‹ Histoire de la littérature italienneChapitre 18 sur 45 · CHAPITRE VI XVir SIÈCLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI XVir SIÈCLE

Décadence générale de l'état social vers la fin du xvi^ siècle. — Les beaux-arts. — Corruption et décadence de la littérature. — Marini et a l'Adone ». — Sujet de l'Adonis. — Son succès. — Imitations de la Jérusalem. — Nombreux imitateurs du Tasse- Le poème didactique, le poème religieux, le poème héroïcomique. — Alessandro Tassoni et la « Secchia rapita ». — La poésie Ij'rique. — Chiabrera, Testi, Filicaia Guidi et Menzini. — Francesco Redi et le « Bacco in Toscana ». — La satire en prose et en vers. — Les débuts du mélodrame. — Le théâtre burlesque. — La tragédie. — La prose. — Galileo Galilei et la réforme de la méthode. — Les œuvres de Galilée. — L'histoire. — Genre mixte. — La polémique. — Genre purement littéraire. — Biographes. — L'éloquence politique et l'éloquence religieuse. — Littérature didactique de genres divers.

Le traité de Cateau-Cambrésis (1559), en mettant fin aux longues guerres dans lesquelles T Autriche, la France et l'Espagne s'étaient disputé la prépondérance en Italie, marque le commencement d'une ère de paix pour notre nation. Mais ce ne fut pas malheureusement la paix féconde qui accroît les forces d'un peuple libre et l'élève au faîte brillant de la civilisation. Ce fut la paix humiliante de la servitude

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qui énerve et avilit les consciences, corrompt et déprime toutes les formes de la vie sociale. Jamais, depuis le temps des dominations barbares, l'Italie ne se trouva plongée dans une aussi profonde décadence politique et morale. La Lombardie et le royaume de Naples, tombés au pouvoir de l'Espagne, furent saignés à blanc jusqu'au dernier denier et devinrent de toutes les façons l'objet des basses cupidités des gouverneurs étrangers. Les Gonzague, les d'Esté, les Farnèse, les Médicis, imitant l'exemple des orgueilleux espagnols, donnaient entrée dans leurs cours aux intrigues et aux scandales cachés sous le brillant d'un luxe inusité. A mesure que s'abaissaient les plus nobles idées de la vie, la pompe de ses formes extérieures en comblait le vide. L'effort pour paraître fort, courageux, vertueux, était d'autant plus grand, que plus faibles étaient le courage et les sages coutumes. Cette recherche contamina à la fois toutes les formes de la vie et de Fart et s'étendit dans toute l'Italie, même en Espagne, en France et en Angleterre. Mais l'Italie, étant asservie, en ressentit de plus sérieux et plus durables effets.

L'enflure prétentieuse, caractéristique de toutes les formes de la vie au xvn^ siècle, se manifesta naturellement aussi en architecture que l'on appela barogue, et qui se signala par un abus de volutes et de boursouflures, par les capricieux entrelacs des lignes et un mélange exagéré de sculpture ornementale dans la décoration architectonique, avec une recherche compliquée, prétentieuse et outrée.

Les deux grands maîtres de ce nouveau genre furent Lorenzo Beniini (le Bernin) de Naples, et Francesco Borromini né sur le lac de Lugano.

Galeazzo Alessi de Pérouse, Alessandro Vittoria et Baldassare Longhena de Venise, eurent peutêtre moins de réputation mais aussi moins de défauts.

Toutes les églises édifiées pendant ce siècle ne peuvent en rien soutenir la comparaison avec celles des siècles précédents. Au contraire beaucoup d'autres édifices publics de l'architecture civile, ont un caractère grandiose. Rappelons la décoration de certaines places de Rome et le piazzale de Saint- Pierre, œuvre du Bernin ; les palais Borghèse, Torlonia, Rospigliosi, Corsini, Sciarra Colonna, etc. A Milan le palais Marino œuvre d' Alessi, et les palais de Brera, Durini, Litta, etc. A Venise les palais Pesaro et Rezzonico. A Gênes les palais Brignole- Sale, Doria, Tursi, Adorno, Serra, de l'Université, etc. A Turin le palais Carignan et les édifices de l'architecte Filippo Juvara de Messine, c'est-à-dire la basilique de la Superga, le Palais Madame, la villa royale de Stupinigi, etc.

La tendance au baroque qui prévalut dans l'architecture du xvii^ siècle, se manifesta aussi dans la peinture. L'art à cette époque étant surtout une étude de décoration, la peinture se fît décorative. On eut alors les grands médaillons des voûtes, dans les salles patriciennes, capricieusement encadrés et ornés de figures et d'allégories mythologiques.

Les principales écoles de ce siècle furent l'école napolitaine de Luca Giordano, l'école romaine de Pietî'o da Cortona, l'école bolonaise des trois Caracci (Lodovico, Annibale et Agostino) dont la très grande réputation et le talent se trouvèrent cependant dépassés par la réputation et le talent de

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trois autres excellents peintres : Guido Reni justement célèbre par le Christ Je Modène et V Ecce Homo de Dresde, Domenico Zampieri, dit le Dominiquin, et France'ico Albani célèbre auteur de la danse des amours (Pinacothèque de Breraà Milan), dessinateur et coloriste plein de vie et de cliarme qui mérita d'être appelé l'Anacréon de la peinture. A mettre aussi en bonne place parla vigueur du dessin et delà couleur aussi bien que par le sentiment très vif de la nature et do la vie, Salvatore Rosa poète satirique et musicien de talent, qui l'un des premiers mit en honneur la peinture du paysage.

La sculpture, devenue comme les autres arts un simple élément décoratif, ne laissa pas en ce siècle de réels chefs-d'œuvre. Borromini et le Bernin, cités déjà comme architectes, rivalisèrent jalousement pour l'honneur de la supériorité qui resta incontestablement au second. Auteur de nombreux ouvrages d'ornementation, particulièrement à Rome, on remarque surtout sa belle fontaine en forme de ?iave (navire) qui décore l'ancien cirque agonal, appelé pour cela Place Navone.

Dans cette décadence générale de l'art il est intéressant de remarquer que la musique, appelée à des succès inespérés, s'élevait à ce moment même par le génie à'Allegri et de Palestrina.

Il en fut pour la littérature comme pour la vie sociale et les arts figuratifs. L'esprit s'amoindrissant, la littérature consacra tout à l'expression, s'effor- ^ant de paraître à l'extérieur d'autant plus savante et choisie, qu'elle était vide et fausse au fond. Croyant ître éloquente et magnifique, elle ne fut qu'ampoulée.

sentencieuse et artificielle. Et le goût corrompu de l'époque se plut dans cet étrange assemblage d'idées disparates, dans ces continuelles antithèses, dans ces images forcées et de couleurs trop éclatantes. Et l'art de la parole devait d'autant plus facilement se corrompre qu'à lui, plus qu'à tout autre peut-être^ est nécessaire Tharmonie intime entre l'idée et l'expression et qu'il est plus sujet à enfreindre les limites du vrai. Ces causes d'altération et de maniérisme provenaient aussi, il faut le dire, comme une sorte de fatal héritage, des premiers maîtres de la littérature. Des poètes latinisants et provenqalisants toscans du xm'^ siècle, jusqu'à Dante, Pétrarque et aux pétrarquistes des xv* et xvi^ siècles, Politien et l'Arioste (sans parler du Tasse et de Guarini les plus contaminés), tous cédèrent plus ou moins à cet usage regrettable de l'antithèse et du jeu de mots. A mesure qu'on perdait de vue la partie saine et vraie de l'art, les imaginations faussées se laissaient facilement prendre au cHnquant dont l'éclat trompeur cachait aux yeux l'or pur de ces grands poètes. Ce qui n'avait été, chez quelques-uns, qu'un agréable défaut, perdu pour ainsi dire au milieu d'exquises beautés, devint l'étude principale et visible de tous les poètes. Ce qui n'avait été qu'une capricieuse fantaisie de poète devint une règle importante de l'art. Les auteurs entraînés sur cette pente, et le goût des lecteurs ainsi perverti, on perdit le sens delà beauté simple et délicate, de la grâce naturelle, du coloris pur, et partout on chercha le nouveau, l'excessif, l'extraordinaire. Marini^ le grand poète de cette école, qui en réunit tous les défauts et les bizarreries, laissa ces mots :

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É del poeta il fin La meraviglia ^.

Déjà Chiabrera, plus correct que Marini cependant, avait dit que le but de la poésie était de causer la surprise, et, Christophe Colomb de la poésie, il se mit en tôte de trouver uti nouveau monde ou mourir. Pour obtenir ce but suprême, causer la surprise, on se souciait moins des faits que de la combinaison des mots, des idées étranges et des images qui s'en dégageaient. Elles étaient de ce genre : L'Etna, archiprêtre des mo?its, en tuni' que blanche^ qui porte au ciel V encens. Le soleil, bourreau qui par l'instrument de ses raijons, coupe le cou à Vombre. Les étoiles, sequins brillants de la banque du ciel. La lune, omelette ardente de la poêle céleste, etc.

C'est au milieu de ces tendances du goût, que parut et brilla Giambattista Marini (le chevalier Marin), en qui se refléta Fàme de ce siècle dépourvu de pensée et de sentiment. Né à Naples en 1569, Marini se signala bientôt par la promptitude et la vivacité de son esprit. Il vécut habituellement à Rome et à Turin Qxx il eut de violents démêlés avec Gaspare Murtola, médiocre poète génois, et à Paris où il acheva et publia son poème l'Adone. Il mourut à Naples en 1625. L'Adone (Adonis), son œuvre principale, est un long poème mythologique et descriptif en 20 chants et plus de cinq mille octaves, dans lequel il se livre à toutes les extravagances que lui suggèrent son esprit inventif et sa verve facile.

La trame de ce poème peut s'indiquer en quelques mots : Pour satisfaire une vengeance que Marini,

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