Enfant
aux ailes de feu enflamma son âme tendre, pour la femme, pour la patrie. Et du jeune homme transfiguré à peine âgé de vingt ans, naissent ces chants passionnés : L appressamento délia morte, AU' Ita- Ha, Per il moiiumento di Dante.
Le sentiment patriotique avait été inspiré à Léopardi par les Grecs et les Latins, mais non par sa famille, ni même par ce qu'il put connaître des malheurs de ritalie. Ce sentiment classique puisé dans les hymnes patriotiques de Simonide et de Tyrtée, lui dicta sa fameuse canzone lorsque son regard eut pénétré un instant, et par hasard sans doute, dans les ténèbres de la réaction fort épaisses à ce moment (1818).
De Sanctis a diminué la valeur de ce premier chant de Léopardi, cherchant à démontrer qu'il n'était guère qu'un simple exercice de rhétorique. Le jugement est peut-être sévère car cette rhétorique ne pouvait pas n'y pas être, si l'on tient compte des conditions et des traditions de la poésie nationale à cette époque, de l'âge du poète, de son état d'esprit et de son sentiment delà patrie, qu'il ne tenait pas directement du monde réel mais du reflet des souvenirs d'un monde passé, cependant toujours immortel et brillant à travers la lumière de l'art.
La canzone Sur le monument de Dante publiée en même temps que celle A l'Italie, se marque d'une note plus vive et plus passionnée, mais n'est pas moins enveloppée du tour classique de nos vieilles chansons héroïques. Dans cette dernière cependant, l'imagination le transporte^ avec plus d'actuahté, non plus aux Thermopiles, mais à la Bérésina oii
« Morian per le rutene Squallide spiaggie, ahi d'altra morte degni, Gl' Itali prodi ' ».
Léopardi commence à se révéler véritablement dans la chanson A Angelo Maj. De la noble et gracieuse simplicité du vers se dégage un souille calme de grandeur qui ravit. Parlant du Tasse :
« Cantor vago deU'arme e degli amori^ »,
il regrette les donjons, les dames, les chevaliers, les jardins, les palais qui en récréant l'esprit par àHagréahles chimères^ l'empêchent de
« Veder che tulto è vano allro clie il duolo 3. »
Et il se demande ce qui reste, maintenant que de leur fvaiclieur les choses sont dépouillées.
Or poi che il verde E spogliato aile cose?
Et dans Priînavera la même idée ramène Léopardi à chanter les fables antiques, quand les fleurs, les sources et les bois avaient une àme et un sens. Des foie (inventions) de FArioste, à l'amour fervent de Torquato et à la mâle énergie du fier Alloôroge, il en vient à regretter une vie moins înalheureuse et des hommes dignes d'un autre temps et d'un autre sol.
La pensée de réveiller dans les esprits le souvenir des grands hommes d'une époque, est constante chez notre poète : réveille les ?norts puisque les vivants
1. Dans les mornes régiops ruthènes périssent, hélas, les vaillants Italiens clignes d'une autre mort.