‹ Histoire de la littérature italienneChapitre 25 sur 45 · Sortes de contes de fées · texte numérisé non relu

Sortes de contes de fées

suivant leur idée et leur manière, contre les usages et les goûts littéraires de l'époque, toute à l'emphase frugoniene. Cette tendance morale et satirique, nous la rencontrons particulièrement chez les fabulistes, nombreux alors, et dont quelques-uns eurent une grande réputation. Citons les Toscans Tommaso Crudeli et Lorenzo Pignotti (1739-1812), Aurelio de' Giorgi Bertola (1753-1798) de Rimini, le Niçois Gia7i Carlo Passero?ii (1713-1803), auteur d'un long poème mi narratif, mi satirique, intitulé Vita di Cicei^one ; Giambatista Casti (1721-1803), poète impérial à la Cour de Vienne, auteur de nouvelles licencieuses, et de satires politiques sous forme d'apologues. Une idée morale plus apparente et plus forte se révèle dans les fables et dans toute l'œuvre de Gaspare Gozzi de Venise (1713-1786), frère de Carlo Gozzi, l'adversaire irréductible de la réforme théâtrale de Goldoni.

Lorsque Bettinelli eut publié ses fameuses lettres virgiliennes oij il malmenait, entre tant d'autres poètes, Dante AHghieri, Gozzi, doué d'un goût pur et d'un jugement sain, se révolta contre dételles sentences et les réfuta dans sa spirituelle défense de Dante. [Jugement des anciens poètes sur la moderne censure de Dante attribuée à tort à Virgile. Venise, 1788.) 11 combattit aussi et ridiculisa les mœurs amollies, les exagérations et les puérilités littéraires de son temps dans des sermoni où, l'un des premiers, il donna l'exemple d'un vers libre, ni trop sonore ni trop lâche, mais rapide, coupé, de belle allure, et parfaitement approprié au ton de la satire, fine et enjouée, légèrement ironique ou puissamment dramatique. Dans le Mondo morale

Gozzi se propose surtout de redresser les coutumes sociales, mais cette œuvre, excellente par la pureté élégante de la langue et du style, est trop pleine d'allégories et de lig'ures pour avoir un effet salutaire sur l'esprit du lecteur. VOsservatore, ouvrage le plus important de Gozzi, est l'ensemble des feuilles qu'il publiait deux fois la semaine, pendant les années 1761 etl762. Ce recueil , estimé à juste titre, est donné comme modèle pour l'aisance naturelle et la limpidité du style, pour l'abondance de la langue, sans empbase et sans rbétorique, châtiée et sans pédanterie. Mais la sévérité déliante des lois, l'empêcha souvent d'user de la dent de la satire contre les mœurs et les formes de la vie sociale qu'il eût été plus nécessaire de mordre. La prose de Gozzi se marque ainsi d'un caractère trop général de moralité. Les vices du temps n'y sont pas représentés en action, ni montrés dans leur turpitude, ni directement flétris, mais toujours dans des généralités, au moyen de songes, de contes, d'allégories fantastiques et mythologiques repêchées dans d'anciens auteurs comme Lucrèce et Plutarque. Ces feuilles constituent une lecture instructive et agréable pour la jeunesse, mais ne parviennent pas néanmoins à éveiller un réel intérêt chez le lecteur qui cherche un reflet de la vie de l'époque, pas plus qu'elles ne parvinrent à modifier les mœurs, but auquel elles tendaient.

Plus efficace, en ce qui touche le goût littéraire, fut l'œuvre du Piémontais Giuseppe Dareiti (1716- 1789), esprit étrange, moins équilibré et moins sain que Gozzi, mais plus libre et plus énergique. Il laissa bon nombre de lettres familières fort estimées, notamment en matière descriptive. Sa réputa-

tion est due surtout à Id^Frusta letieraria, publication périodique dans laquelle, sous le nom d'Aristarco Scannabue, il s'éleva spécialement contre la boursouflure, la préciosité et les mièvreries pastorales de beaucoup de poètes du temps. Comme prosateur il a plus de vivacité que Gozzi mais moins de limpidité et de calme ; il est plus hardi mais moins égal et mesuré. Tl combattit Goldoni et reprocha presque à Parini de n'avoir pas écrit le Giorno en ottava rima. Toutefois, malgré ses bizarreries et ses exagérations, Baretti a le mérite d'avoir contribué à détruire Terreur qui dominait encore dans la société et dans l'art, en l'attaquant impitoyablement par de violents sarcasmes et de piquantes railleries, et en la couvrant de mépris et de ridicule.

Giuseppe Parini naquit à Bosisio, petit village sur le lac de Pusiano en Brianza (Lombardie), le 23 mai 1729. Son père Francesco Maria, marchand ou filateur de soies, après lui avoir fait faire ses premières études chez le curé de son village, l'amena en 1738 à Milan, lui fit prendre l'habit religieux et l'inscrivit aux écoles barnabites de Saint-Alexandre. L'enfant y fit les études que l'on enseigne d'ordinaire dansles séminaires : latin, grec, rhétorique, mathématiques, logique, physique, droit canon et théologie. A seize ans, par suite du manque de ressources de sa famille, le jeune abbé Parini instruisait déjà les neveux du chanoine Agudio auquel plus tard, dans une page touchante, il demanda un prêt de dix sequins. En 1752, âgé de 23 ans, il publia un petit volume de vers sous le nom pastoral de Ripano Eupilino, oij il ne s'élève pas, à la vérité, très au-

dessus des rimeurs arcadiens qui étaient légion à cette époque en Italie, particulièrement dans le clergé. Néanmoins le jeune poète se fit une certaine réputation et se vit ouvrir les portes de ditierentes académies. La colonie lombarde de TArcadie l'admit sous le nom de Darisbo Elidonio. C'est ainsi qu'il signa peu après un nouveau recueil de vers dont une ode sur la libertà campestra, la première dans les éditions des odes pariniennes, avec ce titre plus général mais moins exact, de Vita rustica. Ayant persévéré dans le sacerdoce, il entra en 1754 comme professeur dans la famille Serbelloni oii il eut toute facilité de se livrer à l'étude assidue des classiques grecs, latins et italiens, en particulier Virgile et Horace, Dante, Pétrarque et l'Arioste. 11 put en conséquence témoigner de la sûreté de son goût lorsqu'il se prononça contre le Père Bandiera, et blâma son inqualitiable remaniement des Sermons de Segneri. Sa dispute avec le Père Branda fut plus vive et pas exclusivement littéraire, bien que provenant de deux dialogues sur la langue toscane dans lesquels le Père s'était prononcé violemment contre les mœurs, les Iiommes, les sites et toutes choses de Lombardie,

En 1763 il publia le Mattino, en 1765 le Mezzo giorno qui ne fit que le grandir dans l'estime générale, si bien qu'en 1766 on lui ofirit une chaire à Parme. En 1769 il obtint celle d'éloquence, à Milan aux écoles palatines, l'échangea ensuite pour celle des principes généraux sur les beaux-arts à l'Académie de Brera. Lorsque les victoires de la France républicaine eurent enlevé la Lombardie à l'Autriche, Parini fut appelé à la municipalité. Mais déjà atteint

de douleurs de jambes et d'une maladie d'yeux, il subit en 1799 l'opération de la cataracte. Ses infirmités s'aggravant et ses gambestrambe ^ lui refusant tout mouvement, il mourut quelques mois après, le 15 août, dans sa 70" année. Parini fut un homme de mœurs austères et de vie sans tache. Il eut d'éminents amis et resta, dans Tesprit de ceux qui lui survécurent, l'objet d'un véritable culte. On a dit d'une part, que sa vie se passa en une gêne constante, de l'autre qu'elle fut aisée. La vérité c'est que souvent il se trouva dans une grande pénurie sans que ce fût la condition normale de son existence, car il fit plusieurs héritages et reçut d'honorables allocations sur le Trésor public. Les 11.000 livres milanaises constituant le fonds laissé à sa mort, ne font pas conclure non plus à une large aisance.

Sans parler de ses leçons sur les principes des belles-lettres appliquées aux arts^ où l'on trouve de belles pensées enveloppées de vieux préjugés et exprimées en une prose trop souvent dépourvue de force, de couleur et d'agrément, les principales œuvres de Parini sont le Giorno et les Odi. Dans le Giorno, remarquable poème satirique en vers libres, il imagine qu'il instruit un jeune seigneur dans les occupations frivoles et les affaires qui remplissent son inutile journée, en raillant, et en en montrant tout le ridicule. Les sots caprices de la mode, les habitudes molles, la perversion cachée derrière le faste, l'ignorance, le luxe, l'oisiveté improductive, le vide des cœurs et des esprits, la légèreté inconsciente des mœurs patriciennes, sont admirablement

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