Une femme orgueilleuse comme Junoû
chus en Tosca?ie, où il imite avec une rare maîtrise de style et une très grande et très heureuse variété de mètres, les propos de celui qui se sent peu à peu envahi par l'ivresse. Et le sujet de ce dithyrambe n'est au fond que l'éloge des vins de Toscane. Il commence par l'arrivée du dieu en Toscane :
Dell' indico oriente Domator glorioso, il Dio del vino Fermato aveva l'allégro suo soggiorno Ai coUi etruschi intorno, E cola dove impérial palagio L'augusta fronts in ver le nubi innalza, In verdeggiante prato Con la vaga Arianna un di sedea, E bevendo e cantando, Al beir idolo suo cosî dicea''...
Et le dieu réjoui, chante, boit en chantant, et s'enivre :
Quali strani capogiri D'improviso mi fan guerra?
Parmi proprio che la terra Sotto i piè mi si raggiri^.,.
Et le Ilot monte dans l'estomac du dieu aviné :
Ecco, ohinié ch'io, mi mareggio E m'avveggio Che noi siam tutti perduti.
Ecco, ohimé, ch'io faccio getto
1. Conquérant glorieux de l'Orient indien, le dieu du vin avait établi son séjour joyeux près des collines étrusques. Et là, oùlei Ijalais impérial élevait vers les nues sa façade auguste, un jour assis, avec la belle Ariane dans une verte prairie, il buvait et chantait, s'adressant ainsi à sa belle idole...
2. Quels étranges vertiges tout à coup me saisissent? La terre sous mes pieds semble vraiment se dérober.
Con grandissime rammarico
Délie merci preziose
Délie merci mie vinose ;
Ma mi sento un po' piû scarico '...
Et recommençant à boire il invite Ariane à lui verser la manne de Montepulciano, terminant par cette déclaration :
Oncle ognun che di Lieo
Riverente il nome adora,
Ascolti queslo altissimo décrète
Che Bassareo pronuncia, e gli dia fè ;
Montepulciano d'ogni vino è ilre'^.
Le Bacchus en Toscane eut quelques imitations. Citons la Madreselva de Lorenzo Magalotti. Passant en revue les fleurs les plus appréciables, il décrète l'excellence do la fleur d'oranger avec la conclusion de Redi : la fleur d'oranger est la reine des fleurs.
La satire fut amplement cultivée au xvii^ siècle. En prose par Traiano Boccalini ; en vers par Ludovico Adimari^ Jacopo Soldcmi, Francesco Moneti, Michel Anffelo Buo?ia?'?'oti\e ieune, Giulio Amico, Antonio Malatesti, Lodovico Sergardi, et par Salvator Rosa et Benedetto Menzini, supérieurs à tous.
Traiano Boccalini de Loreto (1566-1613), outre la Bilancia politica composée de deux parties inti-
1. Hélas je me sens sombrer, et vois que nous sommes tous perdus ! Il me faut, bien à regret, rejeter la précieuse marchandise, ma cargaison de vins. Mais je me sens un peu allégé.
•2. Que celui qui adore le nom vén(jrable de Lyasus, écoute le noble décret que prononce le Bassaréenet y ajoute foi: Montepulciano est le roi de tous les vins.
tulées Lettere politiche et Commentari degli Annali di Tacito^ où se manifestent de nobles idées de perfection morale et sociale, écrivit les Ragguagli del Parnasso et la Pietra del paragoîie politico (pierre de touche). Dans ses Pi^opos du Parnasse il représente de façon satirique, une société d'hommes éminents de tous les temps, de toutes les nations, habiles (virtuoses comme les appelle l'auteur), dans la politique, les armes, les sciences, les lettres et les arts.
Salvator Rosa que nous avons déjà mentionné comme célèbre peintre de paysage et comme musicien, naquit à Arenella près de Naples en 1615, prit part à la révolution de Masaniello, et mourut à Rome en 1673. Auteur de plusieurs satires dont les meilleures sont la Musique, la, Peinture et la Poésie, il fait la critique des mœurs des cours, des artistes, des poètes, condamnant surtout les flatteries, les plagiats, les hyperboles, l'emphase et autres vices moraux et littéraires d'alors. Ecrivain alerte et brillant, il a cependant un ton déclamatoire et une loquacité qui finissent par lasser le lecteur.
Le florentin Renedetto Menzini (1646-1704) est plus châtié dans l'usage de la langue mais plus violent. Poète lyrique, didactique et satirique, il écrivit un Art poétique en cinq livres, et douze satires oi!i il flétrit les mœurs du temps, s'en prenant à tout et à tous, sans aménité ni courtoisie, en un style souvent négligé et parfois vulgaire.
Le genre dramatique qui donna les meilleurs résultats au xvii° siècle fut le mélodrame, dernière évolution du drame pastoral arrivé à son perfectionnement artistique le plus complet dans YAminta et
le Pasfor fido. La première représentation dramatique mêlée de musique remonte à 1589 à l'occasion du mariage de Ferdinand de Médicis et de Christine de Lorraine. Peu de temps après, Ottavio Rlnucciîii, distingué poète florentin, composa la Daphné (en 440 vers, la plupart brefs), mise en musique par Jacupo Perl et Giulio Caccini et représentée en 1595. L Eurijdice du même Rinuccini, tirée de rOrphée du Politien, fut mise en musique par Péri et représentée en 1600. L' Ariane, avec musique de Claudio Monteverde fut jouée en 1608. Puis les poètes mélodramatiques se multiplièrent et suivant la coutume du siècle, abusèrent de la mythologie et des singularités si en faveur alors. Apostoto Zeno de Venise, est à peu près le seul que l'on mentionne aujourd'hui parce qu'il réforma le mélodrame et le ramena à plus de simjilicité et de naturel.
Le public paraissant désormais las des intrigues et des dénoûments conventionnels empruntés aux latins, un genre nouveau se révéla avec la commedia delVarte ou à sujet. L'auteur écrivait le thème et le partageait en ditférentes scènes, l'acteur faisait le reste. Sur ce thème de coméilie appelé canevas, il brodait le dialogue en en rendant la représentation aussi agréable que possible. Ce système fit de bons acteurs mais l'art régulier y perdit, et Ton cite peu d'auteurs ayant eu quelque célébrité : Niccolô Amenta, Girolamo Gigli, A?idrea Cicog?iitii, Giambattista délia Porta, Giambattista Fagiuoli et Michelangelo Buoîiarroii \c jeune. Ce dernier laissa leux comédies, la Fiera et la Tancia, modèles de Délie langue florentine. L'une, la Taîicia, est en )ctaves, et l'autre, la Fiera, est une interminable
série de scènes en cinq journées de cinq actes chacune. Elles ne survivent que par la lang'ue, car elles sont à peine supportables comme œuvres artistiques.
La tragédie n'eut pas un sort plus brillant que la comédie. D'abord se présente à nous, d'après le temps et le mérite, Giovan Battista Andreini de Venise, auteur de V Adam auquel Milton fit emprunt pour son Paradis perdu; viennent ensuite le sicilien Ortensio Scamacca avec plus de trente tragédies; Carlo de Dottori de Padoue avec un Aristodème et son poème l'Ane. Les autres tragiques du siècle sont Domenico Lazzarini, auteur estimé de sonnets burlesques, Domenico Bartolomei, Carlo Ruggieri, Ansaldo Cebà. Le bolonais Jacopo Martelli (1666-1727), auteur de poèmes lyriques et satiriques, eut une certaine réputation. Il introduisit cette nouveauté d'employer le vers alexandrin à l'exemple de Corneille et de Racine dont il imita les tragédies {Iphigénie en Tauride^ Alceste, etc.). Ce mètre de sept syllabes deux à deux ne s'adapta pas à la tragédie, mais plus tard fut mis en usage dans la comédie, par Goldoni notamment, et le nom de martellien donné à ce genre de vers^ garda la mémoire de celui qui le premier l'employa.
Sans parvenir au niveau atteint au xvi« siècle^, la prose fut supérieure à la poésie. La manière de traiter des choses scientifiques et philosophiques se ' modifiant, il se forma une nouvelle école de prosa teurs de genres variés, sans ornements de rhétorique > ni prétentions académiques. Les lettrés les considèrent comme d'excellents modèles à suivre pour la sobriété et l'élégante précision de leur style, et les logiciens les admirent pour la parfaite application
de la méthode déductive (dont avaient abusé les scolastiques), et tout particulièrement de la méthode inductive. Le chef de la nouvelle méthode, et en même temps le premier des prosateurs de ce siècle est Galileo GalileL
Fils du célèbre musicien Vincenzo et de Giulia Ammannati, il naquit à Pise en 1634. Il approfondit très jeune l'étude de la logique et joignit à cette étude celle, moins sévère, des lettres, de la musique et du dessin. A seize ans il commença à suivre les cours de médecine au Studio de Pise, mais ayant en aversion la docile servilité des péripatéticiens, il se tourna vers l'étude des mathématiques et de Tastronomie. Le premier fruit de celte nouvelle orientation scientifique fut la découverte de la règle constante des alternances du pendule et des mouvements célestes et terrestres, due à l'oscillation d'une lampe dans le Dôme de Pise ! A 19 ans il abandonna tout à fait la médecine que son père voulait lui faire apprendre, et s'adonnant aux sciences exactes, il inventa la balance hydrostatique. A 25 ans il occupa la chaire de mathématiques dans l'Université môme oii il avait étudié. Mais l'envie et l'ignorance ne lui laissant pas de trêve, il répondit alors à l'invitation de la seigneurie de Venise et s'établit à Padoue. Il y resta de lo92 à 1610, y inventa le compas de proportion et le télescope, y écrivit le Sidereus nuncius. En 1611 il revit Florence. De là, se rendant à Rome, il émerveilla les savants et les maîtres par sa doctrine et ses découvertes. Mais ici commence pour le grand homme une longue série de peines. Son opposition ouverte contre l'autorité des écoles, ses doctrines.
ses expériences, avaient non seulement irrité les envieux, mais éveillé mille scrupules dans l'esprit d'une foule de gens dévols et superstitieux, attachés aux anciennes traditions, et ennemis de toute nouveauté. En soutenant la doctrine de Copernic sur le mouvement de la terre il donna beau jeu à ses ennemis qui l'accusaient de contester les vérités de la Bible. Il se rendit à Rome en 1 61 6 pour se défendre près du tribunal de Tlnquisition, lequel condamnant la doctrine de Copernic comme fausse et hérétique, défendit à Galilée delà soutenir. Cependant, croyant les colères apais6es, et espérant que cette interdiction resterait lettre morte, il publia ses Dialogues sur les principaux systèmes^ après avoir obtenu l'approbation ecclésiastique, et feint de discuter abstractivement, et non de soutenir la théorie de Copernic. En 1633, âgé de 70 ans, le grand homme fut contraint de retourner à Rome se mettre à la disposition du Saint Ofiice qui le tint emprisonné et le soumit aux souffrances d'un long et rigoureux procès, sinon à la torture. Mais quelle torture plus cruelle que celle de contester au génie ses plus belles découvertes! Sa doctrine de nouveau déclarée fausse, et lui, obligé d'abjurer la sublime vérité qu'on voulait étouffer, il fut condamné à la détention perpétuelle. Cependant, par l'intervention d'amis puissants, elle se changea bientôt en une paisible relégation, à Sienne d'abord, puis dans sa campagne d'Arcétri oii il passa ses dernières années rendues plus tristes par la cécité, méditant et enseignant^ entouré de ses disciples dont quelques-uns, tels que Viviani et Torricelli, lui prodiguèrent des soins filiaux. Il mourut en 1()42.
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Nombreuses et variées sont les œuvres de Galilée. Le Sidereus iiimtiiis, important surtout pour 1 histoire de la méthode galiléenne, étant écrit en latin n'entre pas dans notre analyse. Il nous reste à dire un mot du Saggiatore^ des Dialoghi dei massimi sistemi, des Dialoghi délie sciense ?iuove et des Lettere. Le Saggialore est la réfutation d'un écrit du Père Orasio Grassi dissimulé sous le pseudonyme de Lotario Sarsi, Les qualités maîtresses de ce chef-d'œuvre galiléen sont, outre une remarquable rigueur de logique, Tordre et la clarté du raisonnement, la propriété et la force du terme et de la phrase, la délicatesse de la saillie, la finesse de l'ironie. Les Dialogues sur les pinncipaux sgsièmes ont pour but de soutenir la doctrine de Copernic sur le mouvement de la terre, contre le système dePtolémée qui faisait de la terre le centre de l'univers. Cet ouvrage souleva des tempêtes et valut à l'auteur bien des amertumes à cause des luttes ardentes engagées autour de cette question, alors si vivement combattue, et qui paraît maintenant évidente aux esprits les plus simples. Les Dialogues sur les sciences nouvelles, écrits par Galilée à Arcétri dans les dernières années de sa vie, et de moins de valeur littéraire, furent d'un grand poids pour les progrès des sciences physiques et mathématiques. Cette œuvre insigne devint comme le fondement de la mécanique moderne. D'autres travaux secondaires de Galilée eurent aussi leur importance pour la science et pour la méthode. Mentionnons spécialement ses Lettres^ beau modèle de style familier et didactique plein de couleur, celle notamment sur la
candore lunare et une autre très élevée sur l'autorité d'Aristole.
A la belle école de Galilée appartiennent Be)iecletto Castelli, bénédictin de Brescia (1576-1644), Bonaventura Cavalieri de Milan (1598-1647), Evangelista Torrice/// (1608-1671), Gian AifonsoBorelli de Naples (1608-1679), Francesco Bedi déjà signalé parmi les meilleurs poètes du siècle, Giando?nenico Cassini (1625-1712), Vincenzo Viviani de Florence (1622-1703J qui écrivit la vie du maître et répandit ses doctrines, Marcello Malpighi de Bologne (1618-1694), Alessandro Marchetti, traducteur de Lucrèce, Vallis?iieri, 3Iarsigli, Bellini et beaucoup d'autres. Rappelons en finissant, Lorenzo Magalotti de Rome (1638-1712), qui se distingua tout à la fois dans les sciences et dans les lettres. S'étant attaché aux élèves de Galilée il fut nommé secrétaire de l'Académie du Cimento fondée par les savants galiléens dans le but de continuer l'école du grand maître. Ses Saggi di naturali esperienze le firent considérer comme un excellent modèle de prose scientifique. Il écrivit aussi des lettres familières, des lettres scientifiques et des nouvelles qui ne valent point ses autres ouvrages.
Les écrits historiques de ce siècle sont loin d'avoir la perfection des écrits scientifiques de l'école de Galilée. Un des premiers historiens que nous rencontrons ^^iEnrico Caterino Davila, de Piove di Sacco, province de Padoue (1576-1631). Bon administrateur et bon soldat il écrivit une excellente Histoire des guerres civiles de France avec des appréciations fines, et une intelligence historique précise, avec méthode et clarté dans l'exposition, mais en une langue
barbare. Vient ensuite le cRvàinal Guido Bentivoglio de Ferrare (1379-1644), nonce apostolique dans les Flandres et en France pendantl4ans, etquisutmettre à profit cette haute situation pour ses divers ouvrages historiques et politiques. Avec de nombreuses lettres familières, des souve?iirs eX des mé??ioires, il laissa l'Histoire de la guerre de Flandre. Témoin des événements et bon juge des hommes, très expert en l'art de gouverner, il pouvait être le véritable historien de cette grande et belle révolution, mais il aima mieux, y trouvant sans doute son intérêt, déguiser ou dissimuler bien des faits, se bornant aies indiquer, et s'étendant longuement en vaines descriptions de batailles et en digressions inopportunes. La langue, choisie et élégante, manque de variété et de couleur, le styleestrecherchéetmaniéré, la période sonore et symétrique. Francesco Capecelatro (lo96- 1610), soldat et homme d'Etat comme Davila, écrivit V Histoire du royaume des deux Sicilesh. partir de la conquête normande jusqu'à Frédéric II, et les Annales de Naples de 1631 à 1640 ; le style et la langue ne se remarquent par aucune qualité, et il garde la tache de s'être fait le soutien de la tyrannie contre le peuple.
Fra Paolo Sarpi et le cardinal S/orca Pallavicino doivent être cités en même temps, tous deux ayant écrit une Histoire du concile de Trente, mais avec des appréciations diflérentes. Sarpi (15o2-1622), frère servant et membre de la Consulte de Venise, esprit droit et fier, fut le digne contemporain de Bruno et de Galilée. Instruit en toute espèce de science, formé à la doctrine de l'observation et du libre examen, héritier de l'idée de Dante et de
Machiavel relativement à l'indépendance delà société civile vis-à-vis de l'Eglise, il soutint avec une indomptable vigueur les droits de la république contre le Pape Paul V, et écrivit l'Histoire du concile de Trente dans un esprit opposé à la politique du Saint Siège. Cet ouvrage se remarque par l'étendue duplan, l'étude attentive et le relief des faits aussi bien que par le sentiment de liberté qui l'enflamme. La forme est naturelle et claire, cependant la langue n'est ni très pure ni très élégante, et l'ardeur delà polémique semble avoir entraîné parfois un peu loin, le hardi frère bergamesque. Toutefois son ouvrage est considéré par quelques-uns, comme l'un des plus estimables monumenis littéraires du xv!!*" siècle. Le cardinal Sforza Pallavicino (1607-1667), auteur d'écrits nombreux et variés où se trouvent si parfaitement alliés les termes choisis et les phrases élégantes, composa une histoire du concile de Trente en réfutation de celle de Sarpi. Mais la langue pure et le style fleuri ne parvinrent point à la rendre supérieure à celle de son rival.
Vient en dernier lieu, par le temps et peutêtre par la valeur historique, le jésuite Daniello Bartoli deFerrare (1608-1685), le premier cependant par les qualités de la forme. Il traita divers sujets de morale, de science, de grammaire. Mais son ouvrage principal est r^/s^o/re c/e /a Compagnie deJésus^ où il relate les choses accomplies par son ordre dans les régions les plus reculées de l'Orient et de l'Occident. Giordani dit qu'il le trouve terribile e unico non seulement parmi les italiens, mais dans le monde tout entier. Sans nous associer à cette excessive admiration nous admettons volontiers que Bartoli
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est un modèle parfait par Tabondance, la propriété, la disposition des mots, la variété des constructions, des transitions, des liaisons, et l'harmonie de la période, l'allure élégante et le relief provenant de l'effet descriptif de l'adjectif qu'il sut toujours choisir et placer à propos.
Parmi les biographes on remarque deux agréables écrivains ilorentins '.Philippo Baldinucci [ïQ'I^-i^^d^) et Carlo Dati (1619-1675). Le premier se révèle très bon juge de l'art dans sa Vie du Bernin et dans ses Notices sur les ?naitres du dessin à partir de Cimabue. Il rectifie et complète Vasari quand il y a lieu, donnant le premier l'exemple Je diviser par écoles l'histoire de l'art. Mais son style est quelque peu prolixe, et la distribution du sujet pas toujours ordonnée. Défauts qu'on ne rencontre pas dans la belle prose des Vies de quatre peintres antiques (Zeuxis, Parrhasius, Apelle, Protogène) de Dati, si clair si élégant, qui compte parmi les meilleurs maîtres de langue et de style dont s'honore notre prose. G. B. 3Ia?isoel P. F. Set^assi écrivirent tous deux une Vie du Tasse. Ces vies ne sont pas sans valeur même après les études les plus récentes.
L'éloquence oratoire ne peut enregistrer que les P/iilippiryues de Tassoni, pleines de patriotisme mais dépourvues de véritable force d'argumentation et assez défectueuses comme style, et les Sermons du Père Paolo Segneri (1624-1694), le plus grand orateur sacré de notre littérature. Il possède en effet toutes les qualités extérieures de la véritable éloquence, langue choisie, variée et vive, période harmonieuse, bien construite, bien arrondie, distribution heureuse du sujet, et heureuse aussi la texture
générale du discours. Cependant il manque des qualités de fond, c'est-à-dire la chaleur et la profondeur du sentiment, la simplicité, la spontanéité, qualités de celui qui se sent pénétré de ce qu'il dit. Mais Segneri avait aussi les défauts de son temps, tout dans la forme, rien dans le fond, plus d'imagination que de pensée, plus de rhétorique que de sentiment.
Il reste à dire un mot des nombreux auteurs de traités dont quelques-uns méritent de n'être point complètement oubliés. Le modénais Raimondo Montecuculli (1608-1680), vaillant condottiere italien au service de l'étranger, laissa des ouvrages fort estimés sur l'artmilitaire, queFoscoIo remit en lumière et en honneurau commencement duxix^ siècle; Agostino Mascardi (1590-1640), un Arte istorica; Sforza Pallavicino un traité sur le Bene et un autre très travaillé, sur le stile, où il réunit de bons préceptes tirés des classiques et de nos meilleurs modèles, les accompagnant de remarques personnelles, peut-être un peu subtiles, mais généralement judicieuses et fines. Dans une petite étude, // diritto e il torto del non sipud^ Bartoli combat le pédant rigorisme des membres de la Crusca qui voulaient immobiliser la langue dans un cercle étroit de formes empruntées à un trop petit nombre d'auteurs. Les règles de rhétorique et de grammaire abondent dans les Progimnasmi (exercices) à' Udeno Nisieli, pseudonyme de Benedetto Fioretti de Pistoie. Dans son Traité sur la langue toscane, Benedetto Buonmattei posa les bases de la linguistique italienne, et Marcantonio Mambelli de Forli (1582-1644), plus connu sous le nom académique de Cinonio, écrivit de très estimables Observations sur la langue italienne.