IIJ, V
(3) A la fin du 1. VU.
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vient sur la vertu des Césars, qui n'attend pasle nombre des années^
Cssaribos virtus coniigit ante diem,
4ur la puissance et la gloire que Rome acquerra de la défaite des Parthes ; et cela sans trop sortir de son sujet ; car, de même que, lors du combat naval dont le spectacle a été •offert récemment par Auguste au peuple de Rome, chacun a pu trouver un objet digne de son amour, la jeunesse de Rome viendra tout entière à la fête nouvelle, et il indique A ses élèves comment ils devront s'y prendre pour renseigner sur toutes choses les belles dont ils auront recherché le voisinage.
Si des épisodes servant d'exemples nous passons aux préceptes eux-mêmes, nous y trouvons portées au plus haut point la connaissance des caractères, la précision des détails observés, la finesse des pensées et des expressions. Nous y remarquons surtout un ton naturel et convaincu qui manque à la plupart des autres ouvrages de l'auteur. C'est qu'en effet nulle part il ne traite un sujet qu'il possède mieux, qui convienne davantage à son caractère léger et enjoué, qui lui permette aussi bien de dépeindre le monde élégant dont il faisait ses délices. Quand même il ne nous préviendrait pas, au début, qu'il s'inspire entièrement de son entourage et de sa propre expérience, nous ne manquerions pas de nous en apercevoir. Nous reconnaissons, réduits en théorie, bien des incidents de sa vie relatés dans ses Amours. Lorsque, par exemple, il prescrit aux amants de ne point se laisser aller à des mouvements de colère, c'est qu'il se souvient des remords qu'il a éprouvés d'avoir, un jour, battu sa maîtresse S des privations qu'elle lui a ensuite imposées et aussi du désagrément qu'il a subi d'avoir à remplacer à ses frais une robe qu'il ne pensait pas avoir déchirée. Lorsqu'il pose la question 4e savoir s'il est bon de courtiser la suivante en même
(1) Cf. Amor., I,cl. 8.
temps que la maîtresse et qu'il recommande, en cas de soupçon, de tout nier effrontément, nous nous rappelons ses relations avec Cypassis et Tobligation dans laquelle il s*est trouvé de se disculper auprès de Corinne ^ L'avis qu*il adresse à la femme aimée de ne pas laisser à son amant une sécurité capable de l'endormir, provient directement de l'habile conduite tenue naguère à son égard par Corinne elle-même *. Les conseils. qu'il prodigue aux jeunes gens sur les prévenances qu'ils doivent témoigner dans les fêtes à leurs belles voisines, ne sont autres aussi que ceux qu'il a personnellement pratiqués avec succès dans une aventure amoureuse que nous connaissons bien ^.
Ici il ne se sent plus obligé, comme dans les Héroïdes, de fausser des faits et des personnages anciens pour appliquer au présent ce qu'il dit et décrit; car ceux avec qui il vit sont les seuls qui l'occupent, et, s*il recourt encore au passé, il ne le fait plus que par occasion, pour y puiser des arguments exactement appropriés aux préceptes qu'il établit. Non seulement la mythologie y est employée plus discrètement, mais l'emploi en est meilleur, ne tendant qu*à rendre plus sensible, par une image ou un récit poétique, la vérité d'une leçon.-
• Cette sincérité a pour nous le grand avantage de nous montrer comme en un miroir fidèle la vie mondaine de la Rome du temps d'Auguste. Nous avons sous les yeux tous ces jeunes hommes oisifs qui, dans les promenades, dans les théâtres et jusque dans les temples, vont chercher les aventures galantes, ne songent qu'aux plaisirs et passent le temps en rendez-vous, en correspondance amoureuse, en festins, en jeux, en débauches voluptueuses ; nous voyons à côté d'eux en grand nombre ces dames coquettes, parées de toilettes aux couleurs diverses, qui errent dans les mêmes lieux avec les mêmes intentions, n'aspirent
(1) Cl. Amor.f IJ, cl. 7 et 8.
(2) Cf. Amor., U, el. 19.
(3) Cf. Amor,, III, el. 2.
lui dit-il, patiente ; tu t'y accoutumeras ; l'habitude adoucit beaucoup de choses ; dans le début, l'amour s'effarouche des moindres taches; mais le temps les fait disparaître toutes, et ce qui semblait une imperfection, cesse de l'être à la longue. »
Quod maie fers, adsucsce ; feres bene : multa vetuslas Lenit ; at incipiens omnia sentit amor. . . .
Eximit ipsa dies omnes e corpore mendas ; Quodquc fuit vitium, desinit esse morn.
Mais faut-il pour cela le considérer comme un philosophe ? Assurément non ; et pour se rendre compte de la grande différence qui sépare les deux poètes dans la manière d'envisager les choses, il suffirait de porter la comparaison sur la tin du livre IV du De nalvra rerum et celle des deux derniers livres de VArs amaioria. Lucrèce, lui aussi, émet des leçons sur les travaux nocturnes de la couche nuptiale, mais il les expose rapidement et dans un noble but, uniquement en vue de la propagation de la race et de la morale fécondité du mariage ; Ovide, au contraire, s'arrête avec complaisance aux minutieux détails des ébats des amants et ne traite la question qu'au point de vue lascif, sans autre but que la volupté physique Rien, en somme, n'est plus contraire à son tempérament que la philosophie profonde. Il nous fait admirablement sentir que le sérieux qu'il affecte dans l'exposition de son sujet, le ton dogmatique qu'il prend pour en diviser les parties, son recours* à la fameuse devise du temple de Delphes c Connais-toi toi-même >. ne sont que badinage. Et ce contraste voulu entre la forme sentencieuse et le fond léger du poème ne laisse pas d'y répandre une sorte d'ironie souriante, de gaieté narquoise qui, venant s'ajouter à tant d'autres agréments, en accroît singulièrement l'attrait.
(1) Cf. Il, V. i98-500.
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Uq toi ouvrage devait avoir nécessairement des imitateurs dans notre littérature. Mais, des poètes qui se sont essayés à lui donner un équivalent chez nous, celui qui eût le mieux réussi sans contestc,André Chénicr» fut empêché, par la mort tragique que vous savez, de mener à an son entreprise; nous n'avons que quelques fragments du poème qu*il avait commencé; ils prouvent assez ce qu'eût été l'ensemble, une imitation ingénieuse où se seraient très heureusement déployés son esprit naturel et sa recherche de l'élégance antique. La plus connue de ces œuvres françaises est donc lArl d*aimer de Geotil-BernardS dont la réputation fut grande dans les salons de Paris sous le règne de Louis XV tant que l'auteur se< eontenta d'en lire luimême des morceaux détachés au milieu des fêtes auxquelles il prenait part, mais qu'on se mit à juger bien diffé* remment dès qu'il fut imprimé^ Les amateurs de la vie mondaine, hommes et femmes, avaient fait un accueil enthousiaste à ces lectures qui reproduisaient la politesse spirituelle et l'immoralité élégante du XVIII* siècle ; l'examen plus approfondi, que permit la publication du tout, fit reconnaître que, s'il s'y trouvait « des morceaux bien faits et de très jolis vers>, on n'avait que trop souvent à y relever «de la raideur dans le style, du mauvais goût, des incorrections, des longueurs » ^,
Tout autre avait été l'impression produite par le poème latin lors de la publication. Si la société libertine de Rome, à laquelle Ovide l'avait particulièrement adressé, témoignait son enthousiasme surtout à cause du genre d'esprit qui y brillait et qui la réjouissait, à cause de la licence des tableaux, qui devaient d'autant plus lui plaire qu'elle s'y reconnaissait, les qualités littéraires en étaient
(1) Son nom était Pierre, Joseph, Bernard \ le surnom Gentil lui resta attache après que Voltaire eut employé cette épithôte pour apprécier et louer son talent.
(2) Paris, 1775, ia-8» avec flg.
(3) La Harpe, Corresp. littér.^ lettr. xxxv; Cf. id. Cours de littér., ll|iD« partie, liv. 1, chap. Il, scct. 3.
it,-
si sensibles que les lecteurs les plus difficiles en l'art d'écrire ne pouvaient les nier. Il n'en fut d'ailleurs que plus exposé aux récriminations des défenseurs de la morale publique qui y virent une œuvre de corruption générale. Il avait eu beau prendre la précaution d'affirmer qa*il n'avait écrit cette œuvre que pour les courtisanes et ceux qui les recherchaient, c'est-à-dire pour des gens dont les mœurs ne pouvaient pas être viciées plus qu'elles ne l'étaient déjà, la vogue qu'elle avait et qui la répandait bien au-delà des limites qu'il prétendait lui avoir assignées, ne motivait que trop les appréhensions et les reproches de ses censeurs. Toute la jeunesse instruite s'était mise à la lire et quel effet délétère^ disaient«ils, ne devait-elle pas subir de la lecture d*un livre qui, sans respecter ni les choses sacrées, ni les principes les plus nobles de l'éducation, invoquait, pour innocenter la violation des serments les plus solennels, l'autorité des parjures de Jupiter M enseignait à chercher dans les temples et au milieu des mystères de la Bonne Déesse des rendez-vous d'amour censément favorisés par les dieux eux-mêmes'; osait, tout en se défendant de conseiller l'adultère, fournir à certaines catégories de femmes mariées un manuel complet des ruses propres à déjouer la surveillance de leurs maris'; n'indiquait aux jeunes personnes dans la culture des lettres et des arts que des moyens de parure perfide servant d'armes à la séduction^; portait l'imagination de tous vers les plaisirs des sens par des peintures alléchantes, et, représentant la perversion sous l'aspect le plus agréable, donnait Fair d'une science d'esprit et d'élégance à ce qui n'était, en définitive, que Tart des raffinements de la débauche!
A ceux qui, soit» par conviction, soit pour se conformer aux vues réformatrices de l'empereur, le blâmaient ainsi.
(3) III, V. 483 sqq. et 611 sqq.
(i> III, V. 311 sqq.
il n'eût fallu rien moins qu^une rétractation formelle pour donner pleine satisfaction. Mais son caractère léger le portait à fermer les yeax sur le danger qui pouvait résulter de pareilles incriminations, et, de plus, son amour-propre de poète était trop flatté de l'immense succès de son Ars ama^ toria pour l'amoindrir en avouant ses torts. Il répondit, il est vrai, à leur blâme par un ouvrage dont le titre Remédia atnoris. Remèdes d^amour, semblait annoncer une réfutation de l'autre; mais vous allez voir, par l'analyse, dans quelle mesure ce livre ^ s'accordait avec son titre.
Ovide commence par protester auprès de l'Amour du respect qu^il ne cesse d'éprouver pour sa puissance et il prie le jeune dieu de ne pas lui supposer le projet d'une palinodie. Jamais il ne détournera la jeunesse de son culte. Seulement il y a des amants tellement malheureux que le désespoir les conduit au suicide, et l'Amour, qui ne peut avoir la cruauté de se plaire à de tels maux, lui pardonnera certainement de vouloir tenter la guérison de passions si funestes. Avec l'aide du divin Phœbus, il joindra donc à son rôle de poète celui de médecin et, après avoir professé l'art d'aimer, il va enseigner celui de se défaire d'un amour dont on souffre. Ainsi, comme la lance d'Achille avec Télèphe, la même main qui a fait la blessure y portera remède (v. 1-78).
Vous donc qui regrettez d'aimer, dit-il à quiconque éprouve ce regret, sachez qu'il faut attaquer votre mal,dès
. (1) Le ms. Regius à la suite do l'Ar^. amat. donne les Remédia amoris (Voir plus haut p. Si et 129.) Cf. A. Zlngerle^ Handschriftliches zu Oo. Rem. Am. d*aprés un ms. d'InnsbruclL du \1V« s. dans ses Kleine philol Abh. U Innsbr., 1871, p. 31 sqq. — Voir W. HerUberg, Stutt. 1855.
LIVKË QUATHIËUE. Cil. V, 11.
le prJDcipe, si tous en êtes eocore au début, oh, s'il en est autrement, dans le temps où vous vous sentirez le mieax CD état do profiter do mon aide (v. 79-134). Le remède le plus efficace est de s'occuper; car l'oisiveté, le jeu, les libations laissent le cœur sans défense contre l'amour. Recherchez le barreau, les charges publiques, les travaux de la guerre, les soins de la culture à la campagne, les fatigues do la chasse'; recourez même aux voyages lointains,si, comme le Parthe, vous no pouvez trouver que dans la fuite uu moyen de combattre votre ennemi (v. 135-34S). Ces préceptes sont durs, mais sains. Préférez-les à l'art aussi inutile que coupable des enchantements et des sortilèges (v. 249-290). Et puis, si vous êtes dans l'obligation de rester :ï Home et si vous n'avez pas la force d'Âme nécessaire pour vous détacher d'un seul coup de votre maîtresse, rappolez sans cesse à votre esprit ses perfidies et tous vos sujets de plainte; faîtes une étude de ses défauts; priez-la do di ployer les talents dont elle est le moins pourvue; surprenez-la au milieu des drogues répugnantes de sa toilette, et, eu toute circonstance, appliquez-vousà ne la voir quesons l'aspect qui lui est le plus défavorable. Chacun de ces dt'tuils en lui seul est futile, mais formés en faisceau, ils produiront un effet considérable. — En les énumérant, d'ailleurs, le poète s'excuse de mentionnercertains d'entre eux et profite du moment pourse défendre contre l'accusation des critiques qui l'ont difiumé, dit-il, en accusant sa muse de libertinage (v. 291-440). Après cette digression, il reprend le cours de ses conseils. Avoir deux maîtresses ou l>Ius, s'il est possible, diminue aussi l'ardeur amoureuse eo la divisant; car les grands fleuves perdent de leur force lorsqu'ils se partagent en plusieurs bras, et vous remplirez lacilemont votre nacelle déjeunes beautés, si vous la guidez il'après les préceptes de mon Art d'aimer. Feignez alors la froideur auprès de celle qui vous passionne; de même qu'on s'éprend souvent en feignant d'être épris, on arrive
(1) Voir Appendici
à rindifférence en la simalant ; ne sollicitez plus rien, ao ceptez refus et dédains ; passez même devant la porte ouverte; que vous coûtera une semblable privation^ si tout de suite vous vous en donnez ailleurs la consolation? (v.441- 522). Cependant, si l'Amour vous tient le pied sur la gorge, usez d'un autre remède : faites plus qu'assouvir votre soif, cherchez la guérison dans la satiété ; le dégoût chassera toute jalousie, tout amour (v. 523-548). Voici, d'autre part, un conseil dicté, peut-être bien dans un songe, par le dieu qu'on vénère sous le nom de Lethapus Amor ; songez aux sujets d'inquiétude que vous présente la vie, à vos créanciers, à la dureté de votre père, à Taléa de vos moissons ou de vos intérêts engagés sur mer, etc. (v. 549-576). Mais surtout fuyez la solitude. Vous y penseriez plus qu'ailleurs à votre mal et elle inspire parfois des résolutions funestes (v. 577-608). Si vous réussissez à toucher au port, craignez la rencontre d amis passionnés dont l'ardeur réveillerait la vôtre; évitez le voisinage de votre maîtresse, toute conversation avec ses proches et ses serviteurs. Laissez votre amour se dissiper comme un nuage qui ne laisse aucune trace : point de haine, de récriminations, de procès ou de paroles qui prouveraient qu'il en reste encore quelque chose (v. 609-714). Jetez au feu les anciennes lettres, les images en cire, tous les souvenirs de votre ancienne belle ; ne recherchez plus les lieux que vous visitiez avec elle (v. 715-740). Je no puis en vérité vous conseiller de vous réduire vous-même à l'indigence pour priver votre passion de son aliment principal; il vous importe du moins de ne plus fréquenter les théâtres (v. 741-754). Abstenez-vous aussi, dussé-je par ce conseil proscrire mes propres enfants, de la lecture des poètes erotiques dont l'attendrissement est contagieux (v. 755-766). Enfin, gardez-vous de haïr le rival qui prend votre place; vous ne serez vraiment guéri que lorsque vous serez capable et de passer sans arrêt devant la porte de celle que vous aimiez et d'embrasser ce rival naguère odieux. Encore faudra-t-il vous imposer un régime que, médecin jusqu'au bout, je dois vous prescrire :
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point d'épicea et de mets excitant les sens ; point de vin non plus, si ce n'est en telle abondance qu'il tous eogoardisse tout à fait l'esprit (v. 767-810). Sur ce dernier avis, l'auteur se félicite de son œuTre et réclame, pour le service rendu, de pieuses actions de grâce (v. 811-814).
On se demande, n'est-ce pas, si le poèma tout entiero'est pas une ironie. Non content d'en restreindre le but & la l^uérison do ceux-là seulement qui se trouvent malheureux de leur passion, il maintient entièrement intact renseignement donné dans l'Art d'aimer et ii affirme qu'il ne lui arrivera jamais de détourner la jeunessuducultedcCupidon.il trouve même moyen, commo par dérision, de faire entrer dans la cure qu'il propose à l'amant infortuné la recherche de belles autres que la maîtresse qui le fait souffrir, et il le renvoie pour cela à l'ouvrage qui donne les règles de cette recherche. Bien plus, comme il lui suffit, pour recommander l'indiâérence à l'égard d'une personne détormiaée, de prescrire des conseils tout Si fait opposés à ceux qui ont servi à porter l'amant vers elle, il les retourne ; mais les retourner, c'est, en fin décompte, les répéter; il revient donc logiquement & des descriptions tout aussi galantes, à des détails non moins scabreux que précédemment- Il s'en excuse, mais il en est bien aise : car, outre qu'il s'y complaît comme toujours, il trouve l'occasion de faire une charge à fond contre ses critiques. « Ils diffament ma muse, s'écrie-t-il : mais, sije plais, si mon nom devient célèbre dans le monde entier, que m'importe la censure d'un ou de deux Zoïles? L'envie n'a-t-clle pas dénigré lesublîme génie d'Homère et des langues sacrilèges n'ont>elles pas déchiré les beaux vers de Virgile? Les plus grands talents sont en butte aux coups des envieux comme les lieux les plus élevés à la fureur des vents. »
Dummodo sic planeani, dum lolo canler in orbe,
Quod volei jmpugnent unus el aller opus. Ingcnium maenl delrecUt livur Homeri .... V. 303 sqq.
Et il ajoute que les gens sensés, qui savent apprécier chaque chose à sa juste valeur^ jugent les divers genres de poèmes d'après le ton qui leur convient ; qu'il faut à la douce poésie qui chante les amours armés d'un carquois la liberté de folâtrer suivant son caprice; et qu'il a le droit, pour sa part, dans le badinage de l'art qu'il enseigne, de se donner toute licence. « Si ma muse, conclut-il, ne reste pas au-dessous de son joyeux sujet, j'ai gain de cause et l'accusation qu'on invente contre moi tombe d'elle-même. »
Si mca maierise respondet Musa jocosae, Vicimus, el fuisi criminis acta rea est.
Que sa muse ait pleinement répondu à son sujet dans les Remèdes (Tamour, je ne le crois pas. Il y fait souvent preuve de ânessc ; on y relève certaines remarques psychologiques d'une grande justesse ; il s'y trouve quelques jolies peintures telles que celles de la campagne et de la chasse agissant sur l'esprit pour le guérir d'une passion malheureuse^ ; et la forme ne dénote pas moins de talent que dans Y Art (Faimer ; mais on n'y voit ni le même entrain, ni autant d'enjouement, ni une abondance égale de pensées, ni une imagination aussi brillante. Le poème est très sensiblement inférieur à l'autre.
La veine erotique d'Ovide, l'âge venant, s'épuisait-elle ? Ou, pour d'autres raisons dans lesquelles entraient sans doute, quoi qu'il en dit, les reproches qui lui étaient adressés, lui paraissait-il opportun d'aborder d'autres sujets ? Des projets de poésie plus sérieuse lui étaient venus. Excité par le succès, il aspirait à une gloire plus grande encore. «Crève de dépit, mordante envie 1 disait -il à ses critiques ; déjà mon nom est fameux, il le sera plus encore... mon génie conçoit plusieurs poèmes ; car la gloire m'est chère et cet amour de la gloire anime mon zèle ».
(1) Appendice cccxxiii.
Rumpere, Hvor edax ; jam magnum nomen habemus !
Majus erit .
Et capiuDt animi carmîna multa mei.
Nam juvat, et studium famae mihi crescit amore.
II allait produire ses plus vastes compositions, les Meta* morphoses et les Fastes. .