PRÉFACE IX
Qui n'a entendu parler de Dante, de Pétrarque, de Boccace, de Machiavel'? Les lettres italiennes ont quelques noms dont l'écho est si répandu dans le monde, qu'ils sont devenus, en tous pays, populaires, je dirais presque, proverbiaux. Cette immense célébrité a bien ses inconvéïiients. L'image des grands hommes qui ont laissé ces grands noms, reste, dans beaucoup d'esprits, déformée par des comparaisons et des rapprochements usuels, qui ne laissent souvent pas subsister grand' chose de la figure primitive. On aurait peine à persuader aux gens que Dante nest pas nécessairement sombre, Pétrarque langoureux, Boccace licencieux, Machiavel perfide. Ceux qui ont conçu ces images-là s'en contentent ; bien p)lus elles tiennent dans leur esprit une telle place, qu'à coté tout s'efface.
Il est à p)eu près entendu pour un grand nombre de nos compat7notes que le reste de la littérature italienne n'a pas d'intérêt, ou fort peu. Ils ajouteront encore Arioste, assez vagicement, le Tasse à cause de Gluck, quelques autres encore par aventure. Mais, en tout cas, il se7'a entendu qu'à partir du xyi" siècle plus oiù moins avancé, les écrivains italiens ne comptent pas. Nous avons notre beau xvii° siècle qui surpasse tout, et ensuite notre ingénieux et orgueilleux XYiii"; et le romantisme du xix® est si accaparant!
Tcxagère un peu les choses à dessein. Mais qui niera qu'il y ait là un peu de vérité? Pour la plupart