‹ Histoire de la littérature latine au temps d'Auguste (volume 2)Chapitre 14 sur 46 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

Mai$ quand je ne via plus ni toi, ni tes voiles fugitives, et qu*il n'y eut plus rien que la mer à contempler, la lumière aussi disparut

(1) Vers 137 sqq. Voir Appendice cccxviii.

(2) Vers 9-U.

(3) Vers 75-81 et 89-100. Voir Appendice cccxvii

(4) Vers 2341. Voir Appendice cccxvi.

avec toi. et dans les ténèbres qui s'épaissirent autour de moi, mes genoux fléchirent, m'a-t-on dit, je tombai sans connaissance.

Il n*est pas rare non plus qu'un vers, pris isolément, dise beaucoup avec simplicité :

Urbe virum vidi, iectoque animoque recepi.

Je vis le héros dans noire cité, je lui donnai un asile dans moD palais et dans mon cœur.

Du reste la transformation et la diminution qu'07ide fait subir à ses héros, si elles sont contraires à leur grandeur et à leur noblesse historiques, lui permettent, en les réduisant à l'état de personnes ordinaires, de mieux coosi* dérer l'amour tel qu'il le connaît par les exemples qui l'entourent et par sou expérience personnelle. Nous n'assistons plus, à la vérité, comme dans les élégies de Ti bulle et de Properce et comme dans ses propres élégies des Amorum libri, à un roman vivant, mais il nous donne une analyse exacte et âne de la passion, et par la variété des femmes mariées, des jeunes filles etdes amants qu'il nous présente, par la facilité qu'ont tous ces personnages dans leursépitrcs de ne pas exprimer seulement leurs sentiments pirésents, mais de faire un retour sur le passé et d'expliquer ce que depuis l'origine ils ont éprouvé, nous y trouvons, en fin de compte, une étude consciencieuse du cœur, surtout du cœur féminin dans toutes les phases de l'émotion amoureuse. Pudeur inquiète de la jeune fille rougissant toute confuse à la première parole d'amour qui, par surprise, est amenée sur ses lèvres*; état de celle qui subit déjà tous les effets d'une passion qu'elle ignore encore * ; ou bien emportement d'une âme qui sciemment ne se possède plus^; ou rouerie d'une coquette*; moyens séducteurs-

Ci) £>). 21, V. 109 sqq. Cydippe.

(2) Ep. 11, V. 27 sqq. Canacé.

(3; Ep. 4 et 15. Phèdre et Sapho.

(4) Ep. 17. Hélène.

des amants <; félicité procurée par la satisfaction des désirs (mais décrite trop souvent en termes peu décents); long dévouement ou sacrifice immédiat de soi-même pour l'homme aimé ' ; ou rage de celle qui ne peut le défendre contre les entreprises et les accusations d'un rival odieux'; alarmes; soupçons; douleurs causées par l'infidélité; abattement ou fureur dans le désespoir : rien ne manque aux aspects divers sous lesquels le sujet est délicatement étudié.

Ajoutez le charme que répand sur l'ensemble une langue et une versification qui, si faciles qu'elles soient, montrent une élégance égale à celle de la pensée. Ce charme de politesse est tel que J.-G. Scaliger voulait voir dans les Hêroides le plus remarquable sous ce rapport de tous les ouvrages d'Ovide « Omnium illius librorum politissimse » ^ et que, plus tard, le Père Rupin, dans son Discours académique sur la comparaison entre Virgile et Homère^ disait qu'elles étaient à à ses yeux la fleur de l'élégance romaine, c Heroidum épislulas semper appelle florem eUgantix romanx. »

Ainsi s'explique le succès qu'eut le recueil dans la société de Rome dès qu'il parut ; ainsi l'on comprend pourquoi, malgré ses défauts, il a attiré de tout temps la curiosité des savants. Ce n'est certes pas sans raison que maintenant encore leur attention se porte sur lui", et le nombre même

(1) Ep, 16. Paris.

{t) Ep. 1 et U. Pénélope et Hypernanestre.

(3) Ep. 8 V. 57 sqq. Hermione.

(i) Poeiic, Lyon, 1551, lib. VI, c. 7.

(5) 1670, chap.ll.

(6) Outre les travaux de Coroparetti (1871), Zlngerle (1878), lurcnka <1881), Eschenburg (1886), Barbu ^1887), Bilger (1888), Jezierski (ép. de Sapho, 1888), Luoiak (1888), de Vriés (1888), Piéri, (1895), Jovioe (1S97). cités déjà dans les pages précédentes, voir encore, entre autres, H. St. Sedlinayer, Proleg. crit. cui Her., Wien, 1878, et Com/ne/it. zu Ooid. Her.^ Wien, 1881 ; A. St. Jezierski, De unioersia Ooid. epist. Aeroi(/.,Tarnow, 1886 ; Gilbert, Ad Ooid. heroid. quaest. crit. Meissen, 1887 ; J. Tolkiehn, Quœst. ad Her. Ooid. spectantium can. 111, Kônigsberg, 1888, in-8, 181 p. ; A. Gudeman, /)e heroid. Ooid. codice Planudeo, Berlin, 1888 ; J. N. Anderson, On the sources of Ooid*s Her. 1,3, 7, 10, 12, BerUn, 1896, gr. in-8o, 139 p.

des études élogieuses auxquelles il ne cesse de donner lieu prouve assez la grande erreur où, malgré sa science, est tombé k. Lehrs qui. pour le déclarer complètement apocryphe, n'a pas craint de le considérer comme une œuvre indigne d'Ovide et négligeable.

Le procédé littéraire des Héroides menait directement à l'exposition didactique delà science des amours. Après avoir dépeint avec plus ou moins desincérité ses sentiments personnels dans un roman biographique, Ovide venait de placer dans un cadre historique, sous des couleurs contemporaines, des scènes antiques dont les personnages, modilQés au gré de son imagination, lui avaient permis une étude ingénieuse, mais plus générale assurément que conforme à la donoée particulière des récits traditionnels. De cette manière d'envisager le sujet à l'abstraction complète il n'y a qu'un pas à faire, et il le fit en se proposant l'enseignement théorique des règles dont ses autres compositions témoignaient la pratique. Ainsi fut produit le poème que nous avons coutume d'appeler VArl d^ Aimer.

Le titre latin était, nous pouvons le croire, Ars amatoria; c'est du moins celui que donnent les manuscrits et les plus anciens scoliastes, celui qu'ont adopté presque tous les éditeurs ^ Quelques-uns toutefois ont proposé le titre d'i4r5

(1) Le ros. princijtal est le Regius dont j'ai parlé déjà à propos des Amores p. 54. Vous en trouverez un spécimen, à la PI. xciii de la Paléogr, de SI. É. Châtelain ainsi qu'un extrait de VOxonieasiê (Bibl. Bodlêienuc, F. 4,32), ms. du ix« s., étudié par E. Ellls, Hermès XV, 1880, pp. 425-432. — Peu d'éditions séparées. Voir l'inlrod. et les notes de la trad. d« W. A. Hertzberg, Stuttg., 1854, et II. Criepen (Pernice), Leipzig, 1856.

]30 UVRE OUATRIÈNE. CB. V. 9.

amandi, se fondantsur ce que l'auteur dit dans le premier vers de son poème :

Si quis in hoc artem populo noD Dovit amandi;

mais, à ce compte, on pourrait aussi bien l'intituler artes amoris, puisqu'il dît ailleurs :

arti<$ t€neri profilemur niRorif;

Amor., Il, 18, v. 19.

remarquons même que, dans un passage des Tristes cité cidessous, il l'appelle simplement an.

Notre manière d'ailleurs de traduire les mots Ars amatoria par ce titre l'Art d'ainwr n'est pas exacte ; car ce qu'easeigne Ovide, ce n'est pas l'amour à proprement parler tel que nous l'enteudons ou que l'entendrait un philosophe platonicien, c'est l'art déplaire et le libertinage, c'est-àdire, dans le sens fréquent du mot amare chez les Latins, l'art de pratiquer l'amour selon les mœurs de la jeunesse élégante de Rome. Il ne nous laisse, dès le début, aucun doute sur ce point : il prend soin d'écarter de son sujet la jeune âUe aux bandelettes légères, symboles de la pudeur, ainsi que la matrone, dont vertueusement la robe traînante cache k moitié les pieds :

Esle procul viUee tenues, iDSigoe pudorjs ;

Qusque Ugis medios, inslita loDga, pede^. 1, 31-32.

et plus tard, lorsqu'on lui fera un crime de la publication de son ouvrage, il ne manquera pas de rappeler que la première page avertissait les femmes vertueuses qu'ilnel'avait composé que pour les courtisanes:

At procul ab script* solis meretriclbui Arle Submovet iDgeouas pagioa prima ourus.

Trist., I), 303-304.

En tout cas, comme dans les Héroides, il innovait ; car jamais poème de ce geore n'avait été eutrepris en latin.

LIVUE QUATRIÈME. CU. V, 9. 131

Sans doute, les Grecs avaient eu quelques traités dogmatiques sur l'amour : Protagoride, si Ton en croit Athénée*, avait professé publiquement, et le stoïcien Zenon, d'après Diogène Laercc, comme le cynique Ephodrius» diton, avaient écrit sur cette matière; encore ne Tavaient-ils fait vraisemblablement que dans une pensée philosophique n'ayant aucun rapport avec le dessein d'Ovide.

L'ouvrage se compose de trois livres et le plan en est simple.

Après avoir déclaré que Tamour, dont il détermine l'espèce ainsi que je viens de le dire» comporte un art tout autant que la direction des navires et celle des chars, il explique son ambition d'être le docteur des préceptes de cet art là, et, sans chercher à faire croire qu'il les tient de Phébus, il avoue que l'expérience seule l'en a instruit. 11 divise aussitôt en trois points les devoirs de celui qui s'enrôle sous les drapeaux de Vénus : chercher une maîtresse, la conquérir, la garder.

De même que le chasseur, l'oiseleur et le pêcheur, dit-il, vous devez connaître les lieux les plus fréquentés par ce que vous cherchez. Pas n'est besoin pour cela de mettre à la voile et d'aller au loin ; car, en fait de beautés de tout âge, Rome même possède ce que l'univers a de plus enviable. Le frais portique de Pompée ; les riches galeries d'Octavie et de Livie ; le temple de Vénus et celui d'Isis; lo barreau où, près de la fontaine Appia, plus d'un grave jurisconsulte ou d'un avocat disert a vu sa science ou son éloquence en défaut sous les regards d'une belle; le théâtre, qui, depuis Tenlèvement des Sabines, est resté l'écueil de la pudeur et où tant de femmes éblouissantes de parure viennent bien moins pour voir que pour être vues ; voilà où il faut-aller (v. 41-134). Les jeux du cirque» les naumachies et les fêtes triomphales vous sont aussi propices par les facilités qu'ils vous donnent de vous rapprocher d'une beauté, d'avoir pour elle mille prévenances, dussiez-vous d'un

(1) ÀClirW90«pl9X3(, IV.

doigt léger enlev»* de sa robe uq grain de poussière qui D'y serait pas, dussiez-vous, dans uq magaiflqiie triomphe comme celui qui fêtera le retour de Caïus, pour la reosejgner sur les détails des trophées, débiter, plein d'assurance, aviic ce que vous savez, ce que vous ne savez pas (v. 135- 228). Les festins fournissent aussi d'excellentes occasions, bien qu'il faille se déâer quelque peu de la chaleur du vin comme de la clarté trompeuse des flambeaux (t. 329-253). EnHn.les villes d'eaux et Baïes.en particulier, favoriseront vos recherches amoureuses (v. 254-262).

La personne recherchée une fois trouvée, il s'agit de la conquérir. Le premier de tous les moyens est l'assurance de réussir; il faut vous rappeler par maint exemple que le cœur féminin est plus ouvert à l'amour, plus ardent dans soii passions que c^ui de l'homme, et bien vous dire qu'une l'cmme sur mille à peine résiste à une attaque habilement menée (v. 263-350). Puis n'épargnez rien pour vous assurer (lu concours de la suivante. Faut-il allerjusqu'à la séduire? iLDtreprise épineuse, qui ne saurait être conseillée, vu ses dangers, mais qu'il est indispensable de mener jusqu'au bout dés qu'on l'a tentée, et qui réclame une discrétion absolue (v. 351-398). Laissez toujours espérer, mais réservez pour plus tard des cadeaux dont les occasioas, avant toute faveur accordée, ne se répéteraient que trop souvent et dont on ne vous saurait aucune obligation (v. 399-436). Kcrivez des billets doux bien tournés, mais simples et très pressants; refusc-tHsn de les lire, persistez ; on les lit et on njpond négativement, continuez toujours, tout vient par ilegrés et en son temps (v. 437-486). Dans les rencontres puhliques, soyez aux petits soins (v. 487-504). Sans négliger ni votre personne, ni vos vêtements, ne prenez pas de votre toilette un soin efléminé (v. 505-524). Dans les festins, oii liacchus protège les feux dont il brûla pour Ariadne, priez cit dieu de vous garantir des vapeurs nuisibles du vin ; parlez à mots couverts et par signes à la dame; gagnez l'amitié du mari; évitez lesquerelles; chantez et dansez, si vous savez le faire avec gcâce ; rendez-vous agréable de

toutes les manières ; et lorsque, à la sortie de table, le moment des conversations intimes sera venu, si vous vous trouvez près d'elle, soyez éloquent, jouez le rôle d'un amant passionné ; par d'adroites flatteries, auxquelles sont sensibles toutes les femmes, insinuez-vous dans son cœur, ne reculez pas devant les serments les plus graves, vous no ferez en cela que suivre l'exemple de Jupiter (v. 325-636). Avec les femmes, le parjure est permis; nous pouvons tromper qui nous trompe (v. 637-658). Les larmes aussi sont utiles ; si elles ne viennent pas, on les simule (v. 659- 662). Enfin, rien no donne de poids à une parole comme un baiser ravi ; et ne redoutez pas la colère d'une femme tendrement violentée ; la force, lorsqu'elle n'est pas brutale, plait aux belles, témoin ce qui arriva dans le palais du roi de Scyros entre sa flile et le fils de Thétis (v. 663-705). Souvenez-vous d'ailleurs .que la dame ne peut faire les premières avances. Abordez-la, comme Jupiter abordait les anciennes héroïnes, en suppliant. Sachez, au besoin, vous montrer moins pressant ; donnez même à votre amour les dehors de Tamitié (v. 706-722). N'oubliez pas non plus que la pâleur convient aux amants et qu'il peut vous être avantageux d'exciter la pitié (v. 723-738). Enfin; chose pénible à dire, no louez pas trop votre belle devant votre frère et vos amis (v. 739-755). A ces préceptes, d'autres encore, dit Ovide, pourraient être ajoutés, puisque les caractères féminins étant variables, certaines règles comporteraient des modifications ; mais il faut savoir se borner (v. 756- 773); et là s'arrête, avec le développement des deux premiei^ points, le livrt premier.

Reste à indiquer les moyens de garder sa conquête : ce troisième point est robjet du livre decxième et présente au poète une tâche plus difficile encore que les deux autres; car, si Minos n'a pu empêcher un mortel de fuir avec des ailes factices, combien grande estl'entreprise de fixer un dieu que des ailes naturelles rendent plus léger que les oiseaux! (v. 1-98). Pour cela l'art magique est impuissant, témoin Médée; si vous voulez rester aimé, restez aimable. Les

134 LIVHE Ql'ATRtÈNE. r.U. V, 'J.

avantagea physiques ne suffisent pas ; les aanées les amoindrissent ; pour les relever Joignez-y ceux de l'esprit; Ulysse n'était pas beau, mais il était disert, et Calypso le retint (V. 99-142). C'est par une habile complaisance, par de douces paroles qu'un amant, surtout s'il n'est pas riche. conserve l'afTection de sa maîtresse ; jamais de mots blessants, jamais de mouvements de colère. Si elle se montre roijolle, prenez patience, elle s'adoucira. Témoignez-lui uut! soumission aveugle ; composez votre visage sur le sieo; si vous jouez aux dés contre elle, perdez volontairemeat; D(^ rougissez pas de la servir à sa toilette ; par quelque t'?niiisqu'ilfasse,accourezavantl'heureau rendez-vous; et, [■oinme l'amour est une espèce de guerre, sachez avoir le courage de braver, comme Léandn?, un danger, pour arriver jusqu'à elle' (v. 143-250). Par de petits présents, mettez iJaiis vos intérêts ceux qui la servent. A elle-même offrez à propos quelques bagatelles bien choisies et, si par hasard l'Ile aime les vers, trop souvent hélas ! dédaignés, préseate/-lui un petit poème en son honneur, que vous lirez de voire voix la plus charmante; de plus, si vous êtes disposé à l'aire quelque bien autour de vous, donnez-lui en le mérite DL ayant l'air de céder à une demande venue d'elle (v. 251i'M). Surtout tenez-la convaincueque vous la croyez coas- Limment la plus belleet la plus gracieuse du monde; môme si I lie tombe malade, semez pour l'avenir et assurez-vous S.1 reconnaissance par votre sollicitude; bref, ne la négligez jamais, ne la laissez guèr^, et bien qu'une absence parTois puisse inquiéter et aviver la passion, n'abusez pas de co moyen: si vous allez en voyage, revenez vite; Ménélas n'iut pas à se louer d'être resté longtempsparti(v. 295-372). l.a jalousie n'est pas non plus toujours bonne à susciter. Lihn! à vous d'avoir deux amours à la Tois; mais prenez ^'urde qu'on ne se venge en vous rendant la pareille, et, si l'on vous soupçonne, niez, niez même malgré l'évidence, i.tchcz, dans la mesure des forces que lanaturc vous a doa-

' 1 1 Voir Appendive ceciir.

nées, de fournir des preuves suffisantes d'une absolue fidélité. Il est cependant des maîtresses dont Tamour a besoin d'être ranimé par la crainte d'une rivale : avec celles-là, pas n'est besoin d'éviter les colères qu'inspire un sentiment jaloux; leur courroux, au contraire, amène, par un remède facile, le doux plaisir de la réconciliation la plus tendre (V. 373-492). Enfin, suivez en tout point le précepte qu'Apollon en personne nous enseigne par la devise de son temple € Connaissez-vous vous-même », afin de pouvoir profiter de vos moindres avantages. N'allez pas surtout les gâter par un trop grand désir de déclamer vos vers. Ne vous rendez pas non plus importun par trop d'exigence. En amour il faut savoir supporter beaucoup d'ennuis, voire la présence d'un rival. Ici le poète se sentun peu gêné et n'ose donner ce dernier conseil qu'en avouant que, pour son compte, il n'a jamais pu le suivre. Il y voit cependant la perfection de l'art; très habile est celui qui sait tout ignorer ; un esclandre n'a jamais servi à rien, comme l'a bien prouvé celui que fit Vulcain à propos de Mars et de Vénus. Laissez donc aux maris les. pièges, les surprises et la surveillance tyrannique (v. 493-600). Et puis soyez discret ; ne dévoilez pas les mystères de vos amours ; nMmitez point surtout ces bavards qui, par fatuité, chantent à tout venant les faveurs qu'ils ont reçues, et même, au risque de compromettre des femmes chastes, des conquêtes qu'ils n'ont jamais faites (v. 601-640). Évitez de reprocher à une belle ses défauts; l'habitude finira par vous les faire paraître moindres, et il est si facile de les déguiser sous les noms de certaines qualités. Gardez-vous d'empiéter sur les soins du censeur en la questionnant sur la date de sa naissance^ (v. 641 666). No méprisez pas d'ailleurs l'âge qui suit le septième lustre : vous y trouverez aux fruits de lamour la saveur de la maturité (v. 6«57-702). Arrivé ainsi jusqu'à la porte de la chambre mystérieuse, le poète, comme dans un épithalame (vous savez que les vers fescennins d'une fête

(1) Voir Appendice cccxxii.

nuptialo manquaient généralement de décence)* chante les derniers préceptes qui doivent guider l'amant jusqu'au bout. Puis, pour finir, il lui demande, comme prix de tant lie services, d'inscriresar ses trophées ce motde reconnaissance : < Naso magitter erat; Ovide fut taon maître » (v, 703- 746).

Mais l'ouvrage ne serait pas complot si l'amant seul se trouvait armé pour la lutte. Ovide suppose donc que Vénus est venue l'apitoyer sur le sort des malheureuses femmes livrées sans défense k l'habile stratégie des hommes, et que, détachant de la couronne de sa chevelure une feuille et quelques grains de myrte, elle les lui a donnés pour lui inspirer en leur faveur un thoisiéhe livre (v. 1-56).

II commence par les inciter à Jouir des belles années de la jeunesse, qui ne passent que trop vite, et à ne pas se laisser arrêter par la craiate d'être trompées par un homme ; car, après tout, quel tort subit la somme de leurs attraits, s'il leur arrive de placer en pure perte une de leurs faveurs? Un flambeau perd-il sa lumière pour l'avoir communiquée à un autre flambeau? (v. 57-98). Cette exhortation une fois faite, viennent les préceptes.

Votre beauté naturelle, leur dit-il, peut avoir besoin d'être relevée par des ornements ; mais ne chargez pas vos oreilles de pierres trop somptueuses, ne gênez pas votre démarche par des brocards tout pesants d'or. Donnez à votre chevelure la forme qui convient le mieux & votre visage, souveoez-vous toutefois qu'une coiGFuro sans art peut produire un grand effet; mais usez, s'il le faut, des moyens que la science et le commerce mettent à votre disposition pour y réparer les outrages du temps (v. 99-168). Quant aux vêtements, il en est de très beaux d'un prix modéré : les couleurs en sont aussi variées que celles des fleurs du printemps; l'important est de choisir celle qui sied le mieux A votre teint (v. 167-192). Tenez à la propreté do tout votre corps ; soignez votre bouche ; marquez vos

(1) a. i" p*rUc,

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