Contournées
représentés et raillés, avec une ironie fine, continue, qui sous une sorte d'enseignement et de louange, flagelle et marque d'une ineffaçable empreinte de ridicule, l'élève de l'inexorable précepteur.
Giovin Signore, o a te scendaper limgo Di magnanimi lombi ordine il sangue Purissimo céleste ; o in te del sangue Emendino il difetto 1 compri onori E le acquistate in terra o in mar ricliezze Dal genitor frugale in pochi lustri ; Me precettor d'amabil rito ascolta'.
Et il lui fait alors la description de sa journée. Commencée à midi, heure de son réveil, elle finit au chant du « coq qui lui ferme les yeux, alors que d'ordinaire, il les ouvre à d'autres ».
Le poème se partage en quatre parties : MatiinOy Meriggio, Vespro, et Natte. Cette description détaillée des mille puérilités et petits riens que les seigneurs prenaient au sérieux et que Parini s'efforce de ridiculiser avec une affectation voulue de gravité, a été jugée par certains critiques comme trop uniforme et monotone. Cela tient à la fiction du poète. En l'imaginant comme un enseignement ironique donné au jeune homme, il s'ùte le moyen de varier le ton et la couleur de l'œuvre. Bien qu'il s'essaye à inventer d'agréables épisodes, qu'il frappe et ciselle artistiquement de belles et claires figures, qu'il revête toutes les pensées, représente
1. Jeune seigneur, bien que ton sang par une noble lignée coule très pur en tes veines ; ou toi, pour qui les honneurs achetés et la fortune acquise en peu d'années, sur terre et sur mer, par un père économe, corrigent le défaut d'un noble sang, néanmoins écoute moi, qui suis le précepteur de toute règle aimable.
toutes les circonstances de manière élégante, qu'il trouve des expressions justes et des formes neuves pour les idées les plus ordinaires, qu'il tire parti de tous les arlifices de l'art poétique et de la versification, de tous les aspects du sentiment, des souvenirs de l'histoire et des inventions de la mythologie, son poème, quoiqueparfaitcomme travail de style, agréa- Lie aussi dans les deux premières parties surtout, est monotone dans l'ensemble, comme le juge avec raison de Sanctis, Ce défaut, nous l'avons dit, qui provient de l'idée fondamentale par laquelle l'auteur encercle le poème, et du sujet réduit à certaines formes passagères et insignifiantes d'une seule classe sociale en un temps donné, en a restreint le fond, et empêche le Giorno de Parini d'être complètement admiré. Il ne faudrait pas conclure de là qu'il se recommande moins à nos louanges et à notre étude. Dans l'histoire de la littérature nationale le nom de Parini restera glorieux et cher. Car rapetissée en des puérilités, Parini, avec le Giorno la rappela à un noble but social, amoindrie en des formes douceâtres, ou gonflée en des formes emphatiques, Parini avec le Giorno la ramena à la précision dantesque, à la limpidité de l'Arioste, à la dignité, à la mesure artistique.
Comme dans le Giorno, la même idée esthétique et morale se trouve dans les Odes^ en faisant la part de la différence des genres : satirique dans l'un, lyrique dans l'autre. Et comme dans le poème, oiî la satire tue l'action et engendre la monotonie, souvent dans les Odes le but moral affaiblit l'ardeur lyrique, et les nobles enseignements décolorent l'image poétique. Ainsi dans YEducazione, qu'elle est belle cette
image de l'enfant guéri, et belle aussi celle d'Achille porté par Chiron
Scorrea con giovanile Man pel selvoso mento Delprecettor gentile... '
et qu'il est beau l'encouragement de Thélis sa mère, au savant précepteur :
ïal cantava il Centauro :
Baci il gioviii gli offriva Con ghirlande cli lauro, E Tetide, che udiva, Alla fei^a divina Plaudia da la marina-.... ;
Peut-être est-elle moins parfaite au point de vue artistique cette série de pieux mais froids préceptes qui rappellent certaines strophes proverbiales de Jacopone de Todi :
— Altri le altère cune Lascia. o garzon, che pregi :
Le superbe fortune Del vile anche son fregi; Chi delta gloria è vago Sol di virtù sia pago.
Onora, o figlio, il nume Che dair alto ti guarda :
Ma solo a lui non fume Incenso o vittim' arda ; É d'uopo, Achille, alzare Noir aima il primo altarc.
1, De sa main d'enfant il caressait le menton harbu de laimable précepteur...
2. Ainsi disait le Centaure : Avec ses baisers, l'enfant lui offrait des guirlandes de laurier, et Thétis, qui entendait, applaudissait de la mer le monstre divin.
Perché si pronti affetti Nel coi'e il ciel ti pose?
Questi a ragion commetti E tu vedrai gran cose :
Quindi Talta rettrice Somma virtude elice ^
Le ton lyrique est plus chaud dans // dono où le poète trouve de belles pensées et des images neuves pour masquer la banalité du sujet, simple remerciement à la comtesse Paola Casliglioni qui lui avait envoyé les tragédies d'Alfîeri. Le Messaggio ou AU' i?iclita Nice, se distingue par l'étrange puissance de sentiment aussi bien que par Fart vigoureux et chaud du vers. Très belle aussi La Caduia ou NeW inverno del 1795, qui reflète une conscience forte de citoyen et de poète ; et remarquable // Bisogno par une chaleureuse profession de doctrines humanitaires; magnifique par la limpidité et l'harmonie horatienne, l'ode saphique Alla 3Iusa. J'oserais même dire qu'il n'en est pas dans notre langue dé plus vraiment horatienne, car elle rend non seulement la manière d'Horace dans l'ordre des idées, dans le tour et l'harmonie des strophes, mais aussi dans la disposition de l'image et de la phrase, dans ce sentiment vif de la nature, dans cet équilibre d'une vertu austère et d'une sorte d'heureux épicuréisme, et
1. Laisse, ô enfant, apprécier par d'autres une noble naissance. — La fortune orgueilleuse est souvent la parure de l'homme vil. — Que celui qui désire la gloire sache se contenter de vertu — Honore, enfant, le dieu qui d'en haut te regarde. — Pour lui ne doit pas seulement fumer l'encens ou brûler la victime. — C'est
dans l'âme, Achille, qu'il faut élever le premier autel
Pourquoi le ciel met il en ton cœur des sentiments si ardents ? Soumets-les à ta raison et tu verras de grands effets. C'est de là que cette grande directrice obtient toute sa force.
enfin, ce qui est mieux, dans ce sens tempéré et calme du juste milieu, du ne rjuid nimis, qui constitue le fond de la morale et de l'art du poète de Venouse. Si l'on ajoute aux odes que nous venons de citer, la 3Iusica, VInnesto del vaiuol (la vaccination), Tode A silvia, on aura les meilleures œuvres de Parini.
Ayant beaucoup étudié les classiques, il leur emprunta des morceaux et des images pour ses odes, puisant spécialement chez les poètes qui aimèrent comme lui à moraliser en versifiant, tels Horace chez les Latins, Chiabrera et Testi chez les Italiens. En ce temps oià la poésie était toute à la sonorité frugonienne ou à la légèreté et à Taisance métastasienne, Parini se propose de combattre le défaut commun, aussi bien par son poème que par ses odes, mais il se laissa fréquemment entraîner au défaut opposé en contournant les périodes par de trop dures inversions. Il suffît de rappeler ces premiers vers du Dono :
Queste che il fero Allobrogo
Note piene d'afTanni
Incise col terrible
Odiator de' tiranni
Puguale, onde Melpomene
Lui tra gl' Itali spirti unico urmô... '
Vivant dans cette période de transition oij les éléments de la vie sociale et de l'art ancien étaient encore en lutte avec ceux de la vie nouvelle et de l'art nouveau, Parini céda quelquefois à ce goût cor-
1. Ces vers pleins de passion tragique que le fier Allobroge urava avec le terrible poignard ennemi des tyrans, dont Melpomène l'arma seul, entre les Italiens.
â26 HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE ITALIENNE
rompu, en poétisant des sujets frivoles ou licencieux, gâtant même ses meilleures compositions par de vieilles et ridicules redites mythologiques, comme dans le Messaggio, par exemple, oti de la hauteur d'une représentation poétique vive et chaude, il tombe en de grossiers concetti.
Au milieu des superbes strophes Alla JSlusa on trouve cette extraordinaire construction :
lo di mia man per l'ombra e per la lieve Aura de' lauri l'avviai ver l'acque
Che al par di neve Blanche le spume scaturir dall'alto Fece Aganippe il bel destrier che ha l'aie ; Onde chi beve io fra i celesti esalto
E fo immortale ^ .
Mais chacun sait que certains défauts des auteurs sont la conséquence inévitable du milieu dans lequel ils vivent, pensent et composent. Et s'il est vrai que les grands penseurs et les grands poètes devancent leur temps, il ne faut pas oublier d'autre part qu'ils sont forcément liés à lui et ne peuvent se soustraire entièrement à ses coutumes. En remettant donc à la mauvaise influence d'un siècle insuffisamment mûr, ce qu'avec une recherche subtile, on peut découvrir et condamner dans l'œuvre poétique de l'abbé Parini, à lui revient le grand mérite d'avoir rajeuni dans notre art la tradition classique, d'avoir éleyé la poésie, par la beauté des idées et de la forme, à un niveau que Chiabrera n'avait point atteint, d'avoir
1. De ma main à travers l'air léger des lauriers ombreux, je le dirigeai vers les eaux à l'écume de neige que le beau coursier ailé fit jaillir d'Aganippe. Car j'inspire celui qui s'abreuve à cette source et le rends immortel parmi les dieux.
élargi, purifié, ravivé le style poélique, d'avoir tempéré l'excessive fluidité où, en Arcadie, on diluait les vers lyriques, et d'avoir en même temps donné aux strophes un mouvement nouveau plus énergique et pins noble; d'avoir été enfin le premier et véritable initiateur de celte magnanimo poésie nationale qui prépara et accompagna le relt'vement de la nation.
Nous avons ditque Parini avaitété le premier initiateur de la nouvelle poésie nationale. Il faut entendre premier par le temps, mais non par la puissance et l'importance. Après Dante, notre grand poète national est Vittorio Alfieri.
On a les détails de sa singulière existence dans la biographie qu'il laissa de lui, et qui est d'une lecture des plus curieuses et des plus instructives.
Né à Asti, du comte Antonio et de Monique Maillard de Tournon, il perdit son père dès l'âge d'un an, et passa sous la tutelle de son oncle Pellegrino Alfieri, gouverneur de Coni. A neuf ans il entra au collège noble de Turin, y fit de médiocres progrès à cause de son caractère altier et réfractairc à toute discipline. Perdant aussi son tuteur en 176S Alfieri, maître de ses actes, quitta le collège sans emporter d'autre fruit qu'un amer dégoût pour les études pédantesques et infécondes qu'il lui avait fallu suivre. Il se mit alors à voyager, séjourna en France, visita la Hollande, l'Angleterre, le Danemark, la Suisse, la Russie, l'Allemagne, l'Espagne et le Portugal, toujours mêlé aux plus étranges aventures, toujours cédant aux aveugles caprices de son caractère tourmenté, ardent et violent. Revenu enfin à Turin en 1572 et engagé dans les liens d'une passion que
lui-même jugeait déshonorante, mais dont il ne savait s'affranchir, il prit le parti héroïque de s'enfermer chez lui, rasant ses cheveux pour s'enlever toute possibilité de rompre sa volontaire et sévère claustration. C'est dans ces conditions que le jeune et noble libertin fit place au grand citoyen et au poète. En 1774, soignant dans sa maladie celle qu'il appelait son odiosamata (haïe et aimée), il ébaucha quelques scènes d'une tragédie {Cléopatre) dont il conçut l'idée en se voyant, quant à sa passion, dans la situation d'Antoine. Ce premier ouvrage fut représenté à Turin en 1775 avec un succès flatteur. Mais ayant fait son examen intellectuel, il s'aperçut qu'il lui manquait le principal instrument de l'écrivain, la langue. Pendant ces longs voyages, il avait beaucoup lu, et ces lectures sans règle eurent cependant pour premier et salutaire effet d'émouvoir son esprit généreux et inflammable. «Pour moi, écrit-il dans l'histoire de sa vie, le livre des livres fut Plutarque, et dans les Vies de ces vrais grands hommes, il en est quelques-unes, comme celles de ïimoléon. César, Brutus Pélopidas, Caton et autres, que j'ai relues jusqu'à quatre et cinq fois, avec de tels transports de cris, de larmes, de rage même, que celui qui eût pu m'entendre d'une pièce voisine, m'eût pris pour un fou. A certains beaux traits de ces grands hommes, souvent je bondissais, ému, hors de moi. Des larmes de douleur et de rage jaillissaient de mes yeux, en me voyant en Piémont, né à une époque et sous des régimes où rien de noble ne pouvait se faire ou se dire, où même il était vain de sentir et de penser. » Toutefois il sut réprimer ses enthousiasmes et maîtriser son
impatience en se soumettant à des études de langue plus froides et plus sévères, pour apprendre à sa source pure, celle qui s'établit en Toscane. A ce moment il s'éprit de la comtesse Albany devenue veuve peu après, du dernier des Stuart. Dès lors son amour, ses voyages et ses études occupèrent sa vie. Regrettant de ne pouvoir goûter dans le texte original les beautés des poètes grecs^, il se livra à l'étude de la langue grecque à l'âge de 46 ans, et réussit à l'apprendre parfaitement, tant était grande sa force de volonté. Dans sa satisfaction d'être parvenu à comprendre aisément et sûrement Pindare^ Sophocle et autres Grecs, il imagina un ordre chevaleresque littéraire l'attribuant à Homère avec ces mots :
Forse inventava Alfieri un ordin vero Nel farsi ei stesso cavalier d'Omero ' .
Dans le même temps éclatait la révolution française qu'il exécra et flétrit. L'art et la gloire n'atténuèrent pas l'indomptable fierté de son esprit, tout entier aux idées généreuses de régénération nationale, de liberté et de grandeur.
Ces idées inspirèrent tous les actes de sa vie et animèrent d'un feu sacré et incessant, tous ses écrits. A l'exception des versions de Térence, de Salluste, de Virgile, travaux de simple exercice en quelque sorte, tous renferment une belle et noble idée patriotique. Méprisant les coutumes amollies et les préjugés sociaux du siècle, il les flétrit cruellement en d'énergique satires; et contre la déma-
1. En se faisant lui-même chevalier d'Homère, AlQeri créait peut-être un ordre réel.
gogie qui triomphait bruyamment en France et exerçait son influence en Italie sur la vie et sur les esprits, il lança les sanglantes épigrammesdu Misogallo. Sa haine de l'oppression politique s'exhale dans ses traités de tour classique, deila Tirannide, Del Principe e délie lettere, oh il démontre que la faveur des princes n'est pas profitable mais préjudiciable aux esprits. Toujours mu par l'amour de la liberté il chante dans VEtînana ve?idicalaf le meurtre du tyran Alexandre de Médicis, et dans ses poésies lyriques il imprime la marque vigoureuse de son caractère et de son esprit. Mort à Florence le 8 octobre 1803, il fut déposé à Santa Croce, temple des gloires italiennes, oii Canova à la demande de la comtesse d'Albany, sculpta un monument digne de ses mérites.
Les œuvres secondaires d'AlQeri, cependant de grande importance pour l'histoire sociale et nationale italienne de ce siècle, n'eussent pas suffi seules à donner au fier Allobroge la gloire d'être classé parmi les hommes les plus éminents de l'Italie de tous les temps, mais il fut le créateur de la tragédie nationale.
Nous avons vu comment, au xvi^ siècle, les tragiques prirent plus particulièrement exemple sur Sénèque, ne se faisant pas faute de représenter des scènes cruelles et barbares. Le xvii®, temps où riianquait l'esprit national et le sentiment de l'art, était encore moins capable de produire des chefs-d'œuvre tragiques. Au commencement du xviii°, Scipione Maffei prépara une réforme salutaire en rendant l'action plus régulière, en supprimant les cruautés et les obscénités, en donnant plus de mouvement aux per-
sonnages et plus de relief aux caractères, ha. Mérope, représentée pour la première fois à Modène en 1713, fit grand bruit. On y vit une promesse, mais ce ne fut qu'une promesse, et ni Filippo Rosa Morando, ni Alessando Carli, ni Girolamo Pompei, ni Alfonso Varano, ni Giovanni Pindemonte, qui essayèrent du genre tragique d'après les idées de Maffei, ne la réalisèrent, et l'abbé Antonio Conti de Padoue, à l'esprit si divers, n'eut pas beaucoup plus de succès. En se faisant auteur tragique, avec Shakespeare comme modèle, il se proposait de combattre l'influence du théâtre français, très grande alors par les succès récents de Racine et de Corneille.
Ainsi^ lorsque Alfieri conçut la noble idée de sa tragédie, tout était encore à faire : choix libre du sujet, vigueur de l'intrigue et de l'action, force intime de la passion, énergie du caractère, naturel du dialogue, simplicité et rapidité des scènes, puissance du vers. Et Alfieri fit tout cela. D'ailleurs, que l'on remarque combien il fut loin encore de tel ou tel idéal de complète perfection, que l'on condamne dans son œuvre ce subjectivisme excessif par lequel beaucoup de ses compositions semblent se marquer de ses passions ardentes et être comme autant de cadres où se détache sa puissante personnalité; que ses héros se ressemblent trop et paraissent tous agités des sentiments qui bouillonnaient en lui; que l'on critique même la sécheresse de l'expression et la dureté du vers (en admettant toutefois que celte dureté était en partie voulue pour secouer et exciter les esprits habitués aux douceurs métastasiennes dont il avait horreur, et que celte sécheresse était voulue aussi et nécessaire, pour réagir contre
le vieil usage conventionnel des confidents loquaces et des longs récits), ce qui fait le grand et le glorieux mérite de la tragédie alfiérienne, c'est qu'en elle commence à vibrer la conscience nationale, c'est que par elle les esprits assoupis, les cœurs avilis furent réveillés comme par une voix puissante, et comprirent le sentiment de la dignité humaine, de la liberté et de l'indépendance nationale,
La colère qui enflammait le poète en voyant tant de lâchetés autour de lui et en sentant partout la bride plus étroitement serrée, animait aussi ses personnages. Elle vivait en action sur la scène, et de la scène se communiquait aux auditeurs et aux lecteurs. Et c'est ainsi que les Italiens se trouvèrent rappelés peu à peu au sentiment d'eux-mêmes, à l'idée de la patrie, au désir de la liberté. Quelle poésie plus noble, plus grande, plus nationale que celle-là?... Nationale elle ne le fut pas en réalité pour certains esprits étroits et faux à qui beaucoup des tragédies d'Alfieri ne semblaient pas nationales par le sujet, la plupart étant tirées des classiques, [Polynice, A7itigo7iey Agamemnon^ Oreste, Mérope, Timoléon, Myrrha , Agis , Alceste, Bruius /<"", Drutus II, Octave, Virgi?iie), quelques-unes prises de sujets plus modernes, (Philippe II, 3IarieStiiart,) une tirée d'un sujet religieux, (Saûl). Deuxseulementsont italiennes (La Conjw^ation des Passiet I)o7i Garzia). Mais qui ne comprend que le fait historique ou légendaire ne donne àl'œuvre que le sujet apparent, et ne suffit pas seul à en former le caractère et la valeur? L'Italie délivrée des Goths du Trissin, serait-elle pour nous un poème plus national que le Roland et la Jérusalem, dont les sources historiques sontpresque toutes dans les chro-
niques et les légendes françaises? Et Milton, Byron, Shakespeare, Goethe et Schiller ne seraient-ils pas des poètes nationaux parce que leurs chefs-d'œuvre répètent, en tout ou en partie, des sujets d'histoire ou des traditions non nationales ? Mais national est l'esprit qui anime la matière, nationale la marque dont le génie l'imprime. N'est-il pas naturel que celui qui se sentait ému aux larmes en lisant ce qui concernait les héros de Plutarque, ait cherché chez eux des faits tragiques ? N'est-il pas naturel qu'un liomme si ardemment épris de liberté individuelle et sociale, ait emprunté pour ses tragédies, des sujets à ces peuples chez qui la vie fut plus belle et plus libre, et la vengeance contre les tyrans plus fréquente et plus généreuse? Qui ne sait d'autre part, qu'après la Renaissance l'esprit de la vie antique et toutes les formes de l'art classique, avaient pénétré dans l'esprit italien de manière à être avec lui parfaitement fondus et assimilés ? Et, sous le rapport de l'art, le monde classique ne s'était-il pas transféré dans le monde italien moderne de manière à l'imprégner tout entier, et à le modeler à son image? L'art national est celui qui, dans l'idée et dans la forme, reflète l'esprit de la nation, celui où s'affirme, vivace, le sentiment de la patrie, oii sont mises en lumière les pensées élevées, et d'oii sortent les éléments du perfectionnementmoral, intellectuel et social d'une nation. A ce point de vue les tragédies d'Alfieri sont, après la Divine Comédie, l'œuvre d'art la plus vraiment nationale dont se glorifie l'Italie. Et à celui qui leur reproche de ne refléter que le monde subjectif du poète, il sera répondu que dans l'esprit du poète, vibrait cette fois l'esprit de la nation.
Les saines idées réformatrices qui inspirèrent la critique de Gozzi, de Baretti, et l'art de Parini, détournèrent les esprits des fades harmonies de l'Arcadie, en les portant à l'étude et à l'imitation des classiques grecs et latins et de Dante. Alfonso Vara?io de Gamerino (1705-1788), dans ses Visioni, chercha à imiter le style concis, ferme et sculptural de la Divine Comédie, et son œuvre bien qu'imparfaite eut alors une grande renommée par la nouveauté de l'essai.
Giuliano Cassia?ii {i'li2-illS), Onofrio Mi?izo7ii (173S-1817) et P/'ospero 3Ia?iara, dans des sonnets descriptifs, visèrent à la puissance de coloris de la représentation dantesque, pendant qu'une pléiade de poètes toscans, émiliens et lombards, s'efforçaient de rappeler la lyrique aux traditions classiques, Lodovico Savioii de Bologne (1729-1804), de la lecture d'Ovide sut tirer de chaudes et limpides petites strophes, les Amori, composées de vers sdruccioli ^ et piani alternés, dont le rythme rend assez bien le mètre élégiaqiie latin, rythme qui plut à tous les poètes de cette époque et de l'époque suivante. Luigi Ceretti de Modène (1738-1808), s'intitula lui-même un nouveau Tibulle; Angelo Mazza de Parme (1741-1817), etAgostifio Pat^adisi àe Reggio, (1736-1783) furent considérés en leur temps comme de véritables émules des grecs. Giovaniii Fantoni, de Fivizzano, plus connu sous le nom arcadien de Labindo (1755-1807), fut proclamé l'Horace nouveau, pour son habile et fidèleimitation du poète de Venouse.
1. Dont l'accent tonique tombe sur la voyelle précédant l'avantdernière syllabe, et dont les deux dernières syllabes sont brèves.
Il y a en effet quelque chose du Spiritum Gram tenuem Camenœ de l'ami de Mécène, dans ces vers saphiques :
Pende la notte : i cavi bronzi io sento L'ora che fugge replicarsonanti :
Scossa la porta stride agli incostanti
Buffi del vento.
Lico, risveglia il lento foco, accresci L'arida legna, di sanguigna cera Spoglia suU'orlo una bottiglia e mesci
Cipro 0 Madera Chiama la bella occhi-pietosa Joie Dal roseo labi'o, dalle chiome blonde, Simili al raggio del cadente Sole
Tinto nell'onde.
Recami l'arpa del convito : intanto Che Joie attendo, agitero vivace L'argule fila, méditante un canto
Sacro alla pace '.
Jacopo Vittorelli de Bassano (1749-1835) a été proclamé l'Anacréon italien. Ses canzonette ad Irene^ pendant un temps très populaires, sont en effet très gracieuses par la délicatesse du sentiment et de la nuance, par la limpidité de la phrase, la fluidité harmonieuse du vers et le hel accord de la composition. En voici un exemple :
Ecco di Gnido il tempio :
Vieni, t'accosta ali'ara;
1. La nuit tombe ; J'entends les cloches sonner de leurs coups répétés, l'heure qui fuit. La porte secouée crie sous les poussées capricieuses du vent. Lycus, ranime le feu languissant, active le bois desséché, détache du bord de la bouteille la cire rouge, et verse le Chypre ou le Madère. Appelle la belle lole aux yeux doux, .H la lèvre rouge, aux cheveux blonds semblables aux rayons du soleil couchant reflété dans les eaux. Apporte la harpe du banquet, et tandis que j attends lole, je ferai vibrer les cordes mélodieuses en méditant un chant sacré â la paix.
Un' incertezza amara È peggio del morir.
Tu che si spesso dici Gran fedeltà serbarmi Giura su questi marmi, Giura di non mentir.
Ma guarda ben che il loco Ai giuramenti è sacro ; Che questo è il simulacro D'un nume punitor.
Ah! guarda che se il core Al labbro non risponde, L'aria, la terra e l'onde Vendicheranuo amor. ^
Ces poètes secondaires sont les meilleurs ou du moins les plus réputés de celte période. Parmi les autres, de genres et de mérites divers, citons Carlo Castone délia lorredi Rezsonico {ili2-i'll.Q)] Clémente Bondi, Tommaso Crudeli et Aurelio de' Giorgi Bertolà, déjà classés parmi les fabulistes ; Luigi Lamberti (1759-1813) savant helléniste, et Francesco Cassoli de Reggio ; Giovanni Paradlsi (1760-1826) ; Girolamo Pompei de Vérone (1731-1788), traducteur de Plutarque, qui aima la poésie idyllique et pastorale, et Lorenzo Blascheroni de Bergame qui, dans son remarquable Invito a Lesbia, unit en une belle harmonie l'art et la science. Au milieu de tous ces poètes, et procédant un peu de chacun, domine Vincenso Monti.
1. De Gnide voici le temple. Viens, approche-toi de l'autel. Le doute cruel est pire que la mort. Toi, qui toujours me promis un amour fidèle, jure sur ces autels, jure de ne pas mentir, et pense que ce lieu est sacré pour les serments. Qu'ici est la statue d'un Dieu vengeur. Ah ! pense que si le cœur à la lèvre ne répond, l'air, la terre et l'oude vengeront l'amour.
Monti, d'origine modeste, naquit à Alfonsine près de Fusignano en Romagne, le 19 février 1754. Il fit ses premières classes à Fusignano, passa de là au séminaire de Faenza, puis à l'Université de Ferrare où il ne tarda pas à être remarqué pour son iiabileté dans la poésie latine et la poésie italienne. Il fut l'élève de Minzoni et de Yarano. Sa V^isioiie cVEzechiello publiée en 1776, est une imitation des Visioni de Varano. A Rome en 1788, et protégé par le cardinal-légat Scipione Borghèse, il se distingua sans peine dans les joutes poétiques qui se tenaient dans les principaux salons, et au siège même de l'Arcadie. Au mariage du prince Braschi, neveu de Pie VI, célébré à cette académie, Monti y déclama son beau chant, sorte d'épilhalame, intitulé : La Bellezza delV Universo. La tluidilé et l'harmonie du vers, la beauté des images, la puissance descriptive de cette composition mirent du premier coup Monti au-dessus des poètes qui se pressaient nombreux sous les ombrages du jardin des Muses, le Bosco Parrasio, qui sous la poussée d'une sève nouvelle, ilorissait sur le Palatin. Et de ce premier triomphe il tira tout de suite un heureux avantage, car il fut admis en qualité de secrétaire chez le prince Braschi. Il remplit cette charge jusqu'en 1797, lorsque déjà célèbre et en butte à l'envie, il quitta Rome oii il était arrivé dix-neuf ans auparavant plein de courage et d'espoir, à la recherche d'un avenir. Il y composa beaucoup de ses meilleures poésies, Ht rti^résenier Aristodème, termina Galeotto Manfredi, conçut le plan du Caïus Gracchus, commença la J/«<50^o?im, jamais terminée, et travailla les tercets du poème, considéré généralement comme
son chef-d'œuvre, la Bassvilliana. Un secrétaire de la République française Hugues Bassville, ayant été assassiné à Rome par le peuple en délire, Monti se trouva dit-on, mêlé à l'affaire. Toujours est-il que soupçonné d'adhérer aux idées libérales, un orage s'amoncela sur la tète du poète qui ne s'en méfia point, aimant par nature la tranquillité, la vie de famille (il avait épousé en 1784 Thérèse Pikler) et le confort domestique. Cependant voulant montrer son antipathie pour les idées nouvelles et son attachement sincère à Tordre de choses étabh, il composa un chant sur la mort de Bassville, oii il imagine l'âme du supplicié, condamnée pour son rachat ptir la justice divine, à voir toutes les horreurs de la révolution. Malgré cette belle profession de fidélité, les soupçons du gouvernement pontifical pesèrent toujours sur lui. Et comme au fond du cœur, il brûlait toujours du désir de voir sa patrie revenir à des institutions plus libérales, il ne parvenait pas à étouffer, ni même à cacher ses sentiments de liberté, sentiments qui l'enflammaient d'autant plus qu'ils étaient plus comprimés. Quittant donc Rome en 1793, il se rendit dans la République cisalpine où les lois nouvelles faisaient espérer aux populations une vie plus libre et plus prospère, ayant obtenu une situation au ministère il fut ensuite, de Milan, envoyé comme commissaire dans les Romagnes. Mais les affaires administratives ne convenaient guère au caractère de Monti qui était né poète, et la poésie le ressaisit bientôt. Pendant ce temps Napoléon guerroyait en Egypte, elles Austro-Russes reprenaient la Lombardie. Et Monti qui avait servi et chanté la République cisalpine, n'eut d'autre parti à prendre
que de s'expatrier en France avec d'autres, en attendant des jours meilleurs. A Paris il termina son Caius Gracchus, la dernière et la mieux réussie de ses tragédies. Il y connut Mascheroni, et do ses relations lui vint l'inspiration d'un chant qu'il composa à la mort de ce dernier, survenue aussitôt après la victoire de Marengo. Cette victoire, en doimant de nouveau la Lombardie à la République française, ouvrit les portes aux exilés.
Le poète salua ce retour dans la patrie par ce chant enthousiaste :
Bella Italia, amate sponde, Pur vi torno a riveder, Tréma in petto e si confonde L'ahua oppressa dal piacer.^
Ici commence pour Monti une longue période de prospérité et de belle activité littéraire. Après avoir obtenu à l'Université de Paviela chaire d'éloquence, il est peu de temps après appelé à Milan à une situation nouvelle et plus lucrative. Au milieu de tous ces honneurs il chante les guerres et les gloires napoléoniennes en une série de compositions dont les principales sont le Beneficio^ le Bavdo délia Selva Ncra, la Spada di Federico, et le Pvomeieo commencé en 1797 pendant un séjour qu'il fit à Bologne avant son arrivée dans la République cisalpine.
A la chute de l'Empire napoléonien la Lombardie retombant en 1815 sous la domination autrichienne qui ne lui était pas favorable, le poète sexagénaire, pour s'éviter des difficultés (car son silence même
1. Belle Italie, pays aimé, cnfln je vais vous revoir. L'âme en moi tressaille émue, oppressée par le bonlieur.
eut été suspect) et dans l'espoir aussi de rendre favorable à son pays le nouvel état de choses, dédia quelques-uns de ses chants aux Allemands, mais il ne retrouva plus le souffle chaud des beaux jours. Collaborateur de la Biblioteca italiana, revue inspirée par le gouvernement, il se livra aussi à des études de linguistique, en publiant la Proposta dont nous parlerons plus loin.
La mort de Giulio Perticari (1822) mari de sa fille unique, commença la série des malheurs qui affligèrent sa vieillesse. Après de longues soutl'rances, il mourut le 13 octobre 1828.
Les poésies de Yincenzo Monti, dont on a déjà l'édition milanaise de Resnati (1839-1841), furent réunies en une édition nouvelle de six petits volumes diamant, par Giosué Carducci. Mettant à part les poésies de sentiment dont peu sont vraiment remarquables, il faut citer la Prosopopea di Pericle^ composée sur le conseil de son ami Ennio Quirino Visconti, célèbre archéologue ; l'ode Al signôr di MoJitgolfier sur la navigation aérienne, plus connue, oij en un mètre fluide et chaud, si bien mis déjà en usage par Savioli, il célèbre les progrès de la science. Une lettre de ton élégiaqueà Don Sigismondo Chigi, fait pressentir certains chants de Léopardi et montre au milieu de sentiments divers, tendres et délicats, la vague mobilité de son esprit. Dans ses sonnets sur la Morte di Giuda il emprunte au poète allemand Klopslock certaines pensées, et imite assez heureusement la large manière représentative dont Minzoni, Cassiani et Frugoni avaient donné d'appréciables exemples. Dans le Sermone sulla mitologia^
il réprouve V audacieuse école du Nord qui bannissait de la poésie les (iclions mythologiques pour y substituer les apparitions, les sylphes, les fées et autres ombres des légendes chevaleresques des pays du Nord. Parmi ses petits poèmes, la cantica sur la mort d'Hugues Bassville eut, et a toujours, grande vogue. Empruntant le mètre, le ton, le coloris et l'idée dantesque, le poète imagine que l'âme du républicain Bassville a été condamnée, en expiation de ses fautes, à errer dans l'espace et à voir les crimes qui ensanglantèrent la révolution de 1793 :
Ma la giustizia di lassù che fruga Severa e in un pietosa in suo diritto, Ogni labe dell' aima ed ogni ruga,
A'el suo registre adamantino ha scritto, Clie air amplesso di Dio non salirai Finché non sia di Francia ulto il delitto-
Le piaghe intanto e gl' infiniti guai Di che fosti gran parte, or per emenda, Piangendo in terra econtemplando andrai,
E supplicio ti sia la vista orrenda Dell" empia patria tua, la cui lordura Par che delpuzzo ifirmamenti ofTenda*...
Dans cette composition d'environ 400 tercets, on remarque déjà un abus de ce lieu commun des ombres qui parlent et agissent. Cependant le naturel
1. Mais la justice d'en haut, à la fois sévère et pitoyable, qui dans son équité, scrute tous les replis et les détours de l'âme, a écrit sur son resfistre inaltérable que tu ne t'élèverais point à la possession de Dieu tant que le crime de la France ne sera pas vengé. En attendant, et en expiation, tu contempleras et tu pleureras les douleurs et les malheurs infinis auxquels tuas contribué sur la terre. Et cette vue cruelle de ta patrie impie dont la souillure méphitique semble blesser les cieux, sera ton châtiment.
de la phrase, la cadence harmonieuse et pleine du vers, la beauté des images, la vivacité et l'élégance de la peinture, ainsi que la majesté classique, forment un ensemble qui parut être et qui fut le début d'un art nouveau entièrement dégagé des puérilités arcadiques et des vaines sonorités frugoniennes. Et jamais en effet depuis FArioste, la poésie italienne n'avait eu si heureuse veine de style et de vers. L'autre cantica : In morte d'i Lorenzo Mascheroni, inachevée comme la Bassviliana, moins brillante et plus intime, est en revanche pénétrée des sentiments les plus vrais et les plus chauds du poète et du citoyen, quoique non moins peuplée d'ombres. Dans le Barde de la Forêt noire et YEpée du grand Frédéric il chanta les victoires de Bonaparte, qu'il eut aussi l'intention de célébrer dans \%Prométhée, petit poème emprunté aux traditions classiques et plein de classiques réminiscences, manquant par cela même de chaleur et de mouvement. Ce poème, inachevé aussi, ne peut donc être jugé parfait quant à l'idée, mais il est digne d'attention par la beauté du style et la structure du vers, ce en quoi Menti fut un maître incomparable. La Féroniade en est un exemple encore plus frappant, car, véritable bijou par le style et l'ornementation toute virgilienne, elle est un digne précédent des vers enchanteurs des Grâces d'Ugo Foscolo. Monti commença ce poème en 1784 au moment où le Pape Pie VI s'occupait activement du dessèchement des marais Pontins ; il le travailla à diverses reprises, et la mort le surprit en 1828 avant qu'il pût le terminer à son gré. La Musogonia resta également inachevée. Dans ce petit poème en octaves élégantes on sent, comme
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dans les Stances du Polilien, le même sentiment vif de Tart classique et la netteté limpide de celles de l'Arioste. A ces œuvres s'en ajoutent d'autres moins importantes telles que la Bellezza delV universo^ chant en terza rima dit à l'Académie des Arcades en 1781 à l'occasion du mariage du prince Braschi, neveu du Pape ; le Pellegrino Apostolico écrit à l'occasion du voyage de Pie VI à Vienne ; le Pericolo, la Superstizione, le Fanatismo^ compositions en tercets, remontant à l'année 1797, après que le poète eut quitté Rome; le Benefîcio pour le couronnement de Napoléon, et plusieurs autres travaux peu importants.
Cependant d'autres horizons s'ouvrirent à l'esprit changeant de Monti, lui préparant de nouveaux lauriers. Ayant entendu à Rome des tragédies d'Alfieri, il eut l'idée de s'essayer dans le genre dramatique et y réussit du premier coup avec VAristodème, la plus populaire de ses tragédies. Maître consommé dans l'art du vers, au courant des habitudes des Cours, doué d'imagination, et s'oubliant facilement lui-même pour entrer dans le rôle de ses personnages, Monti surpasse l'Alfieri par le moelleux de la phrase, la magnificence du style, la variété des caractères et l'abondance des tableaux ; mais le développement plus étendu de l'action, diminue chez lui la force et l'effet; l'extrême souplesse du vers dégénère quelquefois en négligence et en vulgarité ; les axiomes ont une couleur de rhétorique et non un lien intime avec les faits. Ou doit lire l'Aristodème comme un modèle de bon style lyrique plutôt que tragique, mais la vraie tragédie nationale, on doit la chercher dans Alfieri. Monti, d'esprit aimable, gêné-
reux, n'avait pas la puissance d'un tragique, et les sentiments de ses personnages, en dépit du sujet, sont également aimables et généreux. Après l'Aristodème il composa le Galeotto Manfredl et le Caio Gracco. Bien que dans l'un des personnages du Manfredi^ le poète se soit représenté lui-même et ait parut marquer une préférence pour cette tragédie, elle est certainement inférieure à la première malgré ses grandes qualités de style. Quant au Caius Gracchus, beaucoup la regardèrent comme la meilleure tragédie de Monli, et même de tout le théâtre italien. En effet, la peinture des caractères de Gracchus et de Cornélie, et l'action vigoureusement conduite, constituent des quah'tés sérieuses auxquelles ni le Manfred^ ni Y Aristodème n'ont rien à opposer. Cependant il y a trop d'emphase et de rhétorique et le caractère de lieu et de temps n'est pas toujours gardé dans son ensemble. En résumé, V Aristodème supérieur par la forme, le Gracchus par l'action plus tragiquement suivie, sont deux excellentes œuvres, mais dire que celle-ci ou que celle-là soit le chef-d'œuvre du théâtre tragique italien, est une pure exagération.
Si Monti ne fut pas le premier des poètes tragiques, il fut sans contredit le premier parmi les traducteurs d'Homère. Avant lui Salvini, Cesarotti, Cerruti, cependant savants hellénistes, n'avaient pas réussi dans leurs traductions délayées de Vlliade qui affaiblissaient ou imitaient mal l'admirable poésie de l'origi-! nal. Quand Monti se mit à l'œuvre il savait peu ou point de grec. Il travailla sur la version latine de Cunich et sur la version littérale en prose de Cesarotti, parvenant ainsi à mesure que se poursuivait'
Je travail, à bien comprendre la langue du texte, étant en même temps aidé des conseils de ses amis Dionigi Strochi, Urbano Lampredi, EnnioQuirino Visconti, et plus tard, de Biamonti, Foscolo, MustoxiclL Commencé à Rome en 1790 et publié en 1810, l'ouvrage fut applaudi par tous les savants et par les personnes cultivées, car jamais poème étranger ou antique n'avait eu en langue italienne forme plus magnifique. Cependant ce n'est point à tort peutêtre qu'il est reconnu d'exactitude peu rigoureuse, quant à la lettre. Souvent aussi le ton général et la tenue de la pbrase semblent plus élevés et plus solennels qu'ils ne s'indiquent dans la populaire épopée homérique. Les rivaux de Monti et les envieux, prétextèrent de son peu de connaissance du grec et de l'aide qu'il reçut de divers côtés, pour railler le poète que Ton appela grand traducteur des traducteurs d'Homère. Pour accentuer la raillerie, on changea même le mot traducteur en traditore (traître). Outre ces ouvrages Monti qui avait par nature une légère tendance à la satire, comme le témoignent divers passages de la MascJieroniana^ aborda la s.itire hardie de Perse qu'il traduisit malgré la difficulté, avec une fidèle et rigoureuse concision, reproduisant le texte latin en un nombre égal de vers italiens. Cet eflort de l'esprit ne put empêcher la version de rester inférieure.
Telle fut, comme nous avons cherché à l'expliquer brièvement, l'œuvre poétique de Vincenzo Monli. Emu à la nouvelle de sa mort, Manzoni dans une épitaphe connue, le qualifie de divin, auquel la nature généreuse accorda le cœur de Dante et léchant
de son Duc. L'éloge est excessif. La nature et l'époque donnèrent à Monti un caractère souple et ondoj'ant, et ses vers ne sont point pénétrés de sentiments forts. Il imita Dante dans la texture extérieure de quelques petits poèmes, suivant l'exemple déjà donné par Varano, prit même de lui et d'autres classiques préférés, notamment de Virgile et de l'Arioste, cette maîtrise remarquable du vers et de la rime, cette abondance d'images, cette vivacité de descriptions, et cette aisance naturelle et élégante, de la langue. Se laissant entraîner, il est vrai, à des réminiscences mythologiques, trop souvent les images et les phrases classiques se présentaient à son esprit, trop souvent l'onde harmonieuse du vers guidait sa main, pour ainsi dire, et il donnait à des pensées et à des sentiments très simples, une ampleur de formes oii Ton sentait l'enflure et la rhétorique. Le mérite réel de Monti cependant, est dans le style poétique qu'il sortit des limites où s'étaient circonscrites les trois Arcadies, qu'il orna d'une grâce plus majestueuse, plus sévère et plus riche, et qu'il perfectionna par un mouvement plus rapide, un coloris plus vigoureux, un rythme plus plein. En résumé, on peut dire de Monti qu'il eut l'esprit d'un grand poète mais non l'àme, et que s'il excella dans tous les genres, il ne fut grand dans aucun.
Plus jeune que Monti, Ugo Foscolo fut d'un caractère plus trempé et d'une nature poétique plus ardente.
Né en 1778 (peut-être en 1779) à Zante d'un père vénitien et d'une mère grecque, il suça donc avec le lait maternel l'amour de l'art hellénique. Après la
mort de son père survenue en 1788, il se fixa avec sa mère à Venise en 1793, y fit ses études, et suivit à l'athénée de Padoue les cours d'éloquence grecque de l'abbé Melchiorro Cesarotti. Jeune et ardent, enclin aux passions promptes et aux grands enthousiasmes, il s'enflamma pour les idées républicaines que répandait la révolution française, et quand Napoléon Bonaparte vint en Italie en 1796, il le salua comme un libérateur dans une ode pompeuse qui n'a pas grande valeur artistique, mais qui témoigne des opinions libérales et des pensées généreuses qui dictèrent au poète tant de belles pages. A l'âge de 16 ans il composa la tragédie de Thieste qu'il dédiaàAlfieri. Peu de temps après il entra comme volontaire dans les chasseurs à cheval de la république cispadane, puis revint à Venise dès qu'une apparence de gouvernement démocratique sembla se substituer à l'antique régime oligarchique. Mais le traité de Campoformio signé en 1797, mettant Venise sous la domination autrichienne, le jeune Foscolo désespéré de voir sa patrie d'origine et d'adoption sacrihée, s'exila à Milan. La vie de Foscolo pleine d'aventures et d'événements fut si tourmentée et si errante qu'il ne serait ni possible ni opportun d'en suivre le cours détaillé dans ce résumé. Entré dans la milice avecle grade de lieutenant, il se rendit à Bologne, puis en Toscane, combattit à Cenlo et à la Trébie, soutint avec Masséna le siège dans Gènes, alla en Picardie avecla division italienne, revint en Italie en 1806, s'établit à Brescia oii il composa ses célèbres Sepotcri. En 1808, appelé à la chaire d'éloquence de l'Université de Pavie il souleva un véritable enthousiasme par sa Proclusione et ses lezioni pleines de hautes
pensées et de sentiaient patriotique. Sa chaire ayant été supprimée peu de temps après, il revint à Milan en 1809, passa en Toscane en 1812, après avoir composé sa seconde tragédie, Ajax, qui ne lui rapporta que désagréments et déboires. Représentée àlaScala, elle ne fut pas appréciée et éveilla la méfiance du Gouvernement qui crut voir dans le personnage d'Agamemnon une critique de l'empereur Napoléon. A la chute du souverain en 1815, Foscolo revint à Milan et obtint le grade de chef de bataillon. Mais il renonça à ce grade élevé quand les Autrichiens occupèrent la Lombardie ; et quand on lui demanda d'être le directeur ou le collaborateur de la Biblioteca italiana, publication périodique fondée pour diriger l'opinion publique dans un sens favorable aux Allemands, il déguisa son refus sous un air dliésitation. Au serment de fîdéUté qu'on exigeait de lui et à l'aisance qu'on lui assurait dans sa patrie asservie, il préféra les tristesses et la misère de l'exil. Il s'en alla donc en Suisse d'abord, puis en Angleterre où il s'éteignit le 10 septembre 1828 sans avoir pu revoir cette Italie qu'il aimait tant.
Riche de vices et de vertus dit Foscolo de luimême, faisant son propre portrait dans un sonnet fameux. Pour nous, sans demander compte au grand homme des faiblesses qui contribuèrent pour beaucoup à rendre son existence pénible, nous lui serons plutôt reconnaissants du noble exemple qu'il donna en se montrant citoyen incorruptible en un temps où les meilleurs, inclinés devant la puissance maîtresse, en couvraient les infamies par l'adulation. Et nous devons notre culte et notre admiration au poète magnanime qui consacra l'amour de la patrie
et les vertus du citoyen, en des vers qui redits par tous, ne s'oublieront jamais.
La majeure partie des œuvres de Foscoio se trouve réunie en onze volumes de la collection nationale de Le Monnier. Les poésies et certaines œuvres en prose, ont eu depuis de meilleures éditions.
Les qualre volumes d'écrits littéraires et les deux d'essais critiques sont certainement d'une lecture utile et agréable, mais le progrès de l'érudition et de la critique diminue leur importance. Trois volumes, sans parler d'autres lettres foscoliennes plus récemment glanées et réunies, contiennent repistolario, dont la lecture est nécessaire à celui qui veut connaître le caractère du poète, impressionnable et violent, mais constant dans les sentiments nobles, et toujours généreux, ainsi que les circonstances souvent malheureuses (et certainement plus malheureuses que coupables) de sa vie, les controverses littéraires dans lesquelles il fut engagé, les appréhensions, les combats et les révoltes, les espoirs et les chagrins, les amitiés et les colères de cet esprit ardent, en un temps si tourmenté. Les écrits politiques réunis dans un autre de ces onze volumes, empreints de la chaleur de sa polémique et du ton pompeux propre à la littérature politique au commencement de ce siècle, sont suffisants pour faire connaître et aimer le patriote. Les vers, originaux ou traduits, qui remplissent l'autre volume, sont la vraie gloire du poète.
Avant de parler des vers il sera bon de mentionner un ouvrage de Foscoio publié dans sa jeunesse,
lorsque son cœur était ulcéré par le récent traité de Campoformio (1797) qui cédait Venise à l'Autriche. Mêlant à la douleur d'un amour malheureux celle de la patrie perdue, joignant à un sujet purement romantique et sentimental déjà traité par Gœthe dans Werther, une idée patriotique, Foscolo composa les Ultime Lettere de Jacopo Oriis, toutes, enflammées du double sentiment qui les inspirait, et trempées de ses larmes sur la femme aimée et la patrie perdue. Aujourd'hui on découvrirait aisément dans ces lettres beaucoup d'emphase et d'exag-ération, on pourrait condamner Jacques Ortis comme un esprit mal équilibré qui d'exaltation en exaltation en arrive au suicide, mais d'autre part la vogue qu'ont eue ces lettres, l'écho puissant qu'elles ont toujours réveillé et réveillent encore dans les cœurs généreux et ardents de la jeunesse, montrentque danslecœur de l'auteur battait celui de plusieurs générations, et qu'il reflétait en lui les aspirations, les désirs, les douleurs, en un mot la pensée de tout un âge. Ce qui n'est pas le fait des esprits médiocres.
Nous ne parlerons pas des tragédies (Tïeste, Aiace, Ricciarda) qui tout en se rapprochant des tragédies d'Alfieri, sont loin de la force de poète d'Asti, aussi bien que de la belle forme dont Monti ornait les siennes. Nous ne parlerons pas de la traduction inachevée de Ylliade, traduction savante mais inférieure à celle de Monti. La gloire incontestable de Foscolo lui vient de ses Poésies, dont trois hymnes aux Grâces, le poème des Sepolcri, deux odes et plusieurs sonnets, sont de la plus haute et de la plus belle poésie dont s'honore l'Italie.
Tempérant la force inflexible d'Alfieri par la cha-
leur et la profondeur du sentiment il donna au sonnet un mouvement nouveau, le disposant pour cette solennité de sentences et cette magnanimité de pensées qui constituent le fond de son caractère de poète. TeJs sont par exemple ses sonnets AWItalia et In morte di fratello. Un bel artifice souvent employé par Foscolo est d'encadrer son sentiment personnel en un vaste tableau embrassant des sentiments généraux et des faits de l'histoire, de manière que le lecteur se trouve inconsciemment amené à s'assimiler et à faire sien, l'état d'àme du poète qui ne s'explique entièrement que dans les derniers vers de la composition. Voici un exemple :
E tu ne' carmi avrai perenne vita Sponda che Arno saluta in suo cammino, Partendo la città che del latino Nome accogliea fmor l'ombra fuggita.
Già dal tuo ponte all'onda impaurita Il papale furor e il ghibellino Mescean gran sangue, ove oggi al pellegriuo Del fero Vate la magion s'addita.
Per me cara, felice, inclita riva, Ove sovente i pie' leggiadri mosse Colei che, vera al portamento diva,
In me volgeva sue luci béate, Mentr'io sentia dal crin d'oro commosse Spirar ambrosia l'aure innaraorate '.
1. Et par la poésie lu vivras éternellement, pays que l'Arno salue en son chemin, partageant la ville qui du renom latin accueillait jusqu'alors l'ombre fugitive. Jadis les colères papale et gibeline, mêlaient des flots de sang aux eaux épouvantées, du haut de ce pont d'où aujourd'hui s'indique au voyageur la demeure du fier poète. A moi tu es chère, terre heureuse et célèbre que foula souvent de ses pieds charmants celle qui dans sa grâce divine vers moi tournait son regard radieux, tandis que je sentais l'air, amoureusement agité par ses tresses d'or, exhaler l'ambroisie.
Comme idée intime la composition de ce sonnet est la môme que celle du sonnet de Pétrarque :
ce Movesi il vecchierel canuto ebianco... »
Mais dans Pétrarque il y a plus de douceur et de mélancolie, dans Foscolo plus de chaleur d'expression et de sentiment. On en arriverait aux mêmes conclusions si l'on comparait d'autres passages de Pétrarque à ce sonnet de Foscolo :
Meritamente, perô ch'io potei Abbandonarti, or grido aile frcrnenti Onde che batton l'alpi e i pianti miel Sperdon sordi del Tirreno i venti.
Sperai. poi che mi han tratto uomini e Dei Inlungo esilio fra spergiure genti Dal bel paese ove or meni si rei, Me sospiraudo, i tuoi giorni fiorenti,
Sperai che il tempo e i duri casi, e quesle Rupi ch'io vai'co anelando, e l'eterne, Ov'io quai fiera dormo, alte foreste
Sarien ristoro al mio cor sanguinente.
Ahi, vota speme ! Amor fra l'ombre inferne Seguirammi immortale, onnipoteute ■*.
C'est de façon peu différente que dans l'ode AW arnica risanata^ (ode peut-être la plus vraiment lyrique de notre littérature), il transporte le lecteur,
1. Avec justice, puisque j'ai pu te quitter, maintenant je crie ma douleur aux ondes mugissantes qui battent le pied des Alpes ; et les vents tyrréniens dispersent ma plainte assourdie. — J'espérais, puisque les dieux et les hommes rn'ont envoyé en exil au milieu a'hommes parjures, loin du beau pays où maintenant, àma grande douleur, tu passes en coupable tes jours pi'ospères. — J'espérais que le temps et les dures circonstances, que ces rocs que je gravis haletant, que ces forêts éternelles et profondes où, comme le fauve, je sommeille, seraient un remède à mon cœur ulcéré. Hélas! vain espoir! L'amour, immortel, tout-puissant, me poursuivra à travers les ombres de l'Enfer.
en une envolée hardie à la Pindare, aux siècles lointains de la joyeuse enfance du monde hellénique, lorsque l'imag-inalion ardente de ce peuple heureux créa les fables.
Ce beau souffle lyrique qui lui venait sans doute (étant né en Grèce) du nativo aer sacro, et que l'étude de Pindare, de Sapho, d'Alcée avait rendu plus pur et plus fort, était en parfaite harmonie avec les idées sociales auxquelles les nouvelles tendances du siècle appelaient la poésie. Gozzi, Parini, Alfieri, Monti n'avaient point passé en vain : Foscolo s'était en outre pénétré, bien plus encore que des morceaux des gnostiques grecs (Solon, Theognis, Mimnerme), des hautes pensées morales et politiques qui formaient tantôt le cadre tantôt le fond, de leurs chants élégiaques. L'un des plus beaux résultats de cette disposition spéciale du génie poétique de Foscolo fut le poème des Sepolcri où il développe l'idée de l'utilité sociale des monuments funèbres. L'élégie de Thomas Gray sw un cimetière à la campagne put, comme Werther pour Jacques Ortis, avoir quelque peu inspiré le poète. D'autres que lui avaient déjà traité ce sujet et une vive dispute s'engagea en ces dernières années sur V origine première et \ origine réelle du poème de Foscolo. On accusa môme un peu légèrement le poète d'avoir pris l'idée de son ami Pindemonte.
De quelque façon qu'en ait conclu la critique historique, pour nous il suffit de ne pas oublier que ce poème, bien que taxé d'obscurité, (et l'appréciation de Giordani était excessive quand il l'appela fumoso enigma) fut généralement considéré comme le poème lyrique le plus élevé de notre littérature ; et de cette
254 HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE ITALIENiNE
opinion sera toujours quiconque arrive non seulement à le comprendre mais à le sentir véritablement. Cette prétendue obscurité vient de la concision avec laquelle le poète condense et groupe ses idées, elle tient à la beauté des pensées, à la hauteur des élans, qui font qu'il dédaigne d'indiquer les idées intermédiaires et de les développer complètement. On a ainsi deux ou trois vers peu clairs ou trop subtils comme :
e l'uomo e le sue tombe
E Vestreme sembianze e le reliqide
Bella terra e del ciel, traveste il Tempo ^
Quelles sont en réalité les reliques de la terre et du ciel ?
Le virtû patrie e la pietà congiunta^
au lieu de dei congiimti. La locution est trop forcée. — Nous n'indiquons ces passages que pour montrer à quoi se réduisent les obscurités et les défauts de cette admirable poésie où le vers est si harmonieux, l'image si brillante, les sentiments si nobles, les vues historiques et sociales si larges, la hauteur lyrique si soutenue, V humanité si vraie et la magnanimité si éclatante, que les cœurs les plus insensibles et les plus froids en sont émus et réchauffés.
La gloire de ce poème immortel, et non la moindre, (nous ne nous demandons pas s'il est plutôt lyrique que didactique ou élégiaque, car il est à la fois l'un et l'autre), c'est qu'étant dans la mémoire de toute