Imitations de Bembo
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à l'ironie amère et à la satire mordante. Après l'Arioste on mentionne, parmi les satiriques, Antonio Vinciguerra, Ercole Bentivoglio, Luigi Alamanni, Molza, Lasca, VArétin, Pietro Nelli^ et quelques autres de moindre valeur.
Ainsi que d'autres formes de Ja littérature classique, les auteurs du xvi" siècle imitèrent le poème didactique que Virgile et Lucrèce avaient élevé si haut. Nous eûmes donc quelques poèmes didactiques en latin dus à de célèbres lettrés tels que Scipione Capece, Girolamo Vida, Girolamo Frascatoro, Pietro Borgeo. En italien on cite comme les principaux, la Caccia d'Erasmo Valvasone, la Nautica de Bernardino Baldi, la Bcîlia et le Podere de Luigi Tansillo, les Api de Rucellai, la Coltivazione de Luigi Alamanni, et enfin les sept journées de la création du monde de Torquato Tasse.
De tous ces poèmes, les Api (abeilles) et la Coltivazione (l'agriculture) ont pu garder une très réelle célébrité par la chaleur et l'élégance d'un style aisé, l'abondance et le charme d'une langue très pure, mais non par la matière assez aride en elle-même et peu poétique, qui demandait à être entremêlée d'épisodes lyriques, presque dramatiques, n'ayant au fond rien de commun avec le genre didactique désormais du domaine exclusif de la prose.
On a vu comment, au xiv* siècle, la prose historique n'eut d'autre forme que la chronique, sèche et moins qu'ornée, tout à fait négligée même, exception faite de l'œuvre de Compagni. Au xv^, quand toute personne instruite devait faire usage du latin, la prose de la chronique fut plus que jamais rustique,
aride et incorrecte. Au xvi^ revient l'honneur, et à Machiavel en particulier, d'avoir élevé la prose historique à une véritable forme d'art, en même temps qu'à une grande hauteur de pensée morale et sociale.
Né en 1469, nous le voyons en 1498 nommé secrétaire de la Chancellerie des Dix pour la liberté et la paix, restant dans cette charge pendant quatorze ans, c'est-à-direjusqu'en 1312 où, cette magistrature étant abolie et lui soupçonné d'avoir conspiré avec Pietro Paolo Boscoli contre les Médicis, il fut dispensé du service, puis emprisonné et mis à la torture. S'étant retiré ensuite dans sa campagne de San Gasciano, il composa le Principe, et commença les Discorsiy fruit de connaissances très étendues et d'une étude très approfondie de l'histoire de l'antiquité. Quelques années après, les Médicis, toujours en défiance, le chargèrent de missions de courte durée et indignes de sa science et de son expérience. Ces missions, étant pour lui une cause d'humiliations et d'amertumes répétées, contribuèrent à abréger sa vie tourmentée. 11 mourut le 22 juin 1527.
Parmi les œuvres de Macliiavel, il faut d'abord en raison de la date (1513) et de l'importance, citer le Prince, ouvrage court, mais serré et fort, oij est distillé le suc de toute la science historique, de toute l'expérience politique, de toutes les idées sociales réfléchies du grand penseur. Il fut en effet le premier des Italiens auquel on puisse attribuer une idée relativement claire et moderne de l'unité de la patrie, idée qu'il commence à développer dans le Prince, Mais comme les moyens qu'il indique à son prince idéal pour parvenir à un noble but sont perfides et impitoyables, ainsi fut condamné comme pervers
et impie, l'auteur lui-même et il n'est pas d'injures et d'imprécations qu'on n'ait lancé contre lui. Ceux qui plus tard eurent l'intelligence et le sens de son œuvre et l'interprétèrent avec indulgence, ne lui attribuèrent pas moins les plus étranges desseins. Celui-ci prétendait que sous couleur d'instruire le prince, il avait voulu montrer au peuple les artifices pervers de la tyrannie, et de cette opinion dut être Ugo Foscolo, lorsqu'il disait de Machiavel dans les Sepolcri :
Quel grande
Che temprando lo scettro ai regnatori Gli allor ne sfronda ed aile genti svela Di che lagrime grondi e di che sangue '.
Celui-là pensait que l'auteur se proposait d'amener les tyrans aux derniers excès alin que le peuple, lassé, s'insurgeât et s'affranchît. D'autres émirent des opinions plus ou moins fantaisistes. Mais la vérité est que Machiavel visait à fonder en Italie un État puissant. A cela il encourageait son prince, faisant servir, pour ce but utile et honnête, ces moyens malhonnêtes employés alors par tous les princes, et qu'il n'était pas au pouvoir de Machiavel ni d'aucun autre, d'empêcher ou de changer. Esprit jiratique et positif, il tend à son but avec toutes les forces vives et avec tous les moyens que lui permet son temps. Si ces moyens sont mauvais, comme il ne lui est pas donné d'en trouver de bons, il les emploie tels qu'ils sont plutôt que de faillir au but sacré. Et môme, précisément pour faire cesser i'abus de ces moyens
1. Ce génie qui des rois, dévoilant à tous la tyrannie, arracha sans pitié de leur front menaçant les lauriers qu'ont flétris tant de pleurs et de sang. {Traduction de Qhastenet.)
indignes, Machiavel conseille de les adopter afin de pouvoir établir une sorte d'unité de l'Italie, espérant que l'unité une fois faite, la liberté et l'ordre en seront la conséquence immédiate. Par là il devient évident que cette formule, la fin justifie les moyens, dans laquelle on a voulu tout à la fois résumer et condamner la politique du grand citoyen, n'exprime pas exactement son idée et ne peut être une base pour s'en former un jugement exact. En règle de sLricte morale certainement il n'est pas d'homme honnête qui approuve l'emploi de moyens trompeurs et criminels, même quand ils tendent à une bonne fin. Mais quand on n'a pas le choix des moyens, quand au contraire les moyens wzawv«z5 sont nécessaires etinévitables et que, même sans cette bonne fin, on ne peut empêcher qu'ils soient adoptés, les tourner au bien est non seulement excusable, mais est œuvre sage.
Des vingt-six chapitres composant l'ouvrage du Prince, les quatorze premiers traitent presque théoriquement des différentes sortes de principats et des diverses qualités de la milice. Les doctrines peu orthodoxes sont spécialement renfermées dans les chapitres allant du quatorzième au vingtième. Machiavel, dans le quinzième, établit d'abord qu'il lui a paru plus opportun de poursuivre la vérité effective des choses que V imagination de cette vérité. De là il conclut qu'il vaut mieux user de moyens, même mauvais, quand ils sont nécessaires à la conservation de l'Etat. Car si l'on veut bien tout considérer^ telle chose qui semble bonne causerait votre perte si vous la suivies, et telle autre qui paraît mauvaise sera, en la. suivaîit, votre sécurité et votre bien.
Dans le seizième chapitre il parle de la libéralité
et dans le suivant, ose conseiller à son prince de dédaigner de passer pour cruel afin de tenir sessujets unis et en respect. Observer sa parole, ditil dans le dix-huitième, est chose la plus louablechez un prince; puis il démonlre ensuite que la nature de l'homme, mauvaise et changeante, ne permet pas toujours Temploi des moyens honnêtes ;• aussi un prince prudent, exempt de faiblesse, peut ne pas tenir sa parole si le maintien de cette parole tourne contre lui, ou si les causes qui la lui avaient fait donner n existent plus. Au dix-neuvième chapitre il invite son prince à éviter le mépris et la haine ; parle, dans le vingtième, de la double utih'lé des forteresses; consacre le vingt-et-unième à montrer qu'il est nécessaire à un prince d'acquérir une bonne renommée et indique les moyens à prendre pour cela ; le vingt-deuxième au choix de ses secrétaires ; le vingt-troisième au devoir qu'il a de fuir les adulateurs ; dans le vingt-quatrième il examine les causes qui ont fait perdre l'État aux princes italiens; discute dans le vingt-cinquième sur la Fortune et les moyens à lui opposer; eniîn, dans le dernier, avec une puissance d'arguments et une éloquence vraiment admirable, il exhorte son Prince^ Laurent Pierre de Me iicis, à délivrer l'Italie des barbares, et en terminant : « // 7ie faut donc pas laisser passer cette occasioîi afin de montrer à l Italie le rédempteur si longtemps attendu. On ne saurait exprimer avec quel amour il serait reçu dafis toutes ces provinces qui ont souffert des invasions étrangères, avec quel désir de vengeance, avec quelle foi persistante, avec quelle dévotion, avec quelles larmes... A tous est odieuse cette do jyiiîiation
barbare. Que votre illustre maison assume donc cette tâche avec le courage et l'espoir que donnent les justes entreprises, afin que sous ses enseignes^ la patrie se trouve relevée et que sous ses auspices ^ se vérifient ces mots de Pétrarque :
Virtù contro a furore
Prendera l'arme e sia '1 combattere corto ;
Chè l'antico valore
Negl' italici cor non è ancor morto '.
Les Discorsi devaient être le commentaire complet de l'Histoire de Tite-Live, mais ils ne dépassèrent pas la première décade. Dans ces entretiens les événements de la république romaine sont célébrés avec de constants rapprochements entre les événements d'Italie et de Florence pendant les xv^ et xvi^ siècles. Le style est moins ferme et moins serré que dans le Prince, mais la force des raisonnements, l'abondance, Tà-propos, la justesse des citations et des rapprochements historiques, sont remarquables. Cet ouvrage est divisé en trois livres. Dans le premier il est parlé des différents procédés avec lesquels on fonde les États et de leurs règlements intérieurs. Dans le second, des moyens de les maintenir et de les étendre. Dans le troisième, des actes plus particulièrement aptes à les agrandir ou à les perdre. L'idée de l'auteur est de démontrer comment la politique peut vraiment tirer de l'histoire des enseignements profitables, et comment l'histoire de Rome, par sa beauté et sa grandeur, est l'exemple et la preuve indéniable de ce qu'il convient de faire pour la prospérité et Je maintien des États.
1. Le courage s'armera contre la fureur et le combat sera court, car l'antique valeur n'est pas morte encore dans les cœurs italeins.
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Comme le dit très bien Settembrini, Machiavel qui, dans le Prince, enseigne à constituer un État, et dans les Discours, à le gouverner, cherche, dans les Z>mlogues sur l'art de la guerre, à le défendre. Composés comme les Discours entre 1313 et 1321, ces Dialogues, à cause de leur sujet très spécial, cependant traité avec beaucoup d'autorité et une rare compétence, sont aujourd'hui d'une lecture peu attrayante et peu intéressante, mais par la langue choisie et le style limpide, comptent parmi les principales œuvres de Machiavel. 11 développe dans ces dialogues, avec beaucoup d'ampleur et de science, le principe d'une armée nationale et sa nécessité. Pour obtenir l'unité de la patrie dont le premier il conçut ridée, il lui fallait une armée à elle, bien ordonnée. Cette idée fut constante chez Machiavel. Il l'exposa dans le Priiice, l'eut sans cesse à l'esprit en écrivant maints passages de son Histoire de Florence, et l'expliqua avec une rare expérience dans V Art de la guerre, terminant par cette déclaration prophétique : « Je vous certitie que quiconque de ceux ayant aujourd'hui un Éiat en Italie, entrera d*ai)ord dans cette voie (des milices régulières nationales) l'emportera sur tout autre seigneur de cette province ^ »
Les Storie florentine, commencées à la requête du cardinal Jules de Médicis protecteur des lettres à Florence, lui furent offertes avec dédicace en 1325, après son élévation au Pontihcat sous le nom de Clément VII. Le cardinal avait demandé que cette Histoire de Florence commençât en 1434, mais
1. Oq sait que le premier organisateur des milices nationales en Italie fut Emmanuel Philibert, duc de Savoie.
Machiavel, trouvant que les auteurs précédents n'avaient pas tenu suffisamment compte des événements intérieurs de la cité, prit le parti de remonter aux premières origines de Florence, faisant précéder le récit, comme autrefois Thucidide pour la Grèce,, d'un rapide et excellent abrégé de l'histoire générale de l'Italie, depuis la chute de l'empire romain jus- -qa'en 1434. Ce résume occupe le premier des huit ^livres qui composent l'ouvrage. Les trois livres qui suivent rapportent l'histoire de Florence depuis ses origines jusqu'en 1434; les quatre derniers l'histoire de Florence, et en partie celle de l'Italie, de 1434 à 1492. Chaque livre porte en tête une petite préface avec réflexions morales et politiques tirées du fond des choses rapportées, et exposées sous forme de doctrines historiques abstraites. Ces exordes, par la profondeur des idées coaime par la rigueur de logique, •et par la forme noble toujours adaptée au sérieux du sujet, sont vraiment dignes d'une complète admiration. Dans cet ouvrage de Machiavel, la science de l'histoire trouvera cependant quelque chose à désirer. Les événements et les dates ne sont pas toujours ■exactement vérifiés, et l'auteur ne sut pas, ou ne voulut pas mettre bien en relief les vraies circonstances des faits, ni accompagner l'exposé des troubles intérieurs de la cité, de la description de son état économique. Néanmoins, l'intellig'.nce parfaite, lareprésentation vivante, chaude, presque dramatique, des faits en action, la connaissance des mœurs et des passions humaines, le caractère des personnaj^es, marqué en traits brefs presque toujours d'une surprenante vérité, la clarté et la force du style, forment un ensemble de qualités pouvant disputer la primauté
à n'importe quelle autre prose de notre littérature. A côté de ces œuvres supérieures nous avons de Machiavel beaucoup à'opere minori de caractère historico-politique. Tellessontles Légations ;\di Vie de Caslrucio Castracani; le discours sur les affaires de Pise, un autre sur la manière de traiter le peuple révolté de la Valdichiana, la description de C attitude gardée par le duc de Valentino dans le meurtre de Vittelozzo da Fermo et autres seigneurs des Marches, et plusieurs écrits de même nature, avec un assez grand nombre de lettres.
Moins profond que Machiavel et moins bon écrivain,
/^ra;ice6'co6^/^/ccmrfl?//z?,(1480-lo40) fut plus impartial et plus pénétrant dans la recherche des faits. Très versé dans les affaires publiques, grand soutien de la puissance des Médicis à Florence, il nous laissa, parmi quelques traités politiques, des Ricordi politiques et privés et deux ouvrages historiques : la Storia fiarentina Qi\di Storia d'Italia. La première embrasse une période plus étendue que l'Histoire de Machiavel, c'est-à-dire de 1378 à 1309, et bien que ne valant pas celle-ci par l'art de la composition et du style, elle lui est supérieure parla narration achevée et impartiale des événements survenus au dedans €om.meau dehors de la République. \jdiStoria d'Italia, à partir de la descente de Charles VIII, est une œuvre vraiment magnifique par l'étendue du plan, la largeur de vues et la finesse d'observation ; mais, avec cette regrettable habitude d'imiter servilement les Latins, elle est écrite avec des artiiices de style, un enchevêtrement de périodes, parfois avec une amplification et une prolixité qui en rendent la lecture
fatigante et peu agréable. Très limpides au contraire sont les maximes qui forment l'ouvrage posthume intitulé Ricordi politici e civiii. Guichardin écrivit aussi certaines considérations sur les discours de Machiavel, exposant des idées pratiques, tempérant ce qu'il y a d'excessif et d'absolu dans la doctrine du secrétaire florentin. Les Discours politiques et le dialogue sur le gouvernement de Florence complètent l'œuvre politico-littéraire de Guichardin.
Ces deux historiens sont les principales lumières de la littérature historique et politique du xvi® siècle. Autour d'eux se presse une pléiade d'historiens secondaires dont nous ne citerons que les plus dignes.
Parmi les historiens politiques on remarque le florentin Donato Gianotti (1492-1572), qui exposa ses idées d'homme d'État dans un traité 5Z^r la république flore?itine&iàa.n^ \in discours sur les choses d' Italie. Paolo Paruta, homme d'État à Venise (1540-1598), laissa trois livres de dialogues, Délia perfezione délia Vita politica, une Storia veneziana, une histoire de la Guerra di Cipro et un Soliloquio, sorte de confession qui rappelle le Secretum de Pétrarque. Le '^\éVi\Qwi^\'& Giovanni Botero (1540-1617) compila les Relazioni iDiiversali, traita Délie cause délia grandezza délie citta et distilla la quintessence de sa science politique dans l'ouvrage estimé Délia ragione di Stato. Vieiinent ensuite avec moins de réputation, le génois Uherto Foglietta, qui écrivit sur les choses de la république de Gênes; le florentin ^ar/o/o???,eo Cavalcanti; Gaspare Contarini et Sebastiano Erizzo de Venise ; Francesco Zottini de Volterra,
Florence compte aussi, avec ses deux grands histo-
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riens, Benedetto Varchi (1502-1565), auteur d'une prolixe mais consciencieuse et élégante « Histoire florentine» de 1527 à 1538. De Bernardo Segni on a les « Histoires florentines » de 1527 à looo. De Filippo de' Nerli (1485-1556), les « Commentaires sur les événements publics survenus dans la ville de Florence, de l'année 1215 à 1537. » De Jacopo Nardi (1476-1553), « De l'histoire de la ville de Florence. » De Giovanni Battista Adriani (1513-1579), une « Histoire de son temps. » De Pier Francesco Giambullari (1495-1555), une « Histoire de l'Europe de 887 à 947 », sans valeur parla narration des faits, mais belle par la langue et le style. Bernardo Davanzati Bostichi (1529-1606), avec une version de Tacite, laissa « l'Histoire du schisme d'Angleterre. » /aco/joPiV/'/ (1519-1589), une« Histoire de Florence. » Dans le Midi on remarque Angelo di Costanzo (1507- 1591), Scipione Ammirato (1532-1601), CamiUoPor- Wo (1526-1603), qui imita Salluste dans la « Conjuration des barons de Naples », petit ouvrage plein d'éloquence et de belles et hautes pensées. Dans le nord Paruta déjà cité, et Pietro Bembo (1470- 1547), avec son « Histoire vénitienne » en latin, puis traduite en italien. En latin écrivirent aussi : Giatnpietro Majjei de Bergame (1535-1603), dont « l'Histoire de la conquête des Indes » fut traduite par Francesco Serdonati; Paolo Giovio (Paul Jove), de Côme (1483-1552), qui laissa « Historiarum sui temporis ». Le Génois Uberto Foglietta et Jacopo Bonfadio de Salô écrivirent en lalin des « histoires de Gènes. »
La biographie a une place à part dans la prose historique. Giorgio Fasarî (1511-1574) se distingue par-
ticulièrement, et écrivit avec une aisance de langue et de sLyle, une abondance de détails, plusieurs volumes sur les « Vite dei più eccellenti pittori, scultori e architetti » ; Bernardhm Balcli, d'Urbin (1553-4617), laissa les « Vite de Federigo e Guidobaldo, duchi d'Urbino », élégamment écrites et très estimées ; Jacopo Nardi raconta la « Vita del Giacomini Tebalducci » ; BernardoSegni, celle de «Niccolô Capponi » ; Ascanio Co?idivi, celle de «Michel-Ange ». L'autobiographie, avec les Mémoires de Guichardin déjà cités, et du Soliloque de Paruta, qui tiennent un peu de ce genre, compte une œuvre très originale et très célèhrcj la « Vie de Benvenuto Cel- Jini » de Florence (1500-1570). Esprit étrange et fort, ciseleur et sculpteur de grand talent, Cellini devint sans peine et sans étude écrivain de valeur par ses excellents trailés sur la sculpture et sur la peinture, et par le récit des divers événements de sa vie agitée, qu'il rapporte avec une liberté et une clarté que rien n'égale dans la littérature de ce siècle. Mais dans la chaleur et le naturel de la composition, employant la langue vive du discours familier, li n'est pas sans commettre de nombreux idiotismes, anacoluthes et autres fautes de grammaire, qui peuvent, étant placées à propos, donner du mouvement, de la clarté et de la force à la phrase, mais qui ne sauraient être imitées sans une grande expérience.
Pendant le xvi"^ siècle une théorie philosophique originale paraît en Italie, abordant avec hardiesse les plus graves problèmes et cherchant à ébranler l'autorité séculaire d'Aristote. L'histoire de la pensée humaine rappellera donc avec honneur Bernardino
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Telesio, Pietro Poinponazzi^ Tommaso Campanella et Giordano Bruno qui mourut en 1600 sur le bûcher, martyr de la science. D'autres, sans s'élever à la hauteur de la nouvelle philosophie spéculative, s'en tinrent à une philosophie pratique et, aidés par une expérience sûre, par une intuition juste de la vie réelle, par un goût classique formé, écrivirent d'excellents traités de saine et bonne morale, dissertèrent platoniquement sur l'amour ou sur l'art, sur la littérature et la langue. La forme classique du dialogue que la Renaissance avait fait revivre, était la forme préférée de ces auteurs. Bembo laissa un traité dialogué sur la langue vulgaire avec le titre de Prose, et les Asolani, dissertation étendue et élégante sur la théorie de l'amour platonique. Sperone Speroni. Agnolo Firensuola écrhnrenl des dialogues mova.nx( Ragiona?nenfid'a?nore) ; F. Doîii{I?7iarmi) ; Giambatista Gelli (/ Capricci di Giusto Bottaio et la Circe) ; de môme que Torquato Tasse, Alessandro Piccolonnni, Mario Equicola, Giuseppe Betussiy jusqu'à la courtisane Tullia d" Aragona.
Baldassare Castiglione (1478-1529), homme considérable à cette époque oiî le prestige de la personnalité avait tant d'importance, et supérieur à tous en ce genre, composa le Cortigiano , livre très particulier par le sujet qui est une sorte de discussion dialogique sur les qualités et coutumes que doit avoir le véritable homme de Cour. Par lui nous sont révélés les usages et les habitudes de la société cultivée et choisie de ce temps, si multiple et si brillante dans les différentes formes et manifestations de la vie. 'M.onû^noY Giovanni délia Casa (Io03-15o6)^ avccun traité sur les uffici comuni, laissa le Galateo ou dei
costumi^ qu'il dédia à Antonio Ferrari, dit le Galateo, de Galatina sa ville natale.
La critique littéraire au xvi^ siècle s'exerça spécialementsurlacontroversedelalang-ue, vivementengagée alors entre Trissino, Tolomei, Varchi, GianibuUari, Muzio et quelques autres, qui écrivirent à ce propos de sérieux traités sous forme de dialogue. Les écrits critiques et grammaticaux ne manquèrent pas. Tels sont les discours du Tasse, de Pigna et de Giraldi sur le poème héroïque, les Librerie de Doni, la poetica et Dieci dialoghi délia Storia de Francesco Patrizi, et les écrits de G M. Barbieri. Très chaude fut aussi la polémique littéraire entre Castelvetro et Caro, et entre le Tasse, YInfarinato et Vlnferrig?io (Salviati et de Rossi), de l'académie de la Crusca fondée en 1582 dans le but d'émonder la langue en séparant la crusca (le son) de la bonne farine.
La théorie et la critique de l'art eurent aussi des fervents et des propagateurs dans Cellini « Oreficeria et Scultura », dans le « Dialogo délia Pittura » dans les a quattro libri dell'archiLettura » à'A7id?'ea Palladio de Yicence, dans les « Regole dei cinque ordini d'architettura » de Francesco Barozzi de Vignola. Les études de Raffaello Borghini intitulées le « Riposo », remarquées par l'élégance du style, sont, avec certaines lettres artistiques et descriptives de Caro, le premier exemple de la critique d'art.
Malgré les efforts des cinqcentistes ^ pour rivaliser dans tous les genres littéraires avec les anciens auteurs, ils ne purent, dans l'éloquence, soutenir la