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Les Ménechmes, les jumeaux

XVf SIÈCLE 12i

les différentes régions de la Péninsule. Nous avons aussi les farse (farces) du Napolitain Pietro Antonio Caracciolo et de Giovan Luig'i Alione d'Asti, mais on peut dire que la véritable comédie dialectale fut la création du Padouan Angelo Beolco surnommé Ruzzante (1S02-1542).

Moins réussie que la comédie, la tragédie se trouvait gênée souvent en s'assujeLtissant à l'imitation d'un mauvais modèle, le théâtre de Sénoque plus généralement étudié que le théâtre grec. Le Trissin (1478-loo9), dans l'idée d'innover et dans le désir de donner à l'Italie la première tragédie régulière, gâta, avec \a. Sophonisbe (1524), un beau sujet dont le sentiment tragique avait déjà inspiré à Pétrarque un des plus beaux épisodes de son Africa. Giovanni Rucellai (1475-1526), auteur d'un Oreste, d'imitation classique, reconstruisit non moins clasjsiquement dans sa Rosniunda la légende lombarde delà mort d'Alboin. L'Arétin écrivit la tragédie Orasia, Sperone Speroni la Canace ; Giambattisto Giraldi Cinzio, YQj'becche ; Pomponio Torelli, la Mérope ; Lodovico Dolce \d. Marianne; Le Cieco d'Adria (Luigi Groto), la Dalila et VAdriana ; Orlando Poretti, le Cesare; Luigi Alamanni, VAniigo7ie ; Lodovico Martelii, la Tu^ia ;Muz\o Manfredi, \àSemira?nide; Torpato Tasso, le re Ton^ismondo, tragédie prolixe cal- :juéesur rŒ'(^//je-/?oi de Sophocle, que Sénèque avait léjà imité peu heureusement. En général la tragédie lu xvi^ siècle, ne laissa pas de monuments vraiment lignes de remarque et révélant les traces de cette )erfection artistique à laquelle ce siècle était parvenu lans presque toutes les autres formes de l'art.

L'idylle grecque et l'églogue latine, devenues dans VAdmète de Boccace et dans VArcadie de Sannazzar une sorte de petit poème pastoral, renforcées ensuite par la puissante de rélément dramatique, arrivèrent à un perfectionnement nouveau au xvi'^ siècle. Galeottodel Carretto, Bernardo Bellincioni^ Serafuio deir Aquila, Luigi Tansillo donnèrent à Téglogue plus de variété de mètre et d'allure dans le dialogue, pendant que Baldassare Casiiglione dans Tircis donnait au sujet pastoral la forme et le mètre de la représentation sacrée. Celui qui le premier composa un vrai drame pastoral est le (errarais Agostmo de Beccari, avec le Sacvificio (1554). On cite ensuite le Sfortunato d'Agostino degli Arienti, YEgle de Giraldi et \ Aretuse à^ Alberto Lollio. Puis on eut les chefsd'œuvre du genre, VAminia du Tasse et le Pastor fido de Guarini, suivis de la Filli in Sciro de Giiidohaldo Bonarelliy et de YAlceo à^ Antonio Ongaro. UAminta et lePas^^oryÇ^ose dislinguentpar d'admirables qualités de style et de langue; grâce, élégance, harmonie et aisance. Dans VAmiyita (1573) passe un souffle de molle sensualité et de délicat sentimentalisme. Dans le Pastor fido (1585) au contraire, le sentiment de la réalité est plus vif et la convenance des mœurs plus respectée. \! Aminta est certainement une œuvre d'une poésie plus tendre et plus chaude, et d'une facture plus délicate, mais le Pastor fido, plus serré, plus étudié, s'inspire d'un sentiment plus pur et plus ferme de la vérité sociale et morale.

L'imitation pétrarquiste, qui avait prévalu dans la poésie au xv® siècle, s'imposait encore au xvi", et si grand que fût le nombre des poètes, il n'y eut chez

aucun de véritable personnalité ni de grandeur. Sannazzar, Boiardo, TArioste, Trissin, Bernardo Tasse, Molza, Bembo, Caro, Délia Casa, Angelodi Costanzo, Luigi Alamanni, durent presque tous leur différente célébrité à d'autres œuvres littéraires. Mais comme poètes lyriques on peut leur reconnaître à tous le môme défaiit capital, l'imitation de Pétrarque. Quelques-uns il est vrai, comme Sannazzar, Tansillo, Costanzo, apportent dans cette imitation ce sentimentalisme méridional qui les distingue un peu des autres, et Galeazzo de Tarsia a certaine note d'une véritable et puissante originalité.

Le plus personnel peut-être des poètes d'amour de ce siècle eslJIic/iel-AngfC-Buona?v'oti (lili-i^Qi), dont les sentiments chauds et les nobles pensées s'expriment souvent en un style énergique et concis. Vittoria Colonna (1490-1547), très célèbre parmi les poétesses d'alors {Tidlia d'Ai-agone, Laura Terracina^ Veronica Gambara), est correcte et élégante, mais manque de spontanéité et, pour vouloir être profonde, est souvent froide. Gaspara Stampa de Padoue (lo24-lo54), qui chanta en vers brûlants son amour malheureux pour CoUattino, comte de CoUalto, est au contraire ardente de sentiment et débordante de verve. Le dernier et le plus grand lyri(jue de cette période, ayant laissé une trace profonde dans presque tous les genres littéraires de cette époque est Torqualo Tasso (1544-1595). On a de lui quantité de sonnets, de madrigaux et de canzone, soit d'amour, soit de sujets de circonstance.

On aperçoit chez lui aussi l'imitation pétrarquiste, mais si la phrase et l'image s'imposent souvent au

poète, presque toujours la pensée est originale et le sentiment ardent et sincère.

Fidèles à l'exemple de Pétrarque, la plupart des poètes du XVI® siècle écrivirent d'amour, mais beaucoup aussi s'essayèrent dans la poésie bucolique sans y réussir, Molza^ Tibaldeo, Baldi, Bernardo Tasso, Rota et quelques autres. La poésie politique ne présente que deux champions dignes de remarque : VAlamanni et Guidiccioni. De ce dernier on remarque particulièrement les sonnets énergiques oij il exhale sa douleur de voir son pays déchiré et asservi.

Claudio Tolomei de Sienne est cité pour avoir tenté de faire revivre les mètres classiques dans la langue italienne, suivant l'exemple déjà donné par Léon Battista Alberli. Exemple suivi ensuite ditï'éremment par Chiabrera et Fantoni, et récemment par Carducci. La manière de Tolomei fut la plus stricte, car il associa, avec un résultat assez heureux, hexamètres et pentamètres selon la prosodie latine., par longues et par brèves, par arsis et thésis, comme en ce madrigal qui ne manque pas de grâce mais peut paraître un peu précieux :

Questi soavi fiori, queste erbe e queste novelle

Rose pur or coite da innamorata mano.

En ghirlanda poi dolcissimamente legate,

Là Ve natura vedi d'un pari ed arte gire,

Al crin biondo sopra. Lice candida, ponle, et adorna

Lor di vaghezza tua, te di vaghezza loro ;

E mostra, in sembianza pari, come poco ti possa

L'aima natura mai vincere, et arte meno '.

1. Ces fleurs suaves, cette verdure, ces roses fraîches, liées en guirlande, où tu vois l'art gracieusement uni à la nature, luetsles sur ta chevelure blonde, Lice candide, et orne-les de ta beauté ; de leur beauté embellis-toi, et en formant une seule beauté,

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Cultivée au xvi" siècle comme au xiv'^ et au xv*', la poésie burlesque eut sa principale gloire dans Francesco Berni (1496-1535), qui recréa de façon humoristique le Roland amoureux de Boiardo et fut le « Maître elle père dit style burlesque », ainsi que le proclame Lasca^ son admirateur et son disciple. li naquit en Toscane, entre 1496 et 1497. Très jeune il revêtit l'habit ecclésiastique et entra au service du cardinal Bibbicena son parent, auteur de la Calendra, puis chez d'autres. Mais d'esprit indépendant et ne se sentant pas fait pour aliéner sa liberté, il se retira à Florence en 1526 et obtint un canonicat à la cathédrale. Il entra en relations avec les Médicis pour son malheur, car s'élant refusé à porter le poison au cardinal Salviati, cet honnête homme mourut à son tour empoisonné en 1535. 11 laissa trente-deux capitoli et un grand nombre de sonnets, tournant de manière plaisante des sujets sérieux c^omniQ Aristotile y [d. Pesta, ou traitant avec une gravité affectée et une continuelle équivoque des sujets légers et burlesques comme les Pesche^ les Anguille, les cardi, [ecaldodel letto, et autres semblables. Son esprit était souple et fin, mais il ne sut pas éviter les gravelures qui souvent donnent lieu aux allégories peu voilées de ses capitoli, cependant agréables à lire en ce qu'ils sont une mine abondante de mots heureux toujours justes, en une langue simple et naturelle, et de saillies paraissant toujours promptes et spontanées, sans recherche ni affectation.

Lasca, nom académique iïAntoîi Francesco Qrazzini (1503-1583), dont l'esprit se révéla aussi

montre que jamais ni la nature, ni l'artifice ne peuvent triompher de toi.

dans la poésie burlesque, sut la rendre en une langue également vive et pure^ rivalisant en extravagances et en bouffonneries avec Berni, et méprisant comme ; lui les petrarcherie, squîsitezze, bemberie (1), qui '[ ont suffisaynment rassasié et fatigué. Des imitateurs de Berni c'est le seul qui ne soit pas indigne du maître. Les autres, Caro, Casa, Firenzuola, Molza, Francesco Copetta, Ercole Bentivoglio, s'éprouvèrent sans succès dans le genre bernesque, et la célébrité de leur nom n'est arrivée jusqu'à nous que parce qu'ils réussirent en d'autres genres littéraires. I Après l'œuvre bizarre de Teofile Folingo, la Mac- ' éheronea, les poèmes burlesques n'eurent pas un meilleur sort, et la Gigantea d'Amelunghi, la Nanea de Lasca, ne sont plus que des souvenirs d'érudition. La satire, glorieuse création des Latins, réapparut au xvi° siècle, et ÏArioste^ le premier, la cultiva dignement. Il écrivit sept satires en tercets, belles par les pensées élevées, les maximes sages et pratiques, par le style vif et rapide, les saillies fines, les bons mots presque toujours courtois. L'auteur, dans ces satires, tient de la manière simple et pondérée d'Horace, bien plus que de la concision énergique de Perse et de la virulente invective de Juvénal. Il" parle pour des amis et pour la famille, donnant ses conseils, exposant sa pensée sans prétentions de moraliste, dans une langue simple et aisée, variant la monotonie du discours par des apologues et des anecdotes, associant des idées et des choses disparates le plus aisément et le plus naturellement, sans se laisser aller jamais à la vulgarité et très rarement

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