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personne d'une culture moyenne, il contribua à entretenir la flamme du sentiment national. Le dernier épisode sur la chute de Troie déborde de ce sentiment patriotique qui n'est pas plus troyen qu'italien. Ce qui détruit la mesquine critique de ceux qui veulent en poésie des exemples et des faits de temps moins reculés. Qui ne se rappelle cette déclaration finale, à la fois un avertissement, un encouragement et un présage?
E tu onore di pianto, Ettore, avrai Ove sia santo e lagrimato il sangue Perla patria versato '
Il resterait à parler des Grazie disposées d'abord pour un hymne unique, puis pour trois, sans que le poète ait eu le temps cependant, et la possibilité de relier entre elles les différentes parties qui nous sont parvenues. Il est vraiment regrettable que Foscolo n'ait pu terminer l'esprit en paix, cette œuvre charmante qui nous ferait croire que les Grâces ne prêtèrent pas seulement le sujet à la poésie, mais aussi leur concours. Mais comme il s'en faut de beaucoup qu'elle soit achevée, on peut à peine en expliquer l'intention qui est de chanter la beauté comme une source de force morale et sociale. Par la magnificence et l'harmonie du vers (à l'exception de quelques passages moins parfaits), le relief de l'image et l'énergie de l'expression, cette œuvre distance de beaucoup la Feroniade de Monti avec laquelle elle a de commun le sentiment du monde classique et le décor mythologique. Chez Foscolo le sens historique
1. Et tu auras, Hector. Ihonneur des larmes partout où le sang versé pour la patrie est sacré et pleuré.
est aussi plus chaud, et le rappel classique ou mythologique n'est pas un banal lieu commun ou un effet de rhétorique, il est une image vivante et présente. En d'autres termes Foscolo ayant l'esprit du grec antique sent toute la vie et toute la beauté des fables antiques. Elles ne sont pas pour lui de simples phrases, mais bien la complète et heureuse manifestation de la conscience hellénique à son moment brillant, c'est-à-dire de la conscience humaine. Dans les Grâces s'affirme aussi l'idée morale et patriotique qui anime les Sepolcri^ et dès le commencement le poète invoque :
a vol chieggo l'arcana
Armoniosa melodia pittrice
Délia vostra beltà si che ail' Italia
Afflitta da regali îre straniere
Voli improviso a rallegrarla il carme''.
Pindemonte et Arici, contemporains de Foscolo, furent les dignes élèves de la glorieuse école des néo-classiques qui compte les noms de Parini, d'Alfieri, de Monti et de Foscolo.
Par le caractère et les habitudes le véronais Pindemonte (1753-1828) est l'opposé de Foscolo. Celui-ci plein de feu, celui-là plein de calme. L'un toujours agité par la tempête de passions diverses et violentes, l'autre satisfait et paisible dans les douces et reposantes affections familiales. Traducteur élégant et assez fidèle de V Odyssée, poète mélancolique delà nature, auteur d'écrits académiques et d'une tragédie
1. A vous je demande la secrète mélodie de votre harmonieuse beauté, afin qu'à travers l'Italie déchirée par les royales luttes étrangères, mon vers vole rapide, la réjouir.
médiocre, Ar?m?ims, Pindemonte unit son nom à celui de son ami j)Our avoir réjtondu à son poème des Sepolcri, par une lettre où il fait une belle description des salles sépulcrales de Sicile, et des jardins anglais, lettre qu'il termine par des vers émus sur la mort d'une amie, Elisabeth Mosconi, qui constituent la meilleure partie de la poésie. L'unité du plan est moins serrée que chez Foscolo, et son but évident est de réfuter certaines propositions, comme celle de l'espérance qui fugge i sepolcri, et celle de la perpétuelle dissolution des choses, le poète véronais trouvant un réconfort dans la pensée du jour où sonnera la grande fanfare céleste :
Che sarà Elisa allor ? Parle d'EIisa
Un' erba, un fiore sarà forse, un flore
Che deir aurora a spegnersi vicina
L'ultime bagneran roscide stille.
Ma sotto a quai sembianze e in quai contrade
Dell' universo nuotino disgiunti
Quegli atomi ond' Elisa era composta,
Riuniransi e torneranno E isa.
Chi seppe tesser pria dell' uomo la tela
Ritesserla saprà : l'Eterno Mastro
Fece assai più quando le rozze fila
Del suc nobil lavor dal nulla trasse ^..
Pindemonte avait commencé par reprocher à Foscolo d'avoir fait jaillir de poétiques étincelles
1. Que sera Elise alors? Un brin d'herbe, une fleur, seront peut-ê:re une partie d'Elise, fleur que mouilleront les dernières guuttes de rosée de l'aurore près de disparaître. Mais sous quelque aspect et en quelque région de l'univers que flottent ces atomes disjoints dont Elise était composée, iU se réuniront et redeviendront Elise Celui qui sut furmer le corps du premier homme saur I le r former Car le Maître Eternel, qui de rien tir;i la matière grossière pour son noble travail, fit une œuvre bien p^us difficile...
d'objets trop lointains, l'admonestant en une sentence qui plut beaucoup aux champions de la nouvelle e'coie romantique :
antica Farte
Onde vibri il tuo stral, ma non antico Sia l'oggetto in cui miri, e al suo poeta. Non a quel di Gassandra, Ilo ed Elettra, Dair Alpi al mare, farà plauso Italia ^.
Ce qui prouve que Pindemonte ne comprit pas de quelle portée morale, de quelle magnanimité et de quelle étendue était le chef-d'œuvre de Foscolo.
Cesare Arici de Brescia (1782-1836), chanta surtout les beautés de la nature dans des poèmes descriptifs et didactiques {La Coliivazione degli ulivi, La Pastorizia"", L'origine délie fo7iti, (des sources) Sirmione, Il Camposanto di Brescia.) Il est cité pour les qualités d'un style large et soigné, d'une langue riche et choisie, et pour l'harmonie et l'élégance du vers. Dans l'idée comme dans le style, il procéda des classiques, particulièrement de Virgile ; il eut peut-être plus de génie que Pindemonte et fut certainement plus expert et plus fort dans l'art du vers. Mais il n'eut pas la fortune de lier son nom comme Pindemonte à une œuvre vraiment durable telle que VOdyssée, ou à une lettre médiocre, gardée cependant à la postérité par les Sepolcri de Foscolo, qu'elle accompagne et avec lesquels elle est aussi souvent rappelée ^
1. ... Que ton art à faire vibrer le trait soit de source antique mais que le but ^ isé soit nouveau. De la sorte c'est à son poète, et non plus aux chantres de Gassandre, d'Ilus et d'Electre, que —des Alpes à la mer, — l'Italie applaudira.