l'histoire du temps. Mais jamais comme dans ce siècle et le sui- Tant, la culture ne fut plus répandue en Italie, jamais les habitudes ne furent plus courtoises et plus «légantes, ni les formes de la vie sociale plus raffinées, ni l'état des villes plus heureux et plus prospère; car elles étaient continuellement en fêtes et en spectacles, entre le magnificence des cours, l'affluence des étrangers, les discussions savantes des lettrés, le chant des poètes et les chefs-d'œuvre des artistes.
Renouvelés eux aussi par le culte de l'antiquité et par une observation plus directe et plus vraie de la nature, les arts figuratifs perdirent la simplicité mystique de dessin et l'immobilité particulière à l'art sacré au moyen âge. Des horizons plus étendus s'ouvrirent au génie de nos artistes, et de superbes monuments se transmirent à l'admiration de la postérité. Citons le dôme de Milan commencé en 1386, auquel travailla spécialement Marco da Campione ; la Chartreuse de Pavie, dont la façade est l'œuvre è! Aînbrogio da Fossano^ et de nombreux palais et églises de Venise, œuvres très estimables des artistes de cette école lombarde fondée par le célèbre Giovanni di Baldino de Pise.
La Toscane au xv^ siècle est la véritable maî-
tresse des beaux-arts. En peinture on a les divins tableaux du moine Lorenzo et du bienheureux Angelico, tout empreints de mysticisme ; les fig-ures si humaines et si vivantes de Masaccio et de Lippi, continuateurs de Giotto, et les œuvres de mérites divers de Paolo Uccello, Alessandro Botticelli^ P'ietro et Paolo Pollaiuolo, Bcnozzo Gozzoli, Andréa del Verrocchio maître de Léonard de Vinci, Domemco Ghirlandaio maître de Michel- Ange. L'architecture compte les œuvres de Léon Battista Alberti, de Bernardo Pvossellino^ de Simone Pollaiuolo, du Cronaca, de Fil'ippo Brunelleschi, au génie hardi, qui éleva la célèbre coupole de S. Maria del Fiore, et bâtit l'énorme palais Pitti. La sculpture enregistre les merveilles de Donatello, de Lorenzo Ghiberii, qui cisela les célèbres portes du baptistère de Florence, de Jacopo délia Qiiercia et de Lucca délia Robbia^ inventeur des émaux sur les céramiques. A côté de ces grands noms, on cite 3Iicheloczo, dit le Borgognone, Andréa del Verrocchio, et Aiitonio Pallaiuolo, déjà célèbres comme peintres, Aîitonio Rossellino, Matteo Civitali^ Mino da Fiesole.
Mais si par son culte de l'art la suprématie appartenait toujours à la Toscane, en différentes parties de l'Italie des écoles commençaient à se créer, préparant de merveilleux triomphes. C'est ainsi que dans rOmbrie on voit briller Gentile da Fabriano, Niccolo da Foligno, Bernardino Pinturicchio et Pietro délia Francesca^ sous la direction duquel se forma Pietro Pérugin, charmant peintre de madones et luimême maître de Raphaël; en Vénétie, Vittore Pisanello, Jacopo^ Giovanni et Gentile Belliniy Cima da
Conegliano, Vittore Carpaccio et Andréa Mantegna de Padoue; pendant qu'à Bologne se fonde une école par l'influence de Raibolini dit le Francia. Ni le pays napolitain ni la Sicile ne manquèrent de maîtres célèbres, et à Messine naquit Antonello à qui on attribua l'honneur d'avoir trouvé la peinture à l'huile.
Cependant, malgré le sentiment du beau, très vif et très répandu en Italie et malgré toute sa culture, notre société versatile et frivole, privée de foi et de sentiment national, était profondément corrompue. Elle se berçait dans le souvenir d'un monde disparu, tout absorbée dans les jouissances du présent et imprévoyante de l'avenir sombre qui s'approcbait menaçant, apportant avec lui la ruine morale et politique de la nation.