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L'art du pasteur

3. Un l'omantique, G. B. de Cristoforis, fit aussi un chant sur les

Melchiore Cesarotti (1730-1808), savant et hardi novateur, s'affranchit très nettement des traditions des xiv"^ et xvi'' siècles dans l'usage de la langue, en un temps qui avait déjà tendance à s'en détacher. Dans ses nombreux écrits littéraires et politiques il employa des formes et des mots dérivés du français, répondant à ceux qui lui en faisaient un grief, par son Essai sur la philosophie des langues appliquée à la langue italienne^ où il se fît fort de soutenir que dans la langue, l'élément traditionnel et historique n'a pas de raison d'être, que les auteurs et les philosophes ont le droit et même le devoir de prendre le mot qui leur semble bon, et même d'en fabriquer au besoin. Le Piérnontais Galeani Napione (17o0-1830), avec de bonnes raisons et une élocution pure, fît une campagne contre l'ouvrage savant, mais très révolutionnaire de l'abbé padouan, par un livre intitulé De l'usage et des qualités de la langue toscane. Cependant celui qui combattit le plus ardemment et le plus efficacement par le conseil et l'exemple les doctrines de Cesarotti, fut l'abbé Antonio Cesari de Vérone (1760-1828), qui se prit d'un amour passionné pour la langue du xiv^ siècle et chercha par tous les moyens, à démontrer que le salut de la littérature italienne reposait sur elle seule. Sa Dissertation sur l'état présent de la langue ita~ lienne^ son dialogue des Grâces et ses Beautés de la Divine Comédie sont dirigés dans ce but. Et c'est dans ce but aussi qu'il réédita le Dictionnaire de la \ Crusca, qu'il composa des nouvelles imitées de

Sepolci'i (qu'on lit en certaines éditions après ceux de Foscolo et de Pindemonte), cherchant à concilier les différentes doctrines en les ramenant à la mesure des théories romantiques.

Boccace par la structure et la forme, et qu'il traduisit dans la lang'ue du trecento et dans la îang-ue populaire du cinque cento, les comédies de Térence.

Le débat ainsi eng'agé entre les deux doctrines opposées et, avouons -le franchement, entre les deux exagérations, vinrent s'interposer, plus modérés en théorie et en pratique, Yincenzo Monti et Piétro Giordani, l'un avec un penchant plus marqué pour la doctrine que nous appellerons libérale, l'autre pour le purisme. Quand le dictionnaire de la Crusca fut réédité par Cesari, Monti secondé par son gendre, le comte Giulio Perticari écrivain distingué des Romagnes, se mit à écrire sa « Proposition de certaines corrections et adjonctions au Dictionnaire de la Crusca ». En résumé il s'agissait de combattre lathèsede Cesari qui démontrait la nécessité d'écrire comme au xiv*^ siècle. Eux voulaient au contraire, quel'on admît les termes nouveaux, nécessaires aux sciences et aux formes nouvelles de la pensée et de la vie. Ils voulaient que le cercle des auteurs cités s'étendît, non pas seulement à ceux des XIV® et xvi'' siècles, mais même en dehors de la Toscane. Ils voulaient retrancher du dictionnaire toutes les superfluités et les archaïsmes, cherchant en un mot, à le rajeunir et à le renouveler. Le débat s'envenima comme on devait s'y attendre et comme il est d'usage dans les questions de langue, ou autres non moins innocentes, entraînant à des propos aigres ou railleurs, à des sarcasmes et des invectives violentes.

Pietro Giordani (1774-1848) puriste aussi, mais moins exclusif et moins ardent que Cesari, nous

laissa quatorze volumes de prose. Opposé aux exagérations de Cesarolti et n'acceptant pas davantage les doctrines libérales de son ami Monti, il se rapprocha de Cesari, persuadé que pour épurer la langue et la littérature il fallait revenir au treceiiio et au cingue cento. Dans tous ses écrits il eut ce but en vue, cherchant à allier les formes des meilleurs classiques avec les besoins et les coutumes de l'esprit moderne. Auteur consciencieux, élégant et précis, il est digne d'une étude attentive. On cite parmi ses meilleurs ouvrages le Panégyrique d'Antonio Ca?iova, celui de Napoléon, les Eloges de Maria Giorgi et du peintre Masini, le Discours sur les beaux-arts. Le caractère académique de la plupart, est un peu la raison qui lui fit contracter l'habitude d'une forme solennelle et du tour enflé qui caractérise son style. Son amour pour nos classiques le porta quelquefois aussi à se servir de phrases et de mots que l'usage, la clarté et l'intelligence du discours réprouveraient.

Mais ces défauts et quelques autres facilement ap'^rrus dans la prose de Giordani, ne peuvent faire déprécier les vraies qualités de son style, ni diminuer son mérite d'avoir si énergiquement coopéré au relèvement de la littérature, soit par la langue, soit par le style, soit par les hautes pensées morales et sociales qu'il défendit toujours. Il fut toute sa vie admiré et honoré comme maître du bon goût littéraire, et presque tousles auteurs de renom qui vinrent après lui le prirent pour modèle (en exceptant naturellement les disciples de Manzoni). Aussi exerça-t-il une grande influence sur nos lettres, influence dont on se ressent encore.

Giordani^ né àPlaisanceen 1774, éLudiadans cette ville jusqu'à la rhétorique, et continua à Parme des études de philosophie et de droit. En 1799, las des durs traitements qu'il subissait dans sa famille, il prit l'habit religieux, mais trois mois après, jeta le froc et entra dans les administrations publiques. Successivement à Massa, à Ravenne, à Ferrare, il arriva à Côme en 1803, comme professeur d'agronomie et d histoire naturelle. A la fin de la même année il devint secrétaire de la bibliothèque et suppléant de la chaire d'éloquence à Bologne. La jalousie de ses rivaux lui fit bientôt perdre cette situation. Mais se faisant de plus en plus apprécier par ses ouvrages, il entra à l'académie des Beaux-Arts en 1808, en qualité de sous-secrétaire et occupa ce poste jusqu'en 1815. A la mort de son père en 1819, l'héritage qu'il recueillit lui permettant de vivre à l'aise et de quitter les emplois rétribués, il se retira dans la paix laborieuse des études. La même année il défendit en justice la cause des i^agazzi (enfants) contre les maîtres qui prétendaient faire leur éducation à coups de nerf de bœuf. Il créa ensuite un cabinet de lecture et encouragea la fondation d'asiles pour l'enfance. Toutes ces choses si généralement approuvées et répandues aujourd'hui étaient alors si suspectées et si combattues que Giordani fut expulsé des États de Parme. Il se rendit à Florence où il jouit de l'intimité des lettrés et des célèbres patriotes qui se retrouvaient dans les réunions hebdomadaires de G. P. Viesseux, fondateur de l'ancienne Anthologie . Expulsé aussi de Florence en 1830, il revint à Parme et là, sur des soupçons politiques, il fut emprisonné et retenu 88 jours.

Remis en liberté il vécut à Parme jusqu'à sa mort, le 14 septembre 1848.

Il nous faut maintenant revenir un peu en arrière et dire un mot de la prose historique et érudite. Passons brièvement sur le jésuite Giambattista Roberti {ili^- 1789), qui traita avec beaucoup de fraîcheur et d'élégance divers sujets littéraires ; sur Dettinelli qui laissa le lUsoi^gimento d'Italia, sur VAlgarotti qui dans le Newtoiiianisme per le donne essaya de populariser les découvertes de la science, et traita des sujets de voyages et de littérature ; sur Carlo Denina (1733-1813), dont les Rivoluzioni d'ifalia ne se lisent plus, et surlaAS'^orm di T^osca^e du fabuliste Lorenzo Pignotti. Mentionnons encore Francesco Milizia et Luigi Lanzi^ tous deux écrivains de choses d'art; le second, savant étruscologue. L'histoire nationale enregistre avec honneur les Commentaires sur la l'évolution française, &QLazzaro Papi (1763- 1834), écrits en une langue pure et un tour aisé. Le florentin Ciampolini (1786-1846) écrivit une bonne histoire sur la «Renaissance de la Grèce »^ et Giuseppe Micali de Livourne (1762-1844) une «Histoire d'Italie avant la domination des Romains ». Nous avons de Vinceîizo Cuoco de Naples (1752- 1824) un « Essai historique sur la révolution de Naples », ouvrage défectueux comme langue, mais plein de chaleur et de sentiment.

Pietro Colletta et Carlo Botta sont les principaux historiens italiens de cette époque.

Pietro Colletta de Naples (1773-1891), officier dans l'armée bourbonienne, occupa de hautes situations administratives, militaires et politiques. Exilé

ensuite à Florence, il écrivit « l'histoire du royaume de Naples » quand les circonstances de sa vie tourmentée eurent mis obstacle à son service dans l'armée ou dans la politique. Témoin des faits qu'il rapporte et auxquels il prit part, il ne sut pas garder l'impartialité, qualité essentielle pour un historien. Cependant son « Histoire» est appréciable par la beauté des images et des descriptions, par l'énergie du style et la puissance de la pensée, par la sincérité et la générosité des sentiments, et par l'ardeur pariotique. Ami de Léopardi, de Giordani, de Gino Capponi, avec lesquels il s'était lié à Florence, il leur fit revoir son ouvraue en ce oui concerne la langue et le style ; et sa valeur n'en fut certainement que plus grande car lui, soldat et administrateur, n'avait pu ni dans sa jeunesse ni plus tard, s'adonner beaucoup à des études littéraires. Le piémontais Carlo Botta (1766-1837) animé comme lui d'idées généreuses, fut plus cultivé et plus chàlié, mais moins énergique. Outre son poème le Camillo, il laissa trois ouvrages historiques: {'Histoire de lindépendance américaine^ V Histoire d'Italie en continuation de celle de Guichardin, et une anlve Histoire d Italie de 1797 à 1815. Narrateur fécond et clair, dans une langue pure imitée de nos classiques du XIV® et du xvi'5 siècle, quelquefois emphatique dans les discours dont il crut utile d'orner son œuvre sans grand respect de la vérité historique, Botta n'a pas grande valeur comme historien, mais retient l'attention comme écrivain. Et si, au fond, un bon citoyen l'emporte sur un érudit, il faut louer Botta de s'être faitle noble critique de tout acte bas, d'avoir manifesté un bel enthousiasme pour les gloires de

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]a patrie, et un véritable amour pour l'Italie dont il souhaitait et prévoyait la délivrance. C'est là que précisément s'alimentait sa flamme lorsqu'il écrivait, et la rhétorique de ses discours, la pompe de ses descriptions et de ses images, sont choses sacrées si elles ont réussi à entretenir les esprits dans la haine de l'oppression étrangère et dans l'amour de la liberté.

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